Coupe du monde 2018: Placard, clash et départ... Quand le destin de Benjamin Pavard a basculé à l'été 2016

FOOTBALL Formé à Lille, le défenseur ne voulait pas quitter le Nord il y a deux ans. Mis sur la touche par son entraîneur, Pavard a dû faire ses valises et s’est écrit un destin en bleu inattendu…

Francois Launay

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La joie de Benjamin Pavard après son but égalisateur contre l'Argentine
La joie de Benjamin Pavard après son but égalisateur contre l'Argentine — AFP
  • Benjamin Pavard est la révélation française de ce Mondial
  • Buteur en huitièmes de finale contre l’Argentine, le Nordiste a eu une trajectoire supersonique ces six derniers mois
  • Son départ forcé de Lille en 2016 a été le début d’une belle aventure

Et si le Mondial des Bleus en Russie s’était joué deux ans plus tôt dans le bureau de Frédéric Antonetti ? Ça parait totalement improbable et pourtant, l’histoire de ce huitième de finale dingue contre l'Argentine (4-3)  aurait pu être bien différente sans cet épisode. A cette époque, Benjamin Pavard, jeune joueur de Lille, est encore loin d’imaginer endosser le costume du héros français après son but égalisateur somptueux face à Messi et les siens.

Février 2016 : Les cadres du Losc se plaignent de Pavard

Alors entraîneur du Losc, Antonetti voit donc débarquer au printemps 2016 trois cadres de son groupe qui lui ont demandé un entretien. Jaloux de la montée en puissance de Benjamin Pavard, lancé en pro un an plus tôt sous les ordres de René Girard, les joueurs, inquiets pour leur place de titulaire, viennent critiquer le comportement du défenseur dans le groupe.

Très à l’écoute de ses cadres, le technicien, qui n’a pas répondu à nos sollicitations, décide alors d’écarter Benjamin Pavard du groupe nordiste.

Mais au-delà de cette histoire d’anciens, Antonetti reproche aussi à son jeune joueur des sautes de concentration trop fréquentes et une certaine nonchalance quand il l’aligne dans l’axe.

5 mars 2016 : Pavard placardisé par Antonetti

Le défenseur ne le sait pas encore mais il ne jouera plus jamais sous les couleurs de son club formateur. Le 5 mars 2016, jour de la victoire de Lille contre Reims en Ligue 1 (2-0), sera la date de son dernier match dans le championnat français.

A partir de là, l’étoile montante du club lillois disparaît des radars. Car au lieu de faire le dos rond en attendant son heure, Pavard s’en va demander des explications à Fredéric Antonetti. Et l’entrevue se passe mal. Pavard se braque et va au clash avec Antonetti qui décide de le mettre au placard jusqu’à la fin de la saison.

Le temps de jeu de Benjamin Pavard lors de sa dernière saison à Lille
Le temps de jeu de Benjamin Pavard lors de sa dernière saison à Lille - Capture d'écran LFP

Printemps 2016 : un jeune talent en perdition

Arrivé à Lille à l’âge de neuf ans, Pavard était pourtant rapidement devenu l’un des grands espoirs du club. « Il n’avait aucun point faible. Quand on faisait des bilans, je ne savais pas sur quel point insister », avoue Mickaël Foor, son premier formateur chez les jeunes du Losc.

Au moment de son clash avec Antonetti, le défenseur, âgé de 20 ans est même en équipe de France U19. Son talent n’est donc absolument pas en cause. « C’était un crack. On était tous unanimes là-dessus », reconnaît Jean-Michel Vandamme, directeur sportif du Losc à l’époque.

Juillet 2016 : fan zone avec les potes et réflexions sur l’avenir

Mais au moment d’aborder la préparation d’une nouvelle saison avec son club formateur, les relations ne s’améliorent pas avec Antonetti. Alors, pour se changer les idées, le joueur profite du début de l’été pour aller voir les matchs des Bleus avec ses copains du centre de formation dans la fan zone installée pour l’Euro-2016 à côté de la gare Lille Europe.

