Open d’Australie: Y a-t-il quelqu'un derrière le renouveau de Monfils? On a enquêté

TENNIS Le Français semble beaucoup moins dispersé sur le court depuis qu’il s’entraîne avec Mikael Tillstrom...

Julien Laloye

— 

Gaël Monfils, le 23 janvier 2015 à Melbourne.
Gaël Monfils, le 23 janvier 2015 à Melbourne. — Andrew Brownbill/AP/SIPA

C’est le grand mystère qui horripile les journalistes français exilés à Melbourne depuis le début de la quinzaine. Les types se donnent un mal de chien pour suivre les mousquetaires jusqu’en Australie, tout ça pour se faire rembarrer par Mikael Tillstrom entre deux allers-retours au buffet « open bar » du salon des joueurs. Le nouvel entraîneur de Monfils a interdiction de causer à la presse, consigne directe de ce bon Gaël, qui n’a jamais aussi bien marché que depuis qu’il s’intéresse de près à la liberté d’expression. On a essayé par des voies détournées pourtant. Mais Nicklas Kulti, le Kulti de la finale de Coupe Davis 96, partenaire de Tillstrom au sein d’une académie au pays, nous a gentiment invités à aller nous faire voir.

Gaël Monfils et Mikael Tillstrom à Bercy en 2015/Crédits : Tennis actu

>> A lire aussi : Si on apprenait à Monfils à plonger correctement ?

Seule trace de l’impétrant, donc, une interview accordée à L’Equipe en octobre, avant le black-out des communications. On y apprend que Tillstrom veut « faire gagner un Grand Chelem » à Monfils, « en le rendant plus offensif » et en lui demandant « une concentration extrême pendant chaque jeu de chaque set ». La profession de foi amuse beaucoup Olivier Delaitre, qui pratique le Monfils première langue comme personne. Il a coaché le loustic pendant trois ans à l’Insep, entre 14 et 17 ans, avant de lui filer un coup de main en 2012, lors d’une période de moins bien. « Faire un pas vers l’avant ou des trucs comme ça, ça fait quinze ans qu’on lui répète à Gaël. Peut-être que Tillstrom lui a fait prendre conscience de nouvelles choses, mais il faut voir sur le long terme ».

 

 

Une première anecdote pour la route. Dix ans en arrière, le 16e mondial dispute son premier quart de finale en Future sur terre contre un Anglais. Les consignes, pas de fioritures. « Pas de coup droit chopé dégueulasses ou des mines cinq mètres derrière la ligne, se rappelle Delaitre. Je voulais un vrai match de terrien ». Sous un crachin so british, « La Monfe » s’exécute jusqu’à l’interruption à un set partout. « Il vient me voir et il me dit « Qu’est-ce que c’est chiant, j’en peux plus, je vais exploser à jouer comme ça ». Le match se termine sur dur, avec un Monfils en roue libre. Résultat ? « Le mec en face n’a plus touché une balle ».

« Gaël, des fois, il te fait des trucs… »

A Melbourne, le dernier tricolore en lice s’est tenu un peu plus longtemps. Trois matchs sérieux face à des troisièmes couteaux du circuit, et puis un plongeon suicidaire qui a failli lui coûter une fracture de la main contre Kuznetsov. Deuxième anecdote. Une session de deux heures de physique au programme, toujours avec Delaitre. Et Monfils qui s’enfile des trésors au chocolat au petit déj sous les yeux de son entraîneur. « Gaël est joueur, il aime se faire plaisir, il aime jouer au chat et à la souris avec le gars. Dans la vie c’est pareil, c’est un type super attachant, gentil comme tout, capable de s’entraîner à fond quand son corps le permet, mais des fois il te fait des trucs…. ». Des trucs qui rendent fou les mecs qui s’y collent. On ne compte plus les coachs qui ont tenté leur chance avec « le seul joueur du circuit qui fait peur au big four ». La certitude de Delaitre est partagée en haut lieu depuis toujours, mais Monfils va finir par avoir 30 ans l’an prochain.


Alors Tillstrom peut-il y arriver là où tout le monde a échoué, à Melbourne ou plus sûrement à Roland-Garros ? Citons Monfils en novembre. L’idée c’est de faire une grosse prépa foncière et de tout casser dès le début de l’année ». Dix jours après, il partait cachetonner en Asie pour finir blessé après une exhib. Et d’une couleuvre pour le Suédois. « J’aurais bien aimé bénéficier de plusieurs semaines d’entraînement mais il va falloir qu’on s’adapte ». Troisième et dernière anecdote. Tournoi de Bercy en 2013. Monfils et Delaitre croisent Nadal dans les couloirs. Le Majorquin, alors n°1 mondial, propose au Parisien de s’envoyer à l’entraînement. « J’ai un créneau de 2h sur le Central, ça te dit ». « Ok, répond le Français. C’est à quelle heure ? ». « Huit heures ». « Huit heures ? T’es fou, moi je ne compte pas me lever avant midi ». Impossible de le faire changer d’avis. Merci aux organisateurs australiens au passage. Mercredi matin, Monfils jouera en session nocturne contre Raonic. 19h30 heure locale, ça devrait aller.