Mont-Blanc: «C’est notre Dakar à nous»… Pourquoi la Grande Odyssée (400 km) est la course de chiens de traîneaux culte

MONTAGNE La Grande Odyssée Savoie Mont-Blanc, principale course de chiens de traîneaux en France, va se dérouler du 12 au 23 janvier...

Jérémy Laugier

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25 mushers participeront, du 12 au 23 janvier, à la Grande Odyssée entre Savoie et Haute-Savoie.
25 mushers participeront, du 12 au 23 janvier, à la Grande Odyssée entre Savoie et Haute-Savoie. — Vincent Piccerelle
  • La Grande Odyssée Savoie Mont-Blanc va vivre sa 15e édition à partir de samedi et jusqu’au 23 janvier.
  • 20 Minutes vous présente cette passionnante course de chiens de traîneaux à étapes de 400 km et 13.000 m de dénivelé positif au total.
  • Le prologue se déroule à Samoëns.

Près de 400 km de course et 13.000 m de dénivelé positif. Non, il ne s’agit pas d’un nouveau format d’ultra-trail dantesque mais de la Grande Odyssée Savoie Mont-Blanc. Cette passionnante course de chiens de traîneaux à étapes entre Savoie et Haute-Savoie va mettre aux prises 25 mushers (huit nationalités représentées) pour sa 15e édition du 12 au 23 janvier.

Présentant un immense palmarès dans la discipline (trois fois champion du monde et 13 titres de champion d’Europe), Jean Combazard brise le cliché du musher au profil de montagnard solitaire puisqu’il a toujours vécu avec son épouse… en région Ile-de-France. « Ma passion pour la nature m’a poussé à acquérir un husky de Sibérie pour courir avec moi dans les années 1990 », explique-t-il. A l’époque de sa première grande compétition européenne, il vivait avec cinq chiens supplémentaires.

De 50.000 à 80.000 spectateurs au total, 22 stations traversées

Puis une vingtaine d’années plus tard, au moment de se lancer dans sa 12e Grande Odyssée avec la même passion, le champion partage sa vie avec pas moins de 30 chiens. « C’est un peu notre Dakar à nous, sourit Jean Combazard. Il s’agit de la seule course à étapes en France et il y a une énorme ferveur populaire. C’est notamment noir de monde à chaque fois au mont Revard [8e étape le 22 janvier] où l’ambiance est colossale. »

« On estime que 50.000 à 80.000 spectateurs viennent assister à la Grande Odyssée sur 12 jours, précise Annabel Lascar-Kam, la directrice générale de la course. Un peu comme pour le Tour de France, on apporte la fête dans les 22 stations traversées, avec des animations et un podium chaque jour pour le vainqueur d’étape et le leader au général. »

« Seuls dans la nature, nous sommes les rois du monde »

Comme sur la Grande Boucle, il y a même un prologue au menu, samedi à Samoëns à 17h45. Car en raison d’un parcours empruntant des pistes ouvertes aux skieurs, la Grande Odyssée compte aussi des étapes nocturnes. Jean Combazard nous décrit ces contextes de course lunaires.

C’est frustrant de ne pas pouvoir profiter des paysages. Mais en même temps, nous sommes les rois du monde, seuls dans la nature avec nos chiens. Dans les descentes verglacées, c’est parfois assez rock’n’roll. Une année, j’ai même connu une énorme chute avec plusieurs tonneaux sur près de 100 mètres. »

« Il faut être un peu fou pour se lancer dans un truc comme ça »

Des risques que Cindy Duport (24 ans) a elle aussi ressentis lors de sa première Grande Odyssée, en 2017. « C’est la course la plus difficile en France, estime la jeune femme, présente dans le même classement que les hommes. Il faut être un peu fou pour se lancer dans un truc comme ça. C’est un rêve extraordinaire pour moi d’en faire partie. »

Afin de se préparer pour pareille épreuve, remportée l’an passé en 28h58, à plus de 20 km/h de moyenne, cette Iséroise effectue avec ses chiens cinq sorties de plus de deux heures par semaine. Y compris à vélo ou en trottinette hors saison. D’autres se préparent en roulant dans la boue avec leur quad et leurs animaux.

Défi bonus : un bivouac en haute montagne à -25°C

Les chiens des 25 mushers (12 par participant pour les neuf étapes, remplaçants y compris) sont considérés comme des « athlètes de haut niveau », pour parcourir entre 30 et 40 km par jour, et même jusqu’à 90 bornes sur une journée dans certaines éditions passées. Des contrôles antidopage seront d’ailleurs réalisés sur eux durant l’épreuve, qui se conclut par une mass start de Bessans à Bonneval-sur-Arc (Savoie) le 23 janvier.

Avec en défi bonus un bivouac en haute montagne, pour une 7e étape en deux jours au Mont Cenis (à 2.081 m d’altitude) pouvant atteindre les -25°C. « Je vois cette Grande Odyssée comme l’UTMB des chiens de traîneaux », indique Annabel Lascar-Kam. Chef vétérinaire sur la Grande Odyssée, Sandrine Pezard constate d’ailleurs chaque soir chez les chiens « des pathologies de coureurs d’ultra-trail ».

« Les chiens sont comme des membres de leur famille »

« Ils subissent des diarrhées d’effort, des douleurs musculaires et des petites lésions dermatologiques, explique-t-elle. Il faut savoir aussi que ces chiens de 20 kg dépensent 10.000 calories par jour durant cette épreuve, contre 2.500 calories en moyenne pour les humains au quotidien. » Massés et bichonnés après chaque étape par le pôle de huit vétérinaires (plus quatre étudiants), les héros de la Grande Odyssée vivent aussi une complicité ultime avec leur musher.

« On connaît parfaitement le caractère de tous nos chiens, précise Jean Combazard. Ceux de tête ont la particularité d’être rapides, très intelligents et avec un gros mental. Je leur indique simplement comme consignes à l’oral "gauche, droite, doucement" et ils les appliquent aussitôt. » Si bien qu’Annabel Lascar-Kam constate tous les ans que « pour les mushers, les chiens sont comme des membres de leur famille et cette Grande Odyssée renforce les liens entre eux ».