VIDEO. Open d'Australie: Et dire qu'il y a deux mois, Lucas Pouille était au fond du trou

TENNIS Le Nordiste disputera sa première demi-finale de Grand Chelem vendredi face à Novak Djokovic. Un scénario inimaginable il y a encore quelques mois…

Francois Launay

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Lucas Pouille s'est qualifié mercredi pour sa première demi-finale à l'Open d'Australie
Lucas Pouille s'est qualifié mercredi pour sa première demi-finale à l'Open d'Australie — AFP
  • Lucas Pouille revient de loin avant sa première demi-finale de Grand Chelem, il restait sur neuf derniers mois catastrophiques.
  • Retour sur la mauvaise passe du Nordiste de 24 ans.

Le communiqué en a fait plus rire plus d’un sur les réseaux sociaux. Impitoyable la saison dernière avec Lucas Pouille, la Fédération française de Lose a fait amende honorable ce mercredi après la qualification du joueur pour sa première demi-finale à l’Open d’Australie où il défiera Novak Djokovic. « La FFL a le regret d’annoncer la disparition de ses rangs d’un de ses membres les plus fidèles et prometteurs », se marre le compte officiel des gens qui aiment voir les Français perdre dans toute leur splendeur. II faut dire qu’il y a deux mois, personne n’imaginait un tel destin au Nordiste, considéré comme un symbole de la lose à la française.

Après deux quarts de finale de Grand Chelem en 2016 et un point décisif remporté en finale de la Coupe Davis 2017, le joueur de 24 ans était vite rentré dans le rang. S’il avait brillé début 2018 avec une victoire à Montpellier, Pouille a disparu des radars de mars à novembre en enchaînant les défaites. Passé de la 10e à la 32e place mondiale, le Nordiste a nagé en plein doute comme l’explique Arnaud Clément, ancien capitaine de l’équipe de France de Coupe Davis : « Il avait perdu l’envie et puis il y avait aussi une attente permanente sur ses épaules. Il était un peu arrivé de nulle part en grimpant de la 90e à la 15e place en une saison [2016]. Tout le monde s’attendait à ce que cette progression fulgurante continue avec un top 5 ou un Grand Chelem. Mais ce n’est pas si simple que ça et ça arrive à tout le monde. Regardez Djokovic qui a perdu un moment l’envie parce qu’il a eu des problèmes personnels. Lucas a eu une période d’assimilation avec des saisons correctes mais la deuxième partie d’année 2018 a été catastrophique pour un joueur de son standing. »

Une finale de Coupe Davis traversée comme une ombre

Le point d’orgue est atteint à Lille en novembre dernier. Au vu de sa méforme, Yannick Noah lui préfère Tsonga, pourtant blessé toute la saison, pour disputer le premier match de la finale de la Coupe Davis contre la Croatie.

Entraînements bâclés, tirage de gueule de quatre mètres de long, tension maximale, kilos en trop, Lucas Pouille traverse ces trois jours de finale comme un zombie malgré la présence de sa famille qui vit dans le Nord. Aligné quand même le dimanche contre Cilic, il s’incline en trois sets et laisse la coupe aux Croates.

L’arrêt de sa carrière annoncée sur Instagram

Après le match, il affirme catégoriquement qu’il ne jouera plus jamais la Coupe Davis à cause de sa nouvelle formule. Et le soir, alors qu’il est en train de décompresser dans une boîte de nuit lilloise, il annonce sur son compte Instagram qu’il arrête sa carrière. Blague potache, coup de sang ou vrai piratage, Pouille annoncera quelques minutes plus tard que son compte avait été hacké.

Une mauvaise passe dont se souvient parfaitement Pascal Pouille, le père du joueur. « C’est toujours difficile de voir que son propre enfant n’est pas bien. Quand on voit son gamin ne plus gagner un match, on se pose des questions. On ne le sentait pas heureux sur le terrain. Il n’avait pas de résultats, il avait aussi perdu son statut de numéro 1 français. Et il prenait des choses en pleine figure quand il lisait la presse. Mais on ne voulait pas intervenir. C’était à lui de prendre la bonne décision », raconte le paternel.

« Le seul rêve que j’ai, c’est que ça soit un homme heureux »

Dépassé sur le court, pas forcément concentré sur la petite balle jaune hors des terrains, le Nordiste sent alors qu’il est temps de réagir. Juste après la coupe Davis, il se réunit autour d’une table avec ses parents pour faire le point.

« On s’est pris un moment à deux et on a discuté. Je faisais le même constat que lui à savoir qu’il ne prenait pas de plaisir à jouer. Il se posait beaucoup de questions. Et il fallait donc trouver une solution. C’était peut-être le moment de changer d’entraîneur. Peut-être que le discours avec Manu [Emmanuel Planque], qui a fait un super job pendant six ans, ne passait plus. Il s’est posé beaucoup de questions et c’est là qu’il m’a dit avoir pensé à Amélie Mauresmo pour l’entraîner », poursuit Pascal Pouille.

Le chemin de la reconstruction est entamé. Et au-delà des résultats, c’est bien le sourire retrouvé sur le visage de son fils qui fait aujourd’hui le plus plaisir au papa. « Le voir épanoui, c’est la meilleure des récompenses. Vous savez, je n’ai aucun reproche à faire à Lucas car je ne vis pas à travers son tennis. Je ne rêve pas qu’il soit numéro 1 mondial. Le seul rêve que j’ai, c’est que ça soit un homme heureux. Je lui ai dit que je préférais le voir 1.000e mondial et heureux que numéro 1 et malheureux ». Et tant qu’à faire, si bonheur et résultats peuvent aller de pair, c’est encore mieux.