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« Sephora Kids » : Une enquête ouverte en Italie contre Sephora et LVMH… Serait-ce possible en France ?
loin des rayons de beauté les enfants•L’autorité italienne de la concurrence a annoncé l’ouverture d’une enquête contre le géant français du luxe LVMH et ses marques Sephora et BenefitFiona Bonassin
L'essentiel
- LVMH est dans le collimateur de l’autorité italienne de la concurrence (AGCM) qui a perquisitionné le siège de Sephora le 26 mars, soupçonnant le groupe de promouvoir des cosmétiques pour adultes auprès d’enfants et d’adolescents, surnommés « Sephora Kids ».
- Les experts en dermatologie et cosmétologie affirment que « la peau de l’enfant, quand il n’y a pas de pathologie, c’est la peau idéale, c’est la peau que l’on aimerait toutes retrouver ».
- Selon l’experte Céline Couteau, il est peu probable qu’une telle plainte arrive en France car « on peut faire un procès quand il y a une réglementation » mais « avec le maquillage et les soins rien n’est gravé dans le marbre ».
Le groupe français LVMH dans le collimateur de l’autorité italienne de la concurrence. Le siège transalpin du leader mondial du luxe qui possède la chaîne de magasins de beauté Sephora, a été perquisitionné jeudi 26 mars, dans le cadre d’une enquête pour des pratiques commerciales déloyales. Le géant français est soupçonné de promouvoir des cosmétiques pour adultes auprès d’enfants et d’adolescents que l’on appelle les « Sephora Kids ».
L’autorité (AGCM) a indiqué dans un communiqué enquêter sur « l’omission ou le caractère trompeur d’informations pertinentes » dans les magasins Sephora et en ligne. Il s’agit notamment d'« avertissements et précautions concernant des cosmétiques non destinés aux mineurs ou non testés sur eux », en particulier pour les gammes Sephora Collection et Benefit Cosmetics, a précisé l’AGCM dans un communiqué.
Des produits anti-rides dès l’adolescence
Les adolescents veulent tout faire comme les adultes et même surcharger leur peau de crème et de sérum. Souvent en bandes ou avec leurs parents pour passer à la caisse, les jeunes envahissent les rayons des Sephora, Kiko et autres enseignes spécialisés. Ces fillettes sont déjà à la recherche de produits anti-rides et de routines de beauté complètes, pas du tout adaptées à leur peau et à leur âge. Sans oublier que les réseaux sociaux sont remplis de vidéo où des créateurs de contenu testent des crèmes et du maquillage, donnant envie à leurs abonnés d’adopter les mêmes gestes. En Italie, les trois sociétés sont soupçonnées d’avoir impliqué « de très jeunes micro-influenceuses qui inciteraient les jeunes, un public particulièrement vulnérable, à l’achat compulsif de cosmétiques », selon l’autorité italienne de la concurrence. La promotion de ces produits aurait « favorisé des achats compulsifs de masques pour le visage, de sérums et de crèmes anti-âge », selon l’AGCM, avec de potentiels effets sur leur santé.
On parle donc d’ados qui mettent sur leur peau des produits destinés à corriger les rides De nombreuses marques de cosmétiques essaient de dominer le juteux marché des « Sephora Kids » comme a pu l’observer Céline Couteau, maîtresse de conférences à la faculté de pharmacie de Nantes : « ce sont souvent des marques qui viennent des États-Unis qui vendent des produits destinés aux jeunes. Eux, on pourrait plus facilement les attaquer. Parce que pour le coup, ils ciblent les adolescents, voire les enfants, en disant même que les produits sont approuvés par des dermatologues. Ils vont mettre en place des routines skincare avec le nettoyage, l’hydratation et une protection solaire tous les jours. »
« Il faut laisser l’enfance à l’enfance »
Si les préados se ruent dans les rayons des magasins de beauté, ils n’ont pas besoin de produits révolutionnaires. « Je trouve qu’il faut laisser l’enfance à l’enfance. Si vous allez demander à des dermatos, ils vous diront que la peau de l’enfant, quand il n’y a pas de pathologie, c’est la peau idéale, c’est la peau que l’on aimerait toutes retrouver. Il n’y a pas besoin de cosmétique. » clame Céline Couteau. Sans oublier que le maquillage et les crèmes « perpétuent certaines normes de beauté », en normalisant l’usage d’une routine de soins de beauté, « très coûteuse et chronophage », a souligné la chercheuse américaine Molly Hales, de l’université Northwestern de Chicago.
Il y aurait donc urgence à interdire la vente de produits vendus dans les magasins à des enfants ou des ados. Si l’Italie a porté plainte contre le groupe LVMH, on peut se demander si la France pourrait aussi le faire. Selon l’experte en cosmétologie, il est très peu probable que cette plainte aboutisse : « Déjà je n’irais pas attaquer des groupes cosmétiques qui commercialisent par exemple des produits anti-âge car ils ne ciblent absolument pas les enfants. » explique Céline Couteau qui ajoute qu'« on peut faire un procès quand il y a une réglementation. Par exemple, on épingle quelqu’un en train de vendre de l’alcool à un mineur car il y a la loi. Mais avec le maquillage et les soins rien n’est gravé dans le marbre, il n’y a rien qui est interdit. Donc ça me paraît difficilement gagnable. » juge l’experte qui est aussi consciente qu'« en plus, en France, on a quand même un côté très protecteur de son fleuron national cosmétique. On est quand même le pays des cosmétiques avec le leader mondial L’Oréal. » Plutôt que légiférer, l’idée serait plus de communiquer sur les méfaits de certains actifs sur les peaux jeunes et aussi interpeller les parents qui peuvent les acheter et les offrir.



















