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Fiables et stylés, les vêtements anti-UV cherchent à se faire une place au soleil, même en ville
Autrefois cantonnés à la pratique sportive, les vêtements protecteurs contre les rayons UV s’invitent désormais aussi dans les tenues de villeClaire Frayssinet
L'essentiel
- Initialement destinés aux surfeurs puis aux enfants sur la plage, les textiles photoprotecteurs gagnent progressivement l’ensemble du vestiaire estival.
- Très populaire dans les pays asiatiques, la demande pour ce type de produit atteint une « croissance à deux chiffres » en Europe selon Décathlon.
- Il faut désormais compter avec des marques de sportwear, comme Aigle, qui comptent bien prendre leur part du gâteau grâce à des vêtements hypertechniques et adaptés à un usage quotidien.
Ça y est nous y sommes ! Les vitrines des pharmacies se parent de publicité pour les crèmes solaires et les influenceuses beauté rappellent (presque) à chaque post Instagram de mettre une protection UV sous sa crème de jour. C’est le printemps, et la protection solaire n’a jamais été un sujet aussi brûlant. D’autant que les crèmes sont en train de laisser une place au soleil à d’autres moyens photoprotecteurs.
Tout a commencé dans les années 1990 sur les rivages des plages du Pays basque avec des surfeurs à la peau tannée par le soleil. Il ne s’agit pas ici du début d’une New Romance, mais bien de l’apparition des textiles UV en France. A l’époque, la marque Décathlon lance des tee-shirts pensés pour protéger au mieux les sportifs des méfaits des rayons UV. Une technologie toujours d’actualité et qui a peu changé comme l’explique Maider Ugartemendia, Experte Décathlon : « La protection UV vient de deux choses, de la structure du fil qui est utilisé pour construire la matière et du tissage car le maillage est très serré pour bloquer les rayons et ne pas se déformer, même mouillé. Le fil lui-même est mat donc il y a une notion d’opacité qui permet de renvoyer les UV ». C’est ce qui fait toute la différence avec du coton classique, car ce dernier va laisser passer la lumière et donc les rayons ultraviolets. « D’autant que quand vous mouillez un tee-shirt classique, ça devient une passoire à UV », précise Maider Ugartemendia. Aujourd’hui, la plupart des textiles anti-UV promettent une protection UPF 50 qui protège la peau à 98 % tout en assurant un bonne respirabilité du tissus. Et qui surtout ne demande pas une réapplication toutes les deux heures.
« On ne s’amuse pas à mettre de la crème solaire sous un vêtement à UPF »
Une efficacité confirmée par Céline Couteau, Dr en pharmacie et spécialiste en cosmétologie pour qui, « le fait que les mailles soient extrêmement serrées assure une protection supplémentaire par rapport à un tee-shirt blanc équivalent ». Mais attention à ne pas vouloir être plus royaliste que le roi alerte l’experte quand on lui demande s’il y a un intérêt à cumuler crème solaire et textile technique pour une protection maximale. « Alors là pour le coup, mauvaise idée ! Si vous mettez votre crème solaire sous ce type de vêtement qui est vraiment très occlusif, vous allez favoriser la pénétration des filtres UV des crèmes dans la peau et donc dans la circulation sanguine. Donc il faut vraiment être très clair d’un point de vue sécurité : c’est l’un ou c’est l’autre. Mais on ne s’amuse pas à mettre de la crème solaire sous un vêtement à UPF ».
Sans surprise, ce sont les pays asiatiques qui ont été pionniers en la matière. En Chine ou au Japon, là où la peau de porcelaine est érigée en critère de beauté ultime, les textiles anti-UV font partie des vestiaires des citadins depuis longtemps. Ce que confirme Eloïse Touroute, Chef de collection chez Aigle, où « 50 % de la collection printemps-été disponible dans les boutiques en Asie est anti-UV. Ce sont vraiment des exigences et des besoins de la part de la clientèle asiatique ».
On a tous en tête ces images de vacanciers portant des maillots intégraux (cagoule intégrée) sur la plage pour se protéger des UV. Si les images ont fait le tour du monde sur les réseaux sociaux, il s’agit d’une représentation caricaturale de l’obsession des Asiatiques pour la protection solaire. En réalité, ces textiles sont intégrés dans leur garde-robe quotidienne et s’adaptent aux tendances. C’est ce que certaines marques de vêtements tentent désormais d’importer en Europe, à l’image d’Aigle.
Des vêtements pensés pour coller à un usage quotidien
Forte de son expérience en Asie, la marque française vient de lancer SolarPack, une collection d’une dizaine de pièces pour hommes et femmes, à porter aussi bien en ville qu’en montagne. « On a trouvé que c’était le bon timing, et c’est pour ça qu’on a vraiment fait une collection capsule. L’idée c’est vraiment de marquer le coup parce qu’on a un client qui n’est pas forcément encore très au fait de ce genre de produit. Il fallait vraiment quelque chose de visible et d’extrêmement adapté à l’usage ». Les coloris sont inspirés de la nature et du coucher de soleil tandis que les coupes se veulent amples et confortables pour inciter à un usage quotidien.
Même Décathlon a revu le design de ces vêtements initialement pensés pour les sportifs pour s’adapter à un usage plus urbain. « On voit une accélération en termes de business depuis cinq ans avec des croissances quasiment à deux chiffres, se réjouit Maider Ugartemendia. Ce n’est plus une punition de se protéger du soleil parce qu’on a des collections qui ressemblent de plus en plus à des T-shirts classiques, avec de jolis imprimés ». Un avis partagé par Sophie Geisselmann, Global Communication Director chez Aigle, « On en est vraiment aux balbutiements en Europe. Donc on veut être là au début, mais c’est clairement pas quelque chose qu’on fera pour deux saisons. Ca s’installe durablement dans les collections, c’est certain ».



















