«Il va souffrir»... Liam Smith, le nouveau coach de Gaël Monfils, «va devoir s'adapter»

TENNIS Le coach américain Liam Smith, formateur réputé en Australie, entraîne depuis décembre dernier Gaël Monfils. Le fantasque français a déjà usé plusieurs entraîneurs

Jean Saint-Marc

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Gaël Monfils, qui vient de changer d'entraîneur, a remporté en février le tournoi de Rotterdam.
Gaël Monfils, qui vient de changer d'entraîneur, a remporté en février le tournoi de Rotterdam. — Peter Dejong/AP/SIPA
  • Depuis le mois de décembre, le tennisman français Gaël Monfils s'entraîne avec l'Américain Liam Smith, plutôt réputé sur le circuit. 
  • Le Français a réalisé un excellent début de saison sous ses ordres.
  • Mais des proches du fantasque tennisman estiment que Liam Smith aura fort à faire pour le cadrer.

« Le pauvre… Il va souffrir ! » La prophétie est anonyme. Et guère encourageante pour Liam Smith, nouvel entraîneur de Gaël Monfils depuis le mois de décembre 2018, après le départ pour raisons personnelles du Suédois Mikael Tillström. Le coach Américain (39 ans) est connu pour ses talents de formateur en Australie. Il a fait émerger une génération dorée, celle des Nick Kyrgios, Jordan Thomson et Alex de Minaur. Il est aussi celui qui a ramené Matthew Ebden dans le Top 50 de l’ATP.

« Liam est très technique et très tactique, loue Gaël Monfils. On visionne beaucoup de séquences. Sur moi et sur l’adversaire. » On a demandé des précisions à la Monf'… qui nous a ouvert en grand la porte du vestiaire : « C’est plus ou moins secret mais depuis que j’ai changé de geste au service, je sers mieux... Mais je fais beaucoup trop de doubles fautes. Liam reprend très précisément les matchs où je me sentais bien : ma position des pieds, mon aspect mental… » Pour l’instant, tout baigne entre les deux hommes. Monfils a remporté le huitième tournoi de sa carrière la semaine passée à Rotterdam et sera jeudi en quarts à Dubaï, face à Berankis. Tout nouveau, tout beau ?

« Il faut voir à l’usage car Gaël n’est vraiment pas simple à gérer », lance Olivier Delaitre, qui l’a coaché à l’INSEP dans ses jeunes années. Joint par 20 Minutes, il développe :

Je l’ai re-eu quelques fois alors qu’il était adulte. Je lui imposais beaucoup de choses, et, effectivement, ce n’est pas allé bien loin. Car il savait que je ne céderais pas. J’étais tout le temps derrière lui pour la bouffe, notamment. Le tennis, ça n’a jamais été à 100 % son truc, il fait souvent passer les choses du dehors avant le tennis. En général, les entraîneurs s’adaptent plus à son fonctionnement que l’inverse. »

Une petite anecdote pour la route : sollicité par Monfils pour une courte mission, Olivier Delaitre se retrouve pendant une semaine à Paris alors que le tennisman est chez lui, à Genève. « Je lui ai dit “va courir !” tous les matins pendant sept jours… » Et il n’a, bien sûr, jamais enfilé ses pompes de running.

« On ne change pas »

Il est « anti-professionnel au possible », embraye Jean-François Caujolle, patron de l’Open 13 de Marseille, dont Monfils était un des favoris avant son forfait, pour une blessure au poignet. Une blessure qui n’est pas très grave et qui ne devrait pas l’empêcher de disputer l’Open de Doha, cette semaine. Enfin… S’il en a envie. « Il a cette tendance à ne pas jouer les tournois à fond… Son entraîneur – ou son agent – pourrait travailler sur son attitude, lui taper sur les doigts là-dessus », reprend Caujolle, qui estime toutefois qu’il ne faut pas taper trop fort : « Ce n’est pas l’entraîneur qui va le dompter, c’est Gaël qui va casser son entraîneur. Liam Smith devra s’adapter, sinon, il éjecte ! Car Gaël ne s’assagira jamais. C’est mon extrême sagesse et mon grand âge qui me font dire : on ne change pas. »

Mais on peut mûrir, au moins. Très heureux depuis qu’il est en couple avec Elina Svitolina, Gaël Monfils nous a longuement parlé de sa sérénité actuelle, qui pourrait changer son rapport au tennis, et à son entraîneur. « J’ai appris à perdre ! Quand vous, les journalistes, vous nous demandez si on est favori, on n’ose jamais vous répondre franchement. On ne se mouille pas : “non, les gars en face est fort”… Hé, gros, t’as le droit de dire que t’es favori et de perdre quand même ! » Depuis qu’il a « appris à perdre », Gaël Monfils a remporté un ATP 500 et onze matchs sur treize. La main invisible de Smith est-elle à l’œuvre ?