Open d’Australie: Comment Amélie Mauresmo a déjà refait de Lucas Pouille un champion

TENNIS Entraîné par l’ancienne numéro un mondial depuis décembre, le Français s’est qualifié pour son premier quart de Grand Chelem depuis 2016…

Julien Laloye

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Lucas Pouille répond à McEnroe après sa victoire contre Coric.
Lucas Pouille répond à McEnroe après sa victoire contre Coric. — DAVID GRAY / AFP
  • Lucas Pouille s'est qualifié pour les quarts de finale de l'Open d'Australie en battant Coric en quatre manches (6-7, 6-4, 7-5, 7-6).
  • En phase de stagnation ces derniers mois, le Français est entraîné par Amélie Mauresmo depuis deux mois. L'ancienne numéro un mondiale avait déjà prouvé ses qualités avec Andy Murray.

C’est toujours agréable de se sentir rajeunir un peu. Un lundi matin les yeux mi-clos, une bonne surprise avec la qualif improbable de Lucas pour un quart de finale d’un Grand Chelem et puis un coup de fil qui va bien à Papa Pouille. Tout pareil qu’il y a trois ans après la victoire retentissante du fiston contre le taureau ibérique à l’US Open.

A l’époque lundi était plus chaud puisqu’on était en septembre et Pascal ne s’était pas encore composé une messagerie en anglais pour répondre au New York Times. La fierté contenue est, elle, restée la même : « Je l’ai senti libéré, en confiance. Il a tenté des coups qui prenaient la bande du filet l’an passé et qui sont rentrés. Pour moi, c’était du même niveau que face à Nadal. »

Un petit miracle qui a un nom : Amélie Mauresmo

L’adversaire ne trimballait pas la même mystique, mais Borna Coric représentait une drôle de menace avant de se fracasser sur le Français sans moufter (6-7, 6-4, 7-5, 7-6). Onzième joueur mondial après une saison 2018 du tonnerre, le Croate de 22 ans a pourtant été prié de reprendre un ticket à l’entrée et d’attendre son tour. Un petit miracle quand on sait les difficultés récentes de Pouille, infichu de mettre un revers devant l’autre depuis des mois. Un petit miracle qui a un nom : Amélie Mauresmo, nouvelle entraîneure du 32e mondial en binôme avec Loïc Courteau.

L’autre grand mamamouchi du tennis français avec Yannick Noah. Songez un peu à la feuille de route. Un coup de main à Bartoli pour l’aider à aller chercher le titre d’une vie à Wimbledon, une quasi Fed Cup dans l’escarcelle du temps où Garcia et Mladenovic se parlaient encore, et surtout deux ans à supporter les ronchonneries de Murray pour le ramener tout en haut de la hiérarchie. Un top player coaché par une femme, l’histoire était si belle qu’on a échappé de peu au biopic avec Hugh Grant dans le rôle d’Andy et Scarlett Johannsson dans celui d’Amélie pour Coup de foudre sur le Centre Court.

La collaboration n’a pas débouché sur de grands progrès pour la cause féminine, puisque le Nordiste est aujourd’hui le seul joueur du top 100 à avoir choisi une femme pour l’entraîner. Les effets sont cependant tout aussi bénéfiques. L’intéressé à chaud après avoir occis Coric : « Je m’éclate sur le court. Je prends beaucoup de plaisir dans la bagarre. Ce n’est que du bonheur. Il faut continuer dans cette voie-là. » Dans le box, le bronzage de Mauresmo a remplacé la tignasse hirsute d’Emmanuel Planque, l’homme des fondations. Secret-défense sur le contenu des séances d’entraînement du couple depuis deux mois. Loïc Courteau, lui aussi aux manettes à Melbourne, refuse d’endosser tout le crédit de ce soudain renouveau.

Lucas a été 10e mondial, il a un certain potentiel. Il est ambitieux, à l’écoute et il faut voir ce qu’il s’est mis à l’entraînement ces dernières semaines. Amélie, c’est une joueuse qui a connu le haut niveau et qui connaît très bien le jeu. Après, quand on met des choses en place, on ne sait jamais quand ça va marcher. »

Mauresmo pour débloquer le mental

Ce qu’il s’est mis à l’entraînement ? Il faut fouiller un peu dans un papier récent d’un confrère nord-américain. Pouille aime quand on s’y file et il apprécierait particulièrement le sérieux des séances concoctées par Mauresmo, toujours partante pour participer aux exercices elle-même. « La façon dont elle se comporte sur le court, on voit tout de suite que c’est une grande championne », explique Pouille, presque dans l’ésotérique la semaine passée dans L’Equipe. « Amélie a joué, ce sont des choses qu’elle a pu vivre, des émotions qu’elle a pu ressentir. Elle est très rigoureuse, perfectionniste, elle a envie de réussir, ça me convient très bien ». « Amélie a remis Murray sur le bon chemin, elle a gagné des Grands Chelems, abonde le papa. Elle a cette expérience de savoir faire comment jouer des quarts ou des demi-finales. Sur ce que j’ai pu voir, il y a une grande complicité entre eux. »

Nous voici au cœur du réacteur. Amélie Mauresmo et les fameuses zones de turbulences dans une vie de haut niveau. Longtemps considérée comme une joueuse très friable mentalement, souvent raillée pour ses défaillances à Roland-Garros, sur la surface qui convenait le moins à ses forces, la Française a fini par déverrouiller ses blocages, remportant finalement deux Grands Chelems et accédant à la première place mondiale. « Ce que j’ai, moi, mis du temps à acquérir pendant ma carrière, je peux le transmettre plus vite. Je fais ça pour ça. J'ai eu le sentiment qu'il y avait chez lui une grosse détermination pour mettre toutes les chances de son côté pour reprendre son ascension après une période difficile. »

« On est surpris que ça fonctionne aussi vite »

Le même argument qui avait convaincu Murray de l’embaucher en 2014 : « Je pense qu’Amélie a eu du mal à dompter sa nervosité au début de sa carrière avant d’y parvenir, et je pense que ça peut m’aider. Elle comprend mieux que quiconque la partie psychologique de ce jeu. » Trouver de nouveaux ressorts dans la difficulté en gros. Tout ce dont avait besoin Pouille, en panne sèche depuis son explosion en 2016.

Résistons à la tentation d’exagérer les bienfaits de cette association, mais quand même. Le Français avait perdu tous ses matchs avant de débarquer à Melbourne, où il n’avait encore jamais gagné en carrière, et le voilà aux portes du dernier carré, à condition de survivre au bombardier Raonic. Pas une mince affaire au demeurant. Le Canadien a éparpillé l’infanterie aux quatre coins du pays. Un tibia de Kyrgios à Sydney, une cuisse de Wawrinka à Camberra et une épaule de Zverev à Brisbane.

« Tous les joueurs peuvent stagner et changer quelque chose pour progresser, juge Pascal Pouille. Lucas a choisi de changer d’entraîneur. Il s’est aussi adjoint les services d’une nutritionniste et d’une préparatrice mental. Il se donne des atouts de plus. Depuis qu’il est parti, son crédo c’est s’investir pour réussir, même si on est surpris que ça fonctionne aussi vite avec Amélie. » Une lumière pour tout le tennis tricolore, déjà assuré de faire mieux qu’en 2018, première année sans quart de finale de Grands Chelems hommes et femmes confondus depuis 1980. Merci pour ça aussi, Amélie.