Equipe de France: Tout ce qu’il faut comprendre de la liste de Deschamps (enfin, selon nous)

FOOTBALL Voilà les enseignements que l'on peut tirer de l'annonce des 23 joueurs retenus pour la Coupe du monde... 

Nicolas Camus

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Didier Deschamps n'a pas sélectionné Alexandre Lacazette pour la Coupe du monde.
Didier Deschamps n'a pas sélectionné Alexandre Lacazette pour la Coupe du monde. — Michel Euler/AP/SIPA
  • Didier Deschamps a dévoilé la liste des joueurs retenus pour la Coupe du monde, jeudi.
  • Parmi les choix forts du sélectionneur, la présence de Fekir, Thauvin, Nzonzi ou Pavard, alors que Lacazette, Martial ou Rabiot n'y sont pas.
  • On essaie de décrypter les choix de DD, avec un poil de recul.

DD a tranché. Exit Lacazette, Martial, Payet, Rabiot et Digne, le sélectionneur a choisi d’emmener à la Coupe du monde Thauvin, Fekir, Nzonzi, Pavard et Hernandez, pour ne parler que des postes en tension. Il s’en est expliqué en conférence de presse, distillant quelques pistes de réflexion qui l’ont conduit à cette liste. On essaie d’y voir un peu plus clair, avec un poil de recul.

Les joueurs à leur poste plutôt que la polyvalence

A voir les défenseurs sélectionnés, on pourrait se dire que sept auraient suffi. Pavard et Hernandez, doublures - dans l’absolu - de Sidibé et Mendy sur les côtés, évoluent aussi (et surtout) dans l’axe avec leur club. Deschamps aurait donc pu se priver de Rami ou Kimpembe pour caser un milieu ou un attaquant supplémentaire… Pas le genre de la maison. Même chose en attaque. Fekir est là pour son profil proche de celui de Griezmann, Mbappé est considéré comme un attaquant axial, donc pas de Lacazette. Du coup, Thauvin en est, pour suppléer Dembélé à droite. Bref, chacun aura un rôle bien défini. 

>> Ce qu’en dit DD : « Pour moi, Fekir et Mbappé sont des attaquants axiaux. Ils peuvent jouer à d’autres postes, mais ce n’est pas forcément ce que je cherche. La polyvalence c’est bien, mais ça ne sert à rien de cumuler au cas où alors que j’ai des besoins à d’autres postes. Thauvin, il a un rôle bien spécifique, c’est le côté droit. C’est pour ça qu’il n’a pas eu beaucoup de temps de jeu avec nous. Mais il présente une option différente et intéressante en jouant là et étant gaucher ».

Lacazette et Martial sont trop passés à côté avant l’Allemagne

Ils avaient flambé à Cologne, en novembre (2-2). On pensait que ça suffirait, surtout pour Lacazette, auteur d’un doublé. Mais c’était en tant que titulaires, et ce n’était apparemment pas là où Deschamps les attendait le plus (cf point précédent). Leur faible apport les mois précédents quand il avait besoin d’eux en cours de match (Biélorussie et Euro pour Martial, Luxembourg pour Lacazette) l’a poussé à les laisser à la maison. Ça, et une saison compliquée, quand même, pour le joueur de Manchester United.

>> Ce qu’en dit DD : « Oui, ils ont tous été bons ce jour-là [en Allemagne]. C’est à mettre à leur crédit. Mais ce n’est qu’un match, même si c’est l’Allemagne. A côté de ça il y a eu des moins, dans certaines situations, en venant du banc. C’est une analyse complète par rapport à ce qu’ils ont pu faire quand j’ai fait appel à eux et au rôle qu’ils pourraient avoir dans ce groupe ».

Rabiot aurait dû moins rechigner à jouer sentinelle

Cela avait été le grand débat de l’automne au PSG. Unai Emery persistait à voir en Adrien Rabiot le meilleur remplaçant à Thiago Motta au poste de sentinelle. Le joueur, lui, semblait moins investi à ce poste et n’oubliait jamais de glisser à chaque interview qu’il se sentait mieux dans un rôle moins défensif. Avec les Bleus, il n’avait même pas fait semblant quand il était entré à la place de Ngolo Kanté dans le bourbier bulgare, aggravant son cas après la rencontre avec son « j’avais peur de me blesser » passé à la postérité. Deschamps a pris note, n’avait pas de place pour lui en relayeur et lui a préféré Nzonzi pour les sales besognes.

>> Ce qu’en dit DD : « Les performances d’Adrien en équipe de France ne sont pas du tout du même niveau que celles de cette saison avec le PSG. La concurrence de Rabiot, c’est Matuidi, Pogba, Tolisso… C’est le même registre. Pour ma liste, j’ai pris Nzonzi, parce qu’il est plus proche de celui de Ngolo Kanté ».

«Je savais que celle-là vous plairait»
«Je savais que celle-là vous plairait» - J.E.E/SIPA

Ce n’est pas encore gagné pour Mendy (voire Sidibé)

Il a réussi son pari. Enfin, jusque-là. Benjamin Mendy, victime d’une rupture des ligaments croisés fin septembre, est revenu à temps pour figurer dans la liste. Malgré ses 62 petites minutes de jeu depuis son retour, DD lui a fait confiance. Mais il va devoir encore cravacher pendant deux grosses semaines. Si le staff ne l’estime pas prêt le 4 juin, date de la liste définitive envoyée à la Fifa, il fera ses valises. Même chose, dans une moindre mesure, pour Djibril Sidibé, qui a choisi de ne pas se faire opérer du ménisque le mois dernier pour ne pas rater ça.

