Formule 1: Chassées des Grand Prix, les «grid girls» sont sur la ligne de départ à Monaco

IMAGE DE LA FEMME La principauté de Monaco a obtenu le maintien, sous une nouvelle forme, des « Grid Girls », exclues des circuits de F1 depuis le début de la saison. Une présence qui fait parler aux abords du circuit…

Christophe Napoli

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Avant le grand show des « Grids Girls » de ce dimanche, le bal des hôtesses a déjà commencé dans les paddocks.
Avant le grand show des « Grids Girls » de ce dimanche, le bal des hôtesses a déjà commencé dans les paddocks. — C. Napoli

Voilà déjà plus de cinq décennies qu’Etienne, retraité de la région lyonnaise, vient s’établir chaque mois de mai à Monaco, en famille. Lui qui a tout connu sur le rocher, de la domination de la flèche rouge de Michael Schumacher, en passant par le retour en grâce des teams Red Bull et Mercedes, ne manquerait pour rien au monde la grand-messe du sport automobile.

Il en a aussi vu défiler, des « grid girls », ces fameuses femmes érigées sur leurs talons hauts, choisies notamment sur leur physique avantageux et chargées d’indiquer l’emplacement des monoplaces lors des grands prix de Formule 1. « Elles ont toujours fait partie du spectacle et plus globalement du sport automobile », estime le féru de F1, pas mécontent de pouvoir les retrouver sur la ligne de départ monégasque cette année.

C’est une exception dans le calendrier de la discipline.

Car les « grid girls » ont mauvaise presse. Et se sont vus tout bonnement interdire par le nouveau richissime propriétaire des droits de la reine des compétitions auto, Liberty Media.

Le groupe américain spécialisé dans l’événementiel, qui souhaite moderniser la Formule 1, avait ainsi jugé cette pratique « contraire aux normes sociétales modernes » et défavorables à l’image de la femme. Cela avait été annoncé dans la foulée de l’affaire Weinstein et mis en place lors du premier Grand Prix de la saison, en Australie fin mars.

Des « grid boys » et des « grid kids ».

Mais Monaco jouit d’un statut particulier dans l’histoire du sport automobile. Et a tout fait pour maintenir, sous un autre statut, ce qui est considéré comme une vraie tradition. « Les filles seront là, sans pancartes. Elles sont jolies et les caméras continueront de faire des gros plans sur elles », a ainsi expliqué Michel Boéri, le président de l’Automobile Club de Monaco (ACM), en charge de l’organisation du GP.

Les préparatifs du Grand Prix de Monaco, jeudi.
Les préparatifs du Grand Prix de Monaco, jeudi. - C. Napoli

Dans les couloirs de l’ACM, on indique avec discuter avec Liberty Media pour trouver un terrain d’entente. Qui a donc abouti à une nouvelle formule : si 27 « grid girls » seront donc bien présentes au départ ce dimanche, elles ne seront toutefois plus seules et seront accompagnées par 27 « grid boys » et des « grid kids ». Plus question, aussi, d’utiliser l’appellation connotée, il faut désormais parler de « fan messengers ». Une première dans le monde de la F1. Leur tâche : délivrer des messages postés par les fans, notamment sur les réseaux sociaux, aux pilotes.

« On est passionnées de sport auto »

Dans les paddocks des essais libres, qui se sont déroulés hier, les « grid girls » n’ont pas encore fait le show. Ce choix satisfait Géraldine, venue avec Etienne de la région lyonnaise. « En tant que femme, je ne vois pas pourquoi nous ne pourrions pas bénéficier de la présence de jolis garçons. »

« Le sport automobile a toujours été associé à l’image un peu clichée des jolies femmes », explique pour sa part Stéphane, du même groupe de fans, qui considère, lui, que le vrai combat à mener se situe sur la représentation des femmes dans l’habitacle des monoplaces. « Pourquoi pas un jour imaginer des femmes au volant de la F1 », estime-t-il.

Une projection bien ambitieuse, pour Sandrine Bouesnard, en charge de l’association Osez le féminisme à Nice. « On retrouve des femmes en Formule 3000 et Formule 3 mais pas encore au plus haut niveau. Il est important de montrer que les femmes peuvent aussi s’occuper d’autres tâches que seulement s’exhiber en tenue de bimbo », estime-t-elle.

Agences de communication et de mannequinat

Taïna, elle, se désespère de ce débat. Elle exerce le métier de « grid girl », défrayé au niveau amateur et rémunéré au niveau professionnel, dans le monde de la moto, qui a décidé de ne pas se priver de ces hôtesses comme le week-end dernier lors du Grand Prix de France au Mans.

« On est passionnées par le sport automobile, être « grid girl » permet de vivre les courses au plus près. C’est dommage ce qu’il se passe en F1, il ne faut pas oublier que derrière, il y a des agences de communication et de mannequinat qui créent du travail », estime la jeune femme de 30 ans, qu’on retrouve régulièrement sur les grilles de départ depuis huit ans.

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