Coupe Davis: Et si la nouvelle réforme nous faisait ouvrir les yeux sur le niveau réel du tennis français?

TENNIS Avec l'entrée en vigueur de la nouvelle formule de l'épreuve l'an prochain, l'équipe de France aura sans doute plus de mal à exister...

Francois Launay

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L'équipe de France a remporté sa dixième coupe Davis, le dimanche 26 novembre 2017
L'équipe de France a remporté sa dixième coupe Davis, le dimanche 26 novembre 2017 — SIPA
  • La France dispute ce week-end sa dernière demi-finale de coupe Davis dans ce format actuel.
  • Dès l’an prochain, l’épreuve sera réformée et aura lieu dans le même lieu pour toutes les équipes.
  • Un changement de taille qui pourrait être préjudiciable aux joueurs français.

Le moment de se dire au revoir approche. Que ce soit ce week-end, en cas d’élimination en demi-finale contre l’Espagne, ou dans deux mois, après une finale contre la Croatie ou les Etats-Unis, l’équipe de France va bientôt dire adieu à la Coupe Davis dans son format actuel. Fini les matchs en cinq sets à domicile ou à l’extérieur quatre week-ends par an. La nouvelle mouture de la compétition, votée en août dernier, n’aura plus rien à voir.

Une nouvelle formule qui n’a plus rien à voir

Si le lieu et la date ne sont pas encore connus (Madrid part grand favori), les meilleures équipes se rencontreront désormais au même endroit pendant toute une semaine sur des matchs en trois sets. Surtout, beaucoup d’argent a été investi pour attirer les stars de moins en moins présentes en coupe Davis ces dernières saisons. Bref, c’est le jour et la nuit par rapport à avant. Ce qui remue beaucoup de joueurs français, vent debout contre cette réforme.

Le dernier arbre qui cachait la forêt du niveau français

« C’est une page qui se tourne. Peut-être que ça va satisfaire plein de gens mais ce ne sera jamais la coupe Davis telle qu’on l’a connue », regrette déjà Yannick Noah, le capitaine des Bleus, qui rendra son tablier cette saison. Mais au-delà de l’aspect émotionnel et nostalgique qui lie les Français à cette compétition, la nouvelle coupe Davis pourrait surtout abattre le dernier arbre qui cachait la forêt du niveau français.

Qualifiés dans le dernier carré à quatre reprises sur les cinq dernières années, les Bleus ont bénéficié à plein du retrait des meilleurs joueurs (pour blessure ou pour je-m’en-foutisme). Des perfs en trompe l’œil, car dans le même temps, aucun joueur français n’a atteint les quarts de finale d’un grand chelem depuis janvier 2017, soit plus d’un an et demi. De quoi s’inquiéter, surtout au vu du format de la nouvelle Coupe Davis.

« Ça va se rapprocher d’un tournoi traditionnel »

« Avant, le classement ne signifiait rien en Coupe Davis. Certains joueurs se transcendaient et d’autres étaient paralysés au vu du contexte particulier de l’épreuve. Mais là, les joueurs vont surtout venir pour l’argent et pas pour la fibre patriotique. Ça va se rapprocher d’un tournoi traditionnel », regrette Patrice Hagelauer, ancien capitaine de l’équipe de France de coupe Davis.

« C’est un format que tout le monde connaît puisque c’est ce que font les joueurs sur le circuit 95 % de l’année », constate également Arnaud Clément, ex-capitaine des Bleus et consultant sur France Télévisions pour cette demi-finale.

Des Français qui risquent d’être en grande difficulté

Dans ce contexte, on voit mal comment les joueurs français vont sortir du lot. D’autant plus que Lucas Pouille, le meilleur d’entre eux (21e joueur mondial) a déjà annoncé son intention de boycotter l’épreuve, dégoûté par cette nouvelle formule. Du coup, le manque de réservoir Bleu pourrait bien vite sauter aux yeux. « Pour l’instant, on n’a pas de joueurs comme on a eu des Gasquet, Tsonga ou Monfils ces dernières années. Il faut croiser les doigts pour que les jeunes, à l’image d’ go Humbert, progressent vite », lâche Patrice Hagelauer.

Voir les Français lever le saladier de la coupe Davis pourrait donc devenir beaucoup plus compliqué à partir de la saison prochaine. Même si Arnaud Clément ne veut pas céder au défaitisme. « Vous allez me dire, ce sera plus dur car les meilleurs seront là. Mais ce n’est pas parce qu’il y a plus d’argent que les meilleurs joueurs viendront forcément. Déjà, beaucoup de choses ne sont pas encore réglées avec cette réforme. Nouvelle formule ou pas, si un grand joueur est blessé, il ne viendra pas », estime Arnaud Clément.

Moins de vocations avec la fin de la Coupe Davis traditionnelle ?

On attendra donc de juger sur pièce avant de juger les Bleus dans cette Coupe Davis new-look. Par contre, tout le monde s’accorde déjà sur un point. Avec la réforme, une crise des vocations pourrait toucher le tennis français. « C’était une source d’inspiration pour plusieurs joueurs qui ont décidé de se mettre au tennis en regardant la Coupe Davis », assure Patrice Hagelauer.

« On est dans un pays qui a vraiment la culture Coupe Davis. L’épopée des Mousquetaires, le stade Roland-Garros, tout ça vient de cette épreuve. Et puis, il y a aussi plein de joueurs qui ont voulu faire ce métier en voyant les images des victoires de 1991 ou 1996. D’ailleurs, ce week-end, plein de jeunes joueurs (13-18 ans), qui ont brillé cette saison, ont été invités au stade Pierre Mauroy par la Fédération. Mais on les invite pour quoi ? Pour leur montrer quelque chose qu’ils ne vont jamais jouer ? Pour tout ça, c’est vraiment triste », se lamente Arnaud Clément.

Alors, avant l’entrée dans un nouveau monde inconnu, les Bleus espèrent profiter de ces ultimes instants et offrir à cette épreuve un enterrement de première classe dans deux mois pour la finale.