>> Ce qu’en dit DD : « Benjamin est guéri. Après, la seule liste qui comptera c’est le 4 juin. Je peux être amené à changer à tout moment. Je ne l’espère pas. Avec les 15 jours de préparation et les matchs amicaux, j’en saurai plus sur lui. Benjamin a des qualités athlétiques au-dessus de la moyenne, il est plein d’envie, il a tout fait pour y être, et je ne vous cache pas que je l’ai suivi directement. Il y a un risque. On va essayer d’avoir plus de certitudes d’ici au 4 juin ».

En fait, Thauvin s’est sacrément bien intégré dans le groupe

De l’extérieur, on n’imaginait pas forcément ça. Peut-être parce qu’en tant que bleusaille parmi les Bleus, on ne l’a pas vu en conf à Clairefontaine ou en zone mixte après les matchs alors on n’a pas eu l’occasion de l’entendre à ce sujet. Mais il semblerait que Florian Thauvin se soit parfaitement fondu dans le moule au Château, et ça a grandement contribué à sa présence dans la liste, au-delà de la palanquée de buts inscrits cette saison avec l’OM.

>> Ce qu’en dit DD : « Non, ce n’est pas un pari. Il est plus discret dans les grands matchs ? Chacun son analyse. Gros matchs ou non, les buts et les passes décisives, il faut les mettre. Et puis de par son caractère et son attitude dans le groupe, c’est quelqu’un d’exceptionnel. C’est à porter à son crédit aussi ».

Ne pas jouer ou ne pas être bon en club et être appelé, tout le monde ne peut pas le faire

Olivier Giroud pouvait cirer le banc tant qu’il voulait, il est sûr d’être là, pour des raisons qu’on a déjà évoquées mille fois. Ça fonctionne moins bien pour Lucas Digne. De toutes les listes depuis l’Euro, très bon en Bulgarie puis en Allemagne, il avait bien profité du boulevard laissé par Mendy et semblait quasi certain. Mais non. Son statut de porteur d’eau au Barça lui a refermé la porte. Mais ça se joue parfois à pas grand-chose. Lemar, qui sort d’une saison quelconque avec l’ASM, n’a pas plus d’expérience avec les Bleus. Mais il est bien là.

>> Ce qu’en dit DD : « C’est vrai que Lucas a eu plus de temps de jeu sur les dernières sélections. Mais depuis la dernière, il n’a joué que deux fois 90 minutes avec le Barça, dont une fois défenseur central. Thomas, lui, c’est ce qu’il a fait avec nous l’important. Ça peut arriver ces périodes difficiles, en septembre on s’interrogeait sur Griezmann, sur Pogba aussi. Il a eu un trou, c’est lié aussi à son équipe. Il a été bon avec nous ».

Payet en était avant mercredi

On ne le saura jamais de manière sûre, mais on le jurerait, à la manière dont le sélectionneur en a parlé. Dimitri Payet était prévu dans la liste, avant sa rechute mercredi en finale de Ligue Europa. Sa magnifique fin de saison et le souvenir de l'Euro 2016 plaidaient pour lui. Qui en a profité ? On met une piécette sur Lemar.

>> Ce qu’en dit DD : « C’était un candidat sérieux, bien sûr. Sa blessure s’est aggravée, il a un problème musculaire qui demande en moyenne trois semaines pour revenir sur le terrain. Le risque de récidive est là. Je ne me vois pas partir avec des points d’interrogation. Je l’ai vu très triste mercredi, ma décision ne va pas lui rendre le sourire, mais ça fait partie de ce qui peut arriver. Ça change ce qui pouvait être prévu ».

Laporte et Lenglet sont gauchers, déso pour eux

Pour remplacer Laurent Koscielny, blessé, c’est donc Adil Rami qui a été appelé. Et non pas Aymeric Laporte, pourtant testé depuis l’Euro, ou Clément Lenglet, dont la cote grimpe à chaque match en Espagne. Pas de bol pour eux, le contingent des gauchers - qui jouent axe gauche - était déjà rempli derrière avec Umtiti et Kimpembe. Ça se défend. En revanche, qu’ils ne soient pas dans la liste des suppléants à la place de Sakho et Zouma…

>> Ce qu’en dit DD : « Pourquoi Rami ? Il joue à droite, déjà. J’avais déjà eu le problème avant l’Euro. L’association de deux gauchers en défense centrale, c’est compliqué. Adil joue à droite, il a fait une grosse saison, il a une grande expérience, il était là à l’euro. Dans un rôle de défenseur central, le vécu est important ».

Ce fameux vécu, ça va jusqu’à un certain point

Deschamps a fait le compte pour nous : Sur les 23, seuls neuf étaient à l’Euro (Lloris, Mandanda, Rami, Umtiti, Pogba, Matuidi, Kanté, Griezmann et Giroud). Ça fait très peu, deux ans après. Et ils ne sont que six à avoir vu le Brésil. Par choix ou par évidence, avec tous ces talents qui ont poussé comme des champignons, le sélectionneur a effectué beaucoup de tests. Tout n’est pas encore très bien équilibré et huilé, mais ça serait dommage de s’arrêter là.

>> Ce qu’en dit DD : « J’ai incorporé des jeunes, je continue de leur faire confiance. Quand on regarde le nombre de sélections de ceux que j’ai pris, on est loin d’autres nations. Pour beaucoup d’autres, ce sera une découverte. On a moins d’expérience, mais ça ne nous empêche pas d’avoir de l’ambition ».