France-Biélorussie: La longévité programmée de Deschamps, forcément une bonne nouvelle pour les Bleus?

FOOTBALL Le sélectionneur prolongera son contrat si la France se qualifie pour la Coupe du monde, mardi soir face à la Biélorussie...

Nicolas Camus, avec Antoine Huot
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Le sélectionneur de l'équipe de France Didier Deschamps à l'entraînement à Clairefontaine, le 2 octobre 2017.
Le sélectionneur de l'équipe de France Didier Deschamps à l'entraînement à Clairefontaine, le 2 octobre 2017. — Thibault Camus/AP/SIPA
  • La France affronte la Biélorussie mardi soir, un match qui doit lui permettre de se qualifier pour la Coupe du monde 2018
  • Si les Bleus sont bien au rendez-vous, Didier Deschamps devrait se voir proposer une prolongation de contrat jusqu'en 2020
  • Sauf catastrophe, DD resterait alors au moins 8 ans  

On n’y est pas encore, et on se gardera bien de dire que ça ne sera qu’une partie de plaisir, mais l’équipe de France n’est vraiment plus très loin de la Coupe du monde. A une victoire face à la Biélorussie mardi au Stade de France, pour être précis, et ça passerait même avec une défaite si les Suédois perdent eux aussi, aux Pays-Bas. Bref, la Russie se rapproche et avec elle la prolongation du contrat de Didier Deschamps jusqu’à l’Euro 2020, récompense annoncée par Noël Le Graët en juin dernier.

Si le sélectionneur, nommé après l’Euro 2012, poursuit sa mission encore trois ans, il pourra se vanter de faire partie du clan des plus résistants. DD ne sera pas tout à fait à la hauteur des huit ans et trois mois de règne de Michel Hidalgo entre 1976 et 1984, mais après la fameuse 42e victoire acquise en Bulgarie samedi, il battra assurément un autre record : celui des 79 rencontres disputées par Raymond Domenech (69 aujourd’hui).

Qu’est-ce qui fait la différence entre une bonne longévité et une mauvaise longévité ?

Désolé pour la palanquée de chiffres, mais il fallait bien poser le décor. Ils nous amènent à la question de la longévité de l’ancien coach del’OM, qui forme avec le président de la FFF -  réélu dernièrement jusqu’en 2021 - un solide tandem à la tête du football français. Personne aujourd’hui ne songe à le remettre en cause. C’est logique quand on regarde les résultats des Bleus, mais ça semble presque antinomique avec l’idée que l’on se fait du poste de sélectionneur, remis au pot après chaque grande compétition. En résumé, que ce soit Deschamps ou un autre, une telle longévité sert-elle forcément une équipe nationale ?

Un exemple, comme ça, pour développer cette idée : Huit ans, c’est en gros la durée d’une carrière internationale pour un joueur. Selon les choix du sélectionneur, sa manière de fonctionner, ses penchants tactiques, certains peuvent passer à côté pendant que d’autres bénéficient d’une confiance quasi aveugle. Et on ne parle pas là seulement de Karim Benzema ou Moussa Sissoko. Il y a aussi la nécessité de renouvellement dans les idées de jeu, dans la dynamique de groupe. D’éviter les escarres, quoi.

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« Même si cela fera huit ans à la tête des Bleus, il ne peut pas y avoir de lassitude de la part de joueurs, estime Alain Giresse, joueur cadre de la période Hidalgo. Au contraire, même, qu’un coach reste aussi longtemps provoque des habitudes, des affinités, des connaissances entre les uns et les autres. Ça ne peut être que positif. » D’ailleurs, à chaque fois qu’il est interrogé sur le jeu de son équipe, l’ancien capitaine des Bleus parle inlassablement du sacro-saint « vécu en commun », sans lequel rien n’est possible et qui manque encore à ses joueurs.

L’argument ultime en la matière, c’est Joachim Löw. Deschamps en parlait encore comme de l’exemple à suivre, lundi, en conférence de presse. Cela fait maintenant onze ans que le sélectionneur allemand est en place, avec les résultats que l’on sait ( champion du monde 2014, au moins demi-finaliste de toutes les compétitions internationales et sorti de son groupe de qualification pour le prochain Mondial avec 10 victoires en 10 matchs). Au pays, personne ne songe à le mettre dehors.

« C’est un homme dont on ne se lasse pas en Allemagne, alors que le personnage en lui-même est soporifique, note Julien Duez, auteur d’un mémoire sur le football en ex-RDA, désormais journaliste pour Neues Deutschland, So Foot et Footballski. Il a son identité, mais il tente des trucs, il va chercher des joueurs que personne n’aurait pris, comme Jonas Hector. C’est un coach ultra-jeune dans sa tête, par sa capacité à proposer toujours des choses nouvelles. Aujourd’hui, la presse ne se pose même pas la question de savoir s’il doit rester. »

Didier Deschamps n’en est pas au même niveau de certitudes dans le jeu. Mais c’est aussi dans ce sentiment de ne pas encore être arrivé au bout des choses qu’il faut puiser. « La longévité dépend aussi de la motivation et de l’envie du coach, indique Bernard Caïazzo, qui a conservé Christophe Galtier à Saint-Etienne pendant huit saisons. Deschamps, tant qu’il n’aura pas gagné un titre majeur, ne sera pas satisfait. Il était comme ça lorsqu’il était joueur et ensuite entraîneur de club, c’est sa nature profonde. »

C’est avec cet objectif que DD préparera la prochaine Coupe du monde, si tout se passe comme prévu mardi. Puis qu’il se jettera dans les éliminatoires de l’Euro 2020, sauf catastrophe monumentale en Russie. Sans être installé trop confortablement dans son fauteuil ? Alain Giresse, qui a coaché quatre sélections nationales, au micro :

« Il faut éviter de s’embourgeoiser, c’est sûr. On doit toujours se remettre en cause par rapport aux choix des joueurs, à la préparation, aux matchs réalisés. On doit être sur le qui-vive, parce que le principal travail d’un sélectionneur, c’est insuffler un état d’esprit ».

Ça, et amener son équipe au niveau espéré, in fine. Parce que le temps est une notion versatile. Passé un certain point, situé quelque part entre « l’équipe continue de s’aguerrir » et « mais est-ce qu’on sait vraiment où on va, en fait ? », il peut aussi changer de camp.