Roland-Garros: Tête à claques sur le court vs Petit agneau dans la vie... Les deux faces de Fabio Fognini

TENNIS Fabio Fognini n'est pas forcément tout le temps la teigne que l'on imagine...

Aymeric Le Gall

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Fabio Fognini ou Docteur Jekyll et M. Hyde.
Fabio Fognini ou Docteur Jekyll et M. Hyde. — Jean-Michel Montage/ Christophe Ena/AP/SIPA

De notre envoyé spécial à Roland-Garros, 

On vient combler un vide. Alors qu’il affronte Marin Cilic en huitième de finale de Roland-Garros lundi après-midi, Fabio Fognini est le joueur qui se coltine la pire réputation sur le circuit et il est difficile, quand on tape son nom dans Google, de trouver le moindre article élogieux à son sujet.

Faut dire qu’il l’a bien cherché. Pétage de câbles, raquette éclatée, insultes envers les joueurs, le public, les ramasseurs de balles, les juges de ligne, les arbitres, tout le monde ou presque a un jour eu le droit de se faire pourrir dans la langue de Totti.

Pourtant, quand on l’a vu rentrer dans la salle de conférence de presse après sa victoire marathon contre Kyle Edmund au troisième tour de Roland-Garros, capuche sur la tête et mine presque timide, Fognini nous a donné la sensation que si l’on grattait un peu sous le vernis du sale gosse, on allait trouver un être doux comme un agneau.

Car si le public ne voit de lui que son comportement sur le terrain – souvent odieux, donc –, la vie de Fognini sur le circuit ne s’arrête pas là. Le petit monde du tennis se côtoie toute l’année, que ce soit en coulisse, dans les vestiaires, les hôtels ou les avions. Si Fognini était une aussi grosse teigne qu’on le dit, on suppose que ça fait longtemps qu’il se serait fait recadrer par les autres joueurs. Alors, il ressemble à quoi le Fabio en dehors des courts ?

Mais pourquoi est-il aussi méchant ?

« Il a un peu la même image que Benoît Paire auprès du grand public, confie Arnaud Clément. Il y a un vrai décalage entre le joueur sur le court et l’homme en dehors. En dehors des courts c’est un mec adorable, hyper doux, tranquille, décontracté. Il est toujours souriant, très accessible. C’est un garçon qu’on aime croiser sur le circuit. » Bingo, on avait vu juste.

L’ancien capitaine de l’équipe de France précise sa pensée : « Après c’est vrai que sur le terrain, il fait le dire, il peut parfois être détestable. Mais les joueurs savent que ce genre de caractères là peuvent surexprimer leurs émotions sur le terrain. Ils ne leur en tiennent pas trop rigueur. Pas tous, en tout cas. Regarde Monfils, il s’est parfois bien accroché avec Fognini en match et pourtant en dehors ils sont bons copains. »

« C’est un bon ratasse ! »

On remercie Arnaud Clément d’avoir fait marcher notre boîte à souvenir. Et on se remémore alors ce match entre les deux fortes personnalités du circuit, en 2010, dans un Philippe-Chatrier plongé dans la pénombre et interrompu à cause du manque de luminosité à 5-5 dans le dernier set. Ce jour-là, Fabio avait fait du Fabio, du grand Fabio. Mais Monfils va dans notre sens en évoquant l’animal faussement sauvage.

« Fabio n’était pas content du tout. Il a insulté tout le monde dans le vestiaire pendant une demi-heure en rentrant ! Mais moi, il ne m’énerve pas forcément. Je trouve ça marrant. C’est un énervement marrant, disons (rires). Fabio, je le connais depuis tout petit, il est comme cela depuis tout petit. Il a un bon caractère. C’est un guerrier. Il a beau parler, faire semblant de nous entuber, de s’énerver, c’est un bon ratasse ! »

En fait, ses crises de colères et son caractère bouillant cachent une personnalité attachante. Et qui fait marrer pas mal de joueurs, comme Gilles Simon. Interrogé sur la nouvelle décla au chalumeau de Fognini sur la jeune génération (à laquelle il conseille de « manger des pâtes, courir et gagner des matches »), le Français n’en avait pas entendu parler mais ça ne l’a pas empêché de se marrer : « Je ne sais pas ce qu’il a encore raconté mais je lui fais confiance pour avoir sorti un truc ! J’adore Fabio, justement pour ce genre de trucs. »

« Quelqu’un de tout à fait sympathique »

On a profité du fait qu’il soit de bonne humeur après sa victoire contre Edmund pour lui demander qui était le Fabio hors des courts, et s’il était vraiment celui dépeint sans cesse par les journalistes comme un cramé du cigare. Pas de chance, il n’a pas trop voulu se confier sur son lui de tous les jours. « Pardon, c’est une question difficile, a-t-il dit avec le sourire. Quand je joue, c’est mon travail. Je voudrais donc m’y consacrer à 100 %. Parfois, je joue mal, je perds des points et des matchs et je veux jouer en faisant mon travail à 100 %. Hors du court, peu de ces personnes me connaissent. »

Croisé à la volée dans les allées de Roland, Nelson Monfort s’excuse de ne pas pouvoir nous en dire beaucoup sur « l’un des rares joueurs que je ne connais pas bien. Je peux juste vous dire que c’est le John McEnroe d’aujourd’hui, le talent en moins (aouch !), mais je crois savoir que dans la vie c’est quelqu’un de tout à fait sympathique ».

Une double personnalité

Pour connaître un peu les rouages du cerveau de ce Docteur Jekyll et Mister Hyde, on a soumis le dossier à Jean-Paul Labedade, psychologue du sport.

« Il a plusieurs facettes, plusieurs personnalités. Comme nous tous. Le tout est de savoir si le vrai visage de Fognini est celui que l’on voit sur le court ou en dehors. Hors du court, il n’a pas d’objectif à atteindre, il n’y a pas d’adversité donc ça peut expliquer qu’il soit plus détendu, plus sympathique, soumet le docteur. Mais quand il est en compétition, il change complètement en raison des objectifs à atteindre. Etre dans tous ses états, c’est très coûteux en énergie psychique. A part McEnroe, personne n’a atteint la place de numéro un en étant incontrôlable sur le terrain. Peut-être qu’il est teigneux sur le terrain et que ça le fatigue à un tel point qu’une fois dehors il n’a plus l’énergie pour être méchant. »

Ou peut-être qu’il est juste gentil et qu’il ne faut pas chercher plus loin. Et au moins maintenant, quand vous taperez « Fognini » dans votre barre de recherches (ben quoi, ça peut arriver), vous pourrez désormais vous rendre compte qu’il n’y a pas que Fognini le taré. Il y a aussi le petit agneau qui ne demande qu’à être aimé.