Ballon d’Or: «Ce ne sont pas des chèvres non plus devant», Mbappé et Griezmann pas trop déçus (en apparence)

FOOTBALL Les Français ont placé trois joueurs dans le top 10, mais Modric et Ronaldo ont terminé loin devant…

Julien Laloye

— 

Griezmann félicite Mbappé, vainqueur du trophée Raymond Kopa du meilleur jeune.
Griezmann félicite Mbappé, vainqueur du trophée Raymond Kopa du meilleur jeune. — FRANCK FIFE / AFP

Au Grand Palais,

On peut se raconter les histoires qu’on veut et aimer Modric d’un amour désintéressé, la pilule est amère pour le foot français. Pas faute de l’avoir vu venir hein. Trop de prétendants possibles, pas un qui se détache du lot pour de vrai la seule année ou Cristiano et Messi ont décidé de faire don au petit peuple d’un Ballon d’Or. Le plus mal loti, Raphaël Varane, le seul parmi le trio à avoir réalisé le doublé Ligue des champions/Coupe du monde, avec un but décisif contre l’Uruguay au passage, n’avait même pas pris l’avion affrété par le Real Madrid. Pourtant, tout le beau linge madrilène s’était déplacé (Raul, Butragueno, Florentino, Roberto Carlos), et il ne manquait plus que Felipe et Laetizia. 

Griezmann y croit encore

Troisième comme en 2016, quand il avait perdu deux finales en club et en sélection, Antoine Griezmann, s’était sans doute imaginé qu’en gagnant les deux finales en question en 2018, il pouvait plier le débat. C’était présomptueux. Saluons au passage le fair-play de l’attaquant de l’Atletico, qui ne s’est pas départi de son sourire de la soirée, avant de faire le job avec les journalistes sans montrer d’acrimonie déplacée.

« Je suis très fier de mon année, j’ai gagné la Ligue Europa, la Supercoupe et la Coupe du monde. J'ai seulement ressenti une petite déception quand on m'a donné le podium. Modric a fait une grande année, une grande saison. Il a gagné la Ligue des champions et il a amené loin la Croatie à la Coupe du monde. Ce sont les journalistes qui ont voté, et pour eux, il le méritait ».

Varane n’a pas fait le déplacement

Il était un poil moins convaincant quand on lui a demandé ce qu’il pouvait faire de plus pour le gagner un jour, hormis claquer la Ligue des champions et le Mondial la même année, ce qui nous emmène gentiment à 2022. « C’est une bonne question, mais si je continue à travailler comme je le fais, pourquoi pas. Je suis sur le bon chemin, j'ai fait deux podiums, il faut continuer comme ça ». Griezmann ne peut pas dire le contraire, d’autant qu’il le pense sûrement. Cela ne change rien à la perception de ce nouveau podium : c’était l’année ou jamais, et la prochaine, si elle n’est pas gloutonnée par Messi ou CR7, pourrait bien sourire à un autre Tricolore, Kylian Mbappé.

Déjà tout proche des monstres du jeu alors qu’il attend toujours de fêter ses 20 ans, Mbappé a évidemment remporté le prix Kopa, où la concurrence joue encore dans un bac à sable, une consécration qu’il a vécue comme « une étape supplémentaire » dans sa carrière de météorite.

« A des moments je n’ai pas été aussi bon qu’un Ballon d’Or doit l’être, je dois continuer à travailler pour le gagner. Qu’est-ce qu’il me manque ? De la régularité, mais c’est normal, je ne peux pas tout acquérir et tout gagner comme ça, sinon ce serait trop facile. J’ai fait tout mon possible mais pas tout ce qui était possible pour gagner un Ballon d’Or, c’est la différence. Je suis un peu déçu pour les Français mais ça passera. On peut se dire aussi que ce n’est pas des chèvres devant ».

Mbappé, une étape de plus

Le jeune homme ne se cherche jamais d’excuses, c’est même sa principale qualité. N’empêche. Tous les suiveurs du foot de très haut niveau savent que Modric a été le moins régulier de tous  les prétendants à la boule à la facette du top 5. Cela veut donc dire, aussi, que l’histoire se joue ailleurs. Au XXIe siècle, seuls trois joueurs ont remporté le Ballon d’Or sans évoluer au Real ou au Barça (Quiz ?). Florentino Perez, qui va bientôt devoir aménager un garage taille Gulliver en dessous du Bernabeu pour ranger tous les Ballons d’Or du club, ne s’est pas fait prier pour rappeler qu’il existe « une connexion très forte entre ce trophée et le Real Madrid ».

Cela ne s’adressait pas directement à Mbappé ou Neymar, mais c’est le sens du message. « Viens à Madrid, coco, et tu peux déjà faire de la place sur l’étagère ». Mbappé a évidemment droit à un tir de barrage en règle de nos confrères ibériques, mais il a préféré s’esquiver en faisant la tête du chat mignon dans Shrek. C’est le jeu ma pauv' lucette ? Il aurait aussi pu dire qu’il se voyait au PSG pour longtemps, ça ne mangeait pas de pain.