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Des petits-ponts de Neymar aux dunks en Pro A... Pourquoi est-il si compliqué de voir des «highlights» de sport en France?
SPORT•Et pourquoi tout le monde ne veut pas faire comme la NBA ?G.B.
Le shoot au buzzer de Jeremy Lamb a fait le tour du monde. Dans la nuit de dimanche à lundi, le joueur de Charlotte a envoyé une prière depuis le milieu de terrain pour remporter le match contre Toronto. Dans la foulée, la NBA a publié la vidéo sur son compte Twitter, comme les Hornets et comme de nombreux utilisateurs plus ou moins anonymes. Toutes ces vidéos sont encore en ligne.
Essayez de faire la même chose avec n’importe quel match de Ligue 1 et vous risquez très vite de voir le tweet censuré et avec un peu de chance votre compte suspendu. Bienvenue dans le monde merveilleux de la gestion des droits télé sur internet.
« La LFP n’a aucune tolérance, et ne propose aucune ouverture pour le moment », affirme Philousports. Le roi du GIF avait vu son compte sauter en janvier 2018, après la mise en ligne d’un GIF d’un match de Ligue 1. « Twitter a reçu un signalement de Trident Media Guard (TMG). Ce sont eux qui gèrent les droits audiovisuels de la Ligue de football professionnel (LFP) », expliquait-il alors à LCI.
« Il faut donner envie de l’acheter »
Et la LFP n’est pas vraiment prêteuse quand il est question de ses droits. Il y a quelques années, elle avait envoyé une mise en demeure aux Cahiers du Foot pour les forcer à arrêter la revue de GIFs de Philousports. Ces GIFs n’étaient même pas ceux de buts ou d’actions cruciales. Juste des scènes de la vie de la Ligue 1. Aujourd’hui encore, Philippe ne comprend pas cette stratégie.
« Je trouve tellement ridicule d’interdire de poster un dribble, un truc cocasse. On dit “Ligue des talents”, mais les étrangers ne voient que les buts. Si tu veux vendre la Ligue 1, il faut donner envie de l’acheter. Tu vois combien de dribbles sur les comptes officiels ? Zéro. »
La LFP diffuse bien les buts et les résumés sur YouTube, mais à partir du dimanche minuit. Avant, il faut être abonné ou devant sa télé au bon moment pour tout voir.
« La politique de la LFP nuit à la productivité des salariés français »
C’est d’ailleurs ce que regrettait Le Monde dans une chronique publiée en janvier 2018, qui estimait qu’en voulant trop le protéger, la LFP finissait par nuire à son produit phare :
« Encore un peu d’efforts de la part de la LFP et, hormis pour les abonnés de beIN Sports et de Canal + et les accros aux chaînes d’info guettant les quelques secondes accordées au nom du droit à l’image, le championnat de France de football n’existera plus le week-end qu’à travers des phrases désincarnées sur des sites d’information. Jusqu’au lundi matin, moment béni où le peuple peut perdre sa demi-journée à regarder, entre deux cafés, les résumés de match publiés sur YouTube et Dailymotion. Il faut le dire : la politique de la LFP nuit à la productivité des salariés français. »
En janvier dernier, Philippe laissait entendre que beIN n’était pas forcément contre la publication sur Twitter de quelques highlights, mais que la LFP ne le voyait pas ça du même oeil. Contactée, la ligue n’a pas donné suite à nos demandes d’entretien.
Le contre-exemple de la NBA
Ce verrouillage, c’est tout l’inverse d’un des systèmes les plus appréciés par les fans de sport. La NBA laisse, en effet, les utilisateurs faire à peu près ce qu’ils veulent avec les images. Dès le début, Adam Silver, le patron de la ligue américaine de basket a vu YouTube comme un atout plutôt qu’un inconvénient. Il avait d’ailleurs refusé de pousser la NBA à poursuivre en justice le jeune site, préférant tabler sur le fait que ce genre de plateforme allait aider la NBA à prospérer à long terme. Aujourd’hui, quand un internaute reprend un highlight sur YouTube, par exemple, la NBA partage les revenus publicitaires avec lui.
« Nous voyons notre stratégie comme celle des apéritifs avant un repas, compare-t-il. Si on offre l’apéritif à nos fans, ils voudront quand même toujours manger le repas. Les repas sont nos matchs. On ne peut pas remplacer la sensation de vivre un match en direct. Nous pensons que plus les gens sont concernés par la NBA via les réseaux sociaux, plus les audiences grimpent. »
Et selon Business Insider, cette stratégie porte ses fruits, puisque « les audiences de la NBA sont en hausse et la ligue plaît particulièrement aux jeunes téléspectateurs ». « La NBA a tout compris : plus tu diffuses, plus tu donnes envie d’acheter les produits », estime Philippe.
Un modèle particulier
Alors le modèle de la NBA est-il réciprocable partout ailleurs ? Pas forcément, répond Clément Vauchel, responsable marketing digital de la ligue française de basket. Tout d’abord, pour des raisons de droit, qui font qu’en France, les seules personnes à pouvoir publier de telles images ne peuvent le faire (au mieux) que plusieurs heures plus tard.
On est loin du temps réel vécu en NBA ou aux meilleures heures du GIF game français sur Twitter (RIP Vine). En effet, les contrats actuels ne sont pas forcément pensés pour les highlights et les réseaux sociaux, et avec cet objectif de conquérir le public en échange de bouts du produit. C’est ce qui explique pourquoi la LNB prévient certains utilisateurs en cas de publications qui vont à l’encontre des droits de rediffusion.
Ensuite, parce que la NBA est une ligue très spécifique : elle est composée des meilleurs joueurs de la planète (à quelques exceptions près) qui savent faire le spectacle, et tout y est fait pour mettre ce spectacle en avant.
« La stratégie est bonne, mais je ne suis pas sûr qu’elle soit applicable à nous, continue Clément Vauchel. On est très loin de tout ça. Ce n’est pas le même spectacle. On n’a pas les mêmes moyens. On n’a pas de matches tous les soirs, et ils ne sont pas tous produits en qualité télé. On n’a que trois matches filmés avec de belles images, de multiples caméras et des ralentis. Les six autres sont filmés par un système avec une seule caméra. Ça ne nous permet pas de faire de ralentis ou d’autres angles, et ça impacte les highlights. »
La NBA en attendant la LNB
Reste que la LNB évolue. Cette saison, elle a commencé à être plus active sur YouTube. Pour autant, la précipitation n’est pas vraiment à l’ordre du jour, nuance le responsable marketing digital de la LNB. « Tout ne va pas se faire du jour au lendemain. L’une des mesures de notre plan stratégique est de faciliter et de tendre vers une solution ou l’on pourrait partager plus facilement avec les internautes. »
Mais même-là, on ne retrouvera pas l’insouciance des premières années du Twitter footballistique ou du Twitter NBA actuel. « Il faut trouver un compromis en respectant le contrat télé, continue Clément Vauchel. On ne veut pas laisser tout le monde faire n’importe quoi. On ne veut pas aller trop vite et passer d’une période où l’on n’avait rien à une sorte d’open-bar. On a commencé à faire des highlights par nous et par les clubs. Maintenant, on va voir si d’autres personnes peuvent y avoir accès. »
C'est probablement cette même question qui doit se poser du côté de la LFP après l'attribution des prochains droits télé. Reste désormais à savoir si la ligue compte amorcer une détente avec les fans de foot et de highlights. Sans quoi, on n'est pas près de revoir un petit pont de Neymar sur Twitter.


















