Roland-Garros: «C'était le plus beau jour de ma vie», raconte le ramasseur de balles qui a joué avec Nadal

TENNIS Il y aura au moins eu un Français heureux samedi à Roland-Garros...

Propos recueillis par Aymeric Le Gall

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Rafa et Léo, sur le court Central de Roland-Garros.
Rafa et Léo, sur le court Central de Roland-Garros. — SIPA

De notre envoyé spécial à Roland-Garros,

Question pour un champion, indice chez vous à la maison en bas de l'écran: « Je suis au centre du jeu mais je dois me faire discret ». Top, je suis Français, je joue au tennis depuis que je suis tout petit et, samedi à Roland-Garros, j’ai vécu le plus beau jour de ma vie lors du match contre Rafael Nadal. Je suis ? Je suis ?

Non, ce n’est pas Richard Gasquet, qui s’est fait rouler dessus en trois sets par le taureau de Manacor. La bonne réponse était : Léo Godefroy. Vous ne le connaissez pas ? Mais si, c’est le jeune ramasseur de balles qui a eu l’immense privilège de taper quelques balles avec Rafael Nadal après sa victoire/boucherie contre Gasquet.

On l’a croisé 24 heures après, sur un court n°5 plus anonyme que le Philippe-Chatrier sur lequel il a été la star l’espace de quelques minutes. Tout sourire, Léo (15 ans) a accepté de nous raconter le plus beau moment de sa vie.

Tu as réussi à trouver le sommeil cette nuit ?

Ça a été compliqué ! Déjà parce que j’ai reçu beaucoup de messages après le match et puis aussi parce que je n’arrêtais pas de me repasser les images dans la tête. Ça tournait en boucle. Mais bon, j’ai quand même trouvé le sommeil, après 15 jours d’efforts à Roland, on est fatigués le soir.

C’était le plus beau jour de ta vie samedi ?

Ah bah oui, c’était clairement le plus beau jour de ma vie. Déjà, de ramasser les balles pour mon idole, c’était incroyable, alors de jouer avec lui… C’est quelque chose que je n’avais même pas rêvé dans ma vie tellement ça semble impossible. C’est incroyable.

Comment ça s’est passé, t’as demandé à Marion Bartoli de lui faire la demande après son match ?

Non, non. C’est elle qui est arrivée à l’endroit où on attendait avant de rentrer sur le court en tant que ramasseurs. On était deux et elle a demandé qui était fan de Nadal, j’ai répondu que moi je l’étais. Elle m’a dit « ben viens alors, dès que le match est fini, tu vas faire un point avec lui ».

T’as pas dû comprendre ce qui t’arrivait ?

Non ! Déjà quand elle s’est approchée de nous je me suis dit « oula, qu’est-ce qu’il va se passer ? ». Et quand j’ai répondu que j’étais fan de Nadal, je ne savais pas encore ce qui allait m’arriver. Du coup quand elle m’a expliqué, je me suis dit « wahou ! ». Dans les couloirs les gens me demandaient ce que j’allais faire, j’y croyais tellement pas que je disais « ben apparemment je vais jouer avec Nadal ». C’était fou. Elle m’a annoncé ça à 4-1 dans le dernier set donc j’ai attendu trois jeux et je suis entré.

Ça doit cogiter dans la tête en attendant le fameux moment.

Ah oui, c’étaient les minutes les plus longues de ma vie. C’était confus, j’étais stressé et en même temps j’avais super hâte. C’était… C’était incroyable.

Au moment d’y aller, on a les jambes qui tremblent ?

C’était surtout avant de rentrer, quand tu sais que tu vas y aller et que tu ne sais pas ce qu’il va se passer que tu stresses. Les jambes tremblent un peu, oui. Après une fois qu’on est sur le terrain on essaye de profiter un maximum.

Il te renvoyait des balles tranquilles mais toi, tu ne t’es pas dit que t’allais lui mettre un parpaing pour voir ce que ça donne ?

Ah non, non, non. Moi j’ai surtout essayé de rester le plus longtemps possible sur le court. Je me disais qu’il ne fallait pas que je fasse de fautes. Et c’est pas facile parce qu’à chaque fois que je tapais la balle le public criait.

Ça fait quoi de jouer devant un Central plein à craquer ?

C’est juste fou. Je ne sais pas comment les joueurs font. J’avais des frissons tout du long.

Qu’est-ce qu’il t’a glissé à l’oreille avant de jouer ?

Il m’a demandé en Français comment je m’appelais.

Tes parents ont appris ça quand ?

Mon père avait pris des places sur le central, sauf que mon frère voulait un autographe des joueurs donc ils sont sortis du stade et ils ne m’ont pas vu. Ils ont appris ça qu’une fois à la maison puisque mon père n’avait plus de batterie sur son téléphone. C’était la grosse surprise en arrivant ! Et ma mère, elle était en train de regarder le match à la télé avec mes grands-parents et elle m’a vu en direct.

T’as dû faire des jaloux parmi les autres ramasseurs de balles !

Quand je suis rentré ce matin aux vestiaires, tout le monde m’a dit « ah c’est toi le chanceux qui a joué avec Nadal. » Ils m’ont demandé comment j’étais arrivé là donc j’ai répété l’histoire beaucoup de fois. Mais ça ne me dérange pas, c’est une chance incroyable que j’ai eue et ça n’arrive qu’une seule fois dans une vie.