« On revenait de vacances et on était allé voir quelques matchs en fan zone. On croisait pas mal de monde. A cette époque, Ben était déjà en train de jouer au Losc avec les pros. Et on le chambrait en lui disant qu’il allait aller en équipe de France. Clairement, on se foutait de lui », sourit Corentin Halucha, défenseur du club belge des Francs Borains, et très proche de Pavard depuis leur formation commune au Losc.

Mais derrière les chambrages, le défenseur se montre de plus en plus soucieux. Vu sa situation bloquée, il sait qu’il n’a plus d’autre alternative que de quitter le Nord. « Ce n’est jamais évident de quitter son club formateur, surtout à 20 ans. En plus, il ne voulait pas quitter le Losc aussi rapidement. Il voulait gagner des titres à Lille mais il y a eu malheureusement un coup d’arrêt. », poursuit Halucha.

29 Août 2016 : Départ de Lille direction l’Allemagne

Reste que son départ ne fait pas l’unanimité au sein du Losc. Directeur sportif du club à l’époque, Jean-Michel Vandamme se souvient des tiraillements qui ont opposé les dirigeants sur le cas Pavard. « Son cas a fait débat jusqu’à la fin du mercato. Deux raisons nous ont poussés à le vendre. La première, c’est qu’Antonetti ne le faisait pas jouer et Benjamin ne supportait pas cette situation. La deuxième, c’est que le club avait besoin de rentrées d’argent pour passer sans encombre devant la DNCG. », raconte le dirigeant nordiste.

Finalement, le 29 août 2016, Benjamin Pavard quitte le Losc moyennant six millions d’euros. Après avoir vu plusieurs clubs anglais, français (Caen) et allemands se renseigner sur son cas, le choix final se porte sur le VFB Stuttgart, seulement pensionnaire de Division 2 allemande. Une décision qui n’a pourtant pas étonné Mickaël Foor.

Automne 2016 : Une adaptation compliquée

« Même si Stuttgart était à l’époque en D2, ce club est un grand nom du foot allemand. Surtout, ils font confiance aux jeunes. Et puis, j’ai toujours pensé que la rigueur allemande pouvait correspondre à Benjamin sur le plan mental. En plus, c’était un gros test de le voir quitter son cocon lillois », se souvient le premier formateur lillois du Nordiste.

Même si l’adaptation à un nouveau pays et une nouvelle langue ne se fait pas sans peine. « Il a eu un peu de mal au début. Le fait de partir à l’étranger sans avoir sa famille ou ses amis à côté de lui, ça a été un peu compliqué. Quand on pouvait venir le voir, on y allait. Même chose pour ses parents qui faisaient énormément d’allers-retours depuis Jeumont (ville du Nord où a grandi Pavard). Ça lui a fait du bien » reconnaît son pote Corentin Halucha.

De novembre 2017 à juillet 2018 : Une ascension fulgurante en bleu

Et le temps d’adaptation passé, Pavard finit par exploser. Dès sa première saison, il participe à la remontée du club en Bundesliga. Et le conte de fées commence par une première convocation en bleu en novembre dernier à la surprise générale.

« Voir son nom dans la liste des Bleus en novembre, c’était quelque chose. Et puis, en mai, juste avant l’annonce de la liste des 23, on ne savait même pas s’il serait au Mondial puisque Debuchy revenait bien. Et maintenant, il est titulaire et il marque à un poste qui n’est pas le sien. Ce sont des histoires du foot qui arrivent rarement et ça tombe sur Benjamin », s’extasie Mickaël Foor.

« Je pense qu’on ne prend pas la mesure du truc. C’est du délire. Alors imaginez s’il devient champion du monde », rêve déjà Corentin Halucha.

Si la France monte sur le toit du monde le 15 juillet, le pays pourra remercier Fred Antonetti. Sans lui, Pavard n’aurait sans doute pas quitté Lille et offert aux Bleus un fabuleux destin.

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