«Il n’y avait aucune vulgarité ni sexualisation des filles», une «Grid Girl» se défend

FORMULE 1 Cindy ne comprend pas la décision de mettre fin à l'expérience des «grid girls» en Formule 1...

Propos recueillis par Aymeric Le Gall

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Les Grid Girls lors du Grand Prix d'Azerbaïdjan.
Les Grid Girls lors du Grand Prix d'Azerbaïdjan. — ANDREJ ISAKOVIC / AFP
  • Le groupe américain Liberty Media, propriétaire de la F1, et la Fédération internationale de l’automobile (FIA) ont annoncé qu'il n'y aura plus de « grid girls » sur les circuits de Formule 1.
  • Cindy, une « grid girls » française qui a accepté de répondre aux questions de 20 Minutes, ne comprend pas le pourquoi d'une telle décision. 

En plein débat suite à la décision du patron de la Formule 1 de ne plus faire appel aux Grid Girls, la France n’est pas forcément concernée au premier chef puisque cela fait dix ans que notre pays n’accueille plus de Grand Prix de F1. Pour autant, cette profession existe bel et bien dans l’hexagone et, avec le retour du GP de France cette année, celles-ci sont concernées par la question.

Pour savoir comment la décision a été reçue par les « grid girls », nous avons contacté Cindy, 20 ans, de l’agence française Eurydice. Passionnée de sport auto et de F1 en particulier, Cindy est présente sur le circuit des 24 heures du Mans.

Que pensez-vous de cette mesure de supprimer les « grid girls » sur les circuits de Formule 1 ?

Je ne comprends pas cette décision. Je trouve ça radical et selon moi ce n’était pas nécessaire. Je suis étonné pour plusieurs raisons. Je trouve déjà que cette décision est assez soudaine. Surtout que les principales intéressées, les « grid girls », n’ont pas du tout été concertées, personne ne nous a demandé notre avis. Ça donne l’impression que ceux qui ont pris cette décision ont jugé qu’on n’était incapables de penser par nous-mêmes. D’autant plus que je trouve qu’il y a eu beaucoup d’amélioration dans ce domaine. On a par exemple la présence de « grid boys » dans beaucoup d’évènements, les tenues aussi ont évolué.

Vous parliez d’amélioration dans le milieu de la F1. Vous voulez bien développer ?

Il faut bien faire la différence entre ce qui se fait au niveau des «grid girls» en Formule 1 et dans d’autres sports automobiles. Je ne dirai pas lesquels, ce n’est pas mon rôle de pointer du doigt telle ou telle compétition, mais c’est vrai que dans certaines compétitions, une réglementation des tenues devrait être de mise. Mais en l’occurrence, dans la Formule 1… Je vais vous donner un exemple : l’an dernier, sur la grille, on avait des robes cintrées, évasées, qui arrivaient légèrement au-dessus des genoux, on avait un foulard autour du cou, je veux dire, il n’y avait aucune vulgarité ni une sexualisation des filles en tant que femme-objet.

Moi dans la vie de tous les jours je suis quelqu’un de très discrète et jamais je n’aurais accepté d’être sexualisé. Là, ça prônait une sorte d’élégance à la française. Quand on est présentes aux 24 heures du Mans, qui est une compétition extrêmement médiatisée à l’échelle mondiale, on est extrêmement fières de représenter notre pays. Et là on nous enlève ça… Je suis aussi peinée quand j’entends qu’on est que là pour faire joli. D’autant plus que j’ai l’impression que la plupart des commentaires de ce type viennent de gens qui ne connaissent pas du tout ce milieu.

Les femmes peuvent-elles refuser de porter des tenues qu’elles jugeraient trop provocantes ?

Pour ma part, avec l’agence Eurydice, on a toujours un brief en amont, avec les photos des tenues. Et si la tenue ne convient pas à la fille, elle ne signe pas le contrat, c’est très simple. Mais je n’ai jamais eu ce genre de problème puisque je travaille avec une agence qui est très attentive à ces questions et qui prône une élégance à la française. En aucun cas la vulgarité n’est tolérée. Je suis outrée quand j’entends que les « grid girls» servent juste à se faire mater. Il ne faut pas oublier que, même si le public de F1 est majoritairement composé d’hommes, il y a aussi des femmes, des enfants. Et ces gens-là viennent voir un spectacle. Ils viennent voir les pilotes, les voitures, les « grid girls ». On fait partie d’une équipe, d’un tout, pour assurer un spectacle.

Dans le débat actuel, on ne parle que des deux ou trois minutes pendant lesquelles les filles arrivent sur la grille de départ, mais ce n’est qu’une petite partie de votre job, c'est bien ça ?

Oui, on fait plein d’autres choses. On se promène dans les stands, on essaye de transmettre la passion de l’automobile aux gens, aux familles, aux plus jeunes. Les gens nous posent des questions, parfois pointues, et on tente d’y répondre. On est une sorte de lien entre le public et les pilotes qui, eux, n’ont pas la possibilité d’être vraiment en contact avec les spectateurs, ils sont concentrés, ils sont dans leur bulle. Très souvent, les « grid girls » sont de vraies passionnées de sport automobile.

Ce que vous nous décrivez est loin de l’image de la « potiche » dont on vous affuble souvent...

Mais bien sûr ! La « grid girl » doit avoir une bonne élocution, une parfaite maîtrise de la langue française, puisqu’on échange en permanence avec les spectateurs. Il faut aussi une certaine intelligence dans le sens où on ne débarque pas comme ça sur la grille de départ n’importe comment. On a un brief qu’on reçoit à l’avance et qu’on étudie chez nous, on a comme une sorte de chorégraphie à retenir et à respecter. Je vous parle de chose concrète car je le vis au quotidien. La plupart des filles font des études d’ingénierie, de droit, de médecine, etc.

Que faites-vous dans la vie à côté de ce job ?

Je travaille dans l’administration et j’envisage de repartir pour de nouvelles longues études très prochainement afin de pouvoir viser un poste avec plus de responsabilités. Je suis donc « grid girl » sur mon temps libre. Et je ne fais pas ça que pour arrondir mes fins de mois, je le fais avant tout par passion. J’adore la Formule 1, j’adore les voitures.

Certaines « grid girls » ont dénoncé le rôle de certains mouvements féministes, vous en faites partie ?

En fait, je trouve ça paradoxal dans le sens où les féministes sont censées défendre les droits des femmes or, là, elles nous interdisent un peu de faire ce qu’on veut. J’ai du mal à comprendre ça. De par leur propos, elles nous réduisent à l’image du cliché de la fille qui ne sert à rien. Elles se trompent de combat à mon avis. Pire, elles donnent raison aux gens qui pensent qu’on est là juste pour faire joli.

Vous craignez l’effet domino et la disparition des « grid girls » dans d’autres sports auto ?

Oui et non. Chaque organisme voit les choses différemment et c’est difficile de répondre à cette question. Même si, fatalement, on peut le craindre en effet.

Vous savez si les « grid girls » envisagent de défendre leurs intérêts, d’expliquer aux personnes concernées ce que vous venez de nous dire ?

Je ne veux pas parler au nom des autres, mais comme la décision est encore très fraîche, on est encore dans le temps de la surprise. Maintenant, je sais qu’il y a des « grid girls» plus connues que moi qui ont fait part de leur mécontentement sur les réseaux sociaux. Après, est-ce que ça va aller plus loin, je ne sais pas, je ne suis pas au courant.