Coupe Davis: Benoît Paire, de Benzema du tennis à sauveur des Bleus contre l’Espagne?

TENNIS L'incompréhension entre le Français et l'équipe de France a enfin été levée après des épisodes compliqués...

Julien Laloye

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Benoît Paire, le 30 août 2018 à l'US Open.
Benoît Paire, le 30 août 2018 à l'US Open. — TIMOTHY A. CLARY / AFP

Une scène de vie racontée par les caméras de La Fédération française de tennis. Lucas Pouille et Benoît Paire qui partagent une partie de Fifa à leur hôtel lillois à trois jours de la demi-finale contre l’Espagne. 2-0 pour Paire avec un but de Gareth Bale, si on a bien suivi. Le groupe vit bien, encore heureux ? Il faut voir d’où on part. Il y a encore six mois, les deux ne se parlaient plus.

Une histoire d’embrouille en finale dans un challenger fin 2015 à Mouilleron-Le-Captif. « Benoit avait été sur courant alternatif comme il est parfois, brillant pendant dix minutes puis à côté de la plaque, et ainsi de suite, se souvient Matthieu Blesteau, organisateur de l’évènement. Pouille avait perdu et ne lui avait pas serré la main. Après, l’affaire a été montée en épingle, et la polémique est montée en puissance ».

Une longue fâcherie avec Pouille

La guerre froide manque de dégénérer pour de bon aux JO de Rio. En vertu des règlements, Paire est envoyé au Brésil à la place de Pouille, qui crevait d’envie d’y aller. La suite est connue. L’Avignonnais préfère les nuits de Shy’m à celles du village olympique, et la Fédé en fait tout un foin pendant que l’actuel numéro 1 français le prend personnellement, sur le thème « il a dit oui juste pour me la faire à l’envers, cette tête de c… », Un avis à l’époque largement partagé par la grande famille du tennis français, comme on dit.

Paire a toujours été un cas à part. Arrivé tard au très niveau, il n’a jamais connu les équipes de France de jeune qui forgent les amitiés et pardonnent les vexations. Noah vient le soutenir bruyamment à Monte-Carlo juste après avoir accepté le poste de capitaine des Bleus ? Paire, enfin considéré après des années dans l’ombre de la génération des Mousquetaires, déclare sans rire « qu’il n’avait pas remarqué sa présence ». Le gars fait tout pour se faire détester avec un enthousiasme désarçonnant. Il nous est arrivé de le maudire pour une interview promise et jamais réalisée parce que ça ne l’intéressait plus. Ou parce que ça ne l’avait peut-être jamais intéressé, difficile de savoir.

Très impliqué en Interclubs

Pourtant, ceux qui le connaissent bien décrivent un Benoit Paire adorable et respectueux, le portrait classique de l’écorché vif qui n’attend qu’une chose, qu’on le comprenne. Hugo Nys, son partenaire de double au dernier US Open : « Ben est quelqu’un qui aime être entouré et qui à l’esprit d' équipe à fond. Il a été très fort au foot quand il était plus jeune donc il a déjà cette expérience d’équipe. Je pense juste qu’il est demandeur de ce genre d’ambiance en équipe ».

Il a fini par l’exprimer en public et en privé, en faisant la tournée des popotes pour dissiper les malentendus, lui qui déplorait encore il y a peu ne jamais être invité aux repas des autres joueurs français susceptibles d’être retenus. Une réconciliation avec Pouille, donc, et un coup de fil à Noah pour lui dire sa volonté d’intégrer le groupe « avant que la Coupe Davis ne soit morte », puis une deuxième couche dans l’Equipe : « Bien sûr que je suis différent sur un court, mais quand il faudra se mettre au service du groupe, je serai là ». Henri Magniant, président du TC de Lille, l’a récupéré sans trop y croire après les Jeux pour lui faire disputer les interclubs. Il raconte :

« J’avais dit à son entraîneur [Thierry Champion] que je n’étais pas du genre à faire des cadeaux. Certains se sont pincé le nez à l’époque, mais je n’ai jamais regretté mon choix. Il n’a pas été gourmand du tout sur l’argent, il a rapporté cinq points sur six contre des gars pas faciles à battre, et j’ai découvert un garçon attachant, qui mérite d’être connu. Il est un peu insaisissable, bien sûr, et il avait un régime spécial puisque je lui avais donné l’autorisation d’arriver le jour du match et non pas la veille, mais je n’ai rien à dire sur son état d’esprit. C’était un coup médiatique réussi pour moi, et une bonne façon de se remettre en selle pour lui ».

Les premières impressions lilloises confirment : Paire semble s’être parfaitement fondu dans le groupe, même s’il doit avant tout sa convocation aux forfaits de Monfils ou Tsonga. Le voir sur le terrain est-il pour autant envisageable contre les Espagnols ? C’était presque acquis si Nadal avait été là, puisque ce n’était pas la peine d’envoyer Gasquet à l’abattoir une fois de plus contre Rafa, mais face à des adversaires « gagnables » comme Bautista-Agut ou Carreno-Busta, le tennis façon montagnes russes de Paire peut ressembler à une prise de risque farfelue. Tout à faire le genre d’idées qui peut s’emparer de l’esprit de Noah au réveil et ne plus le lâcher.

Noah sous le charme

« Pour moi, c’est complètement nouveau de le voir évoluer sur et en dehors du court, a pour l’instant commenté le capitaine des Bleus. Il a un jeu atypique et une forme de préparation atypique aussi. Mais bon, il s’est adapté. Ça fait 4-5 jours qu’il s’entraîne. Il fait le taf ». «Il peut avoir une attitude agaçante pour le public parfois​, je ne vais pas lui chercher d’excuse là-dessus, mais s’il y a bien un mec qui peut tenter ce pari et le gérer comme il faut, c’est Yannick », l’encourage Matthieu Blesteau, resté proche du Français. Avouons que Benoit Paire dimanche soir pour le possible dernier match de l’histoire de la Coupe Davis telle qu’on la connaît est une perspective aussi dangereuse qu’excitante. On signe où ?