VIDEO. «Il est bien connu que je souffre d'asthme»... Chris Froome peut-il s'en sortir sans trop de dégâts?

CYCLISME Chris Froome a été contrôlé positif au salbutamol sur la Vuelta...

William Pereira

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Chris Froome a remporté la 16e étape de la Vuelta
Chris Froome a remporté la 16e étape de la Vuelta — Javier Lizon/SIPA
  • Christopher Froome a fait l'objet d'un contrôle antidopage anormal sur la Vuelta 2017
  • Le taux de concentration de salbutanol dans ses urines était anormalement élevé
  • Il pourrait être déchu de sa victoire sur le Tour d'Espagne

C’est une tempête qui s’abat sur le monde du cyclisme au réveil. Et on ne parle pas des vents qui soufflent en ce moment sur le territoire français :  Christopher Froome, vainqueur en 2017 du Tour de France et de la Vuelta, a été contrôlé positif au salbutamol (principe actif de la ventoline) sur le Tour d’Espagne (sur une étape a priori anodine taillée pour les baroudeurs), ont révélé Le Monde, le Guardian et l’UCI, mercredi. Le test, confirmé par l’échantillon B, fait état d’une concentration anormale de ladite substance (2000 nanogrammes par millilitre contre 1000 autorisés)* et devrait coûter au Britannique son titre sur la Vuelta.

La question qui se pose à présent concerne l’avenir du quadruple vainqueur du Tour de France. Sera-t-il suspendu ? Si oui, combien de temps ? Peut-il s’en sortir ? S’il est compliqué de répondre aux deux premières interrogations, la jurisprudence permet d’anticiper plus ou moins à quelles sanctions s’expose ou non Chris Froome.

>> Si le salbutamol a été inhalé, Froome pourra s’appuyer dessus pour se défendre

« Il est bien connu que je souffre d’asthme. Mon asthme s’est accentué durant la Vuelta, donc j’ai suivi les recommandations du médecin de l’équipe pour augmenter mes doses de salbutamol. Comme toujours, j’ai pris les plus grandes précautions pour faire en sorte que je ne dépassais pas la dose permise. » Voilà comment Froome s’est justifié dans des propos relayés par un communiqué de la Sky.

La substance n’a rien d’illégal en soi (« la ventoline est destinée à l’usage thérapeutique dans le traitement de l’asthme d’effort qui touche 50 à 60 % de la population sportive dans le ski de fond et le cyclisme professionnels », nous explique Jacky Maillot, médecin des équipes de France). Elle est tolérée jusqu’à un certain seuil. Si celui-ci a été explosé dans le cas de Froome, le Britannique pourrait s’appuyer sur son mode d’administration pour se défendre.

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« L’effet anabolisant (du salbutamol) n’a pas été démontré sur les prises inhalées », explique le médecin du sport Fabien Pillard dans Le Monde. Dans cette configuration, on ne serait pas sur du gros dopage et encore moins que quelque chose de comparable à Armstrong (pour ceux qui se poseraient la question). En revanche, s’il est prouvé que la présence de salbutamol dans les urines du coureur provient d’une perfusion, d’un comprimé ou d’un suppositoire, tout serait plus compliqué, car dans ces cas précis, les effets anabolisants sont attestés.

>> Une histoire de métabolisme… Ou un traitement inadapté

La prise de salbutamol est encadrée par l’AMA. La dose de 1.600 microgrammes par millilitre (qui se traduit par 1.000 ng/ml d’urine) ne doit pas être dépassée sur 24 heures et la prise est limitée à 800 microgrammes par tranche de douze heures. Pourtant, et si la dose retrouvée dans les urines du cycliste est carrément suspecte, on ne peut pas affirmer par déduction mathématique que Froome s’est envoyé l’équivalent de 32 shots de ventoline en 24 heures ou, de manière générale, qu’il n’a pas respecté la posologie. Jacky Maillot :

« Je ne parle pas du cas précis que je ne connais pas, mais en général, il se peut qu’un sportif élimine très lentement cette molécule. Il peut respecter la posologie et ne pas éliminer la molécule. »

Nouvel axe de défense pour Froome sur lequel la Sky s’est d’ailleurs déjà exprimée dans son communiqué : Il y a des preuves évidentes qui démontrent que le salbutamol peut être métabolisé et éliminé de différentes façons et de manière imprévisible ». D’autant qu’aucun des 20 autres tests d’urine subis par le Britannique n’a posé problème. Jacky Maillot précise tout de même que :

« Pour un asthme équilibré, on se limite généralement à huit bouffées par jour. Pour les doses évoquées, il faudrait changer le traitement de fond car ce n’est plus un traitement normal. Il faudrait alors se tourner vers des bronchodilatateurs de durée prolongée avec corticoïdes. Ceux-ci ne nécessitent pas d’AUT mais il faut quand même un document qui puisse en justifier l’utilisation [si une instance l’exige]. »

>> Les suspensions pour les cas similaires n’ont jamais été lourdes

Le dernier cas connu dans le peloton d’un contrôle (nettement) positif au salbutamol est celui du coureur italien Diego Ulissi, suspendu neuf mois en 2014 en raison d’une concentration de 1.900 ng/ml d’urine. La ressemblance avec le cas de Froome au niveau des doses évoquées est frappante et laisse penser que le Britannique ne prendra pas de grosse suspension. D’autant que, de Miguel Indurain à Ulissi, les suspensions n’ont jamais excédé les deux ans. Souvent, il n’y a même eu que disqualification et avertissement. En 2008, Eric Berthou avait été acquitté pour raisons médicales.

* « La dose de 1000 ng/ml d’urine correspond à 16 bouffées de ventoline à 100ng/ml », précise Jacky Maillot, médecin des équipes de France contacté par 20 Minutes.