Bulgarie-France: Il n'a que 18 ans... faut-il déjà tout construire autour de Kylian Mbappé?

FOOTBALL Le Parisien n’a que 18 ans mais il semble déjà trop tard pour pour s’en passer…

Julien Laloye

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Mbappé et ses élèves.
Mbappé et ses élèves. — CHRISTOPHE SAIDI/SIPA
  • Mbappé devrait être titulaire en Bulgarie
  • Faut-il lui laisser les clés du camion à la place d'un Griezmann ou d'un Giroud?

#HesitecommeDeschamps. C’est le meilleur hashtag lu cette semaine sur Twitter, et on le doit à un petit indiscret de nos confrères de RMC qui avançaient mardi que Didier Deschamps avait son onze en tête pour la Bulgarie samedi, à l’exception de la place de milieu droit. Sissoko ou Mbappé ? MDR. Comme si on hésitait entre Zola et Les mémoires de Cambadélis à la bibliothèque. Rien à voir avec ce « bon soldat de Moussa », à qui on a déjà déclaré notre amour plus d’une fois, mais il y a des sujets avec lesquels on ne plaisante plus.

Cela concerne essentiellement le changement climatique et Kylian Mbappé. Comment trouver les mots à la hauteur du talent du gamin ? Il faut le répéter, encore et encore : ce que l’attaquant parisien réalise à 18 ans, cela ne s’est jamais produit dans l’histoire footballistique de ce pays. Jamais. Au même âge que lui, Henry et Trezeguet jouaient encore à la marelle avec la CFA monégasque et Lionel Messi ne savait toujours pas parler.

« Je ne serais pas surpris qu’il devienne un élément indispensable à cette équipe »

Dans nos têtes, la question est moins de savoir s’il doit jouer, mais plutôt si les autres doivent jouer pour lui. On a demandé à Dimitri Payet et Blaise Matuidi mercredi à Clairefontaine, ils ne voient pas le souci et ça veut déjà dire quelque chose. A ce niveau-là, les joueurs jugent le talent avant tout. Celui de Mbappé, son intelligence de jeu, son intelligence tout court, ne ressemblent à rien de connu.

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Matuidi : « C’est quelqu’un qui peut te faire gagner un match par son génie. Mais il garde les pieds sur terre, malgré tout le talent qu’il a. Il est prédit à un très grand avenir et je lui souhaite le meilleur.Il pourrait avoir le Ballon d'Or un jour. » Payet : « Je me suis demandé comment il allait gérer tout ce qui s’est passé autour de son transfert. On a vu. Il a la tête sur les épaules. Je ne serais pas surpris qu’il devienne rapidement un élément indispensable à cette équipe ».

Maintenant qu’on est tous d’accord là-dessus, comment qu’on fait en pratique ? Faute de pouvoir demander à DD directement, on a sondé Pierre Mankowski, adjoint de Domenech au moment de l’explosion de Benzema avec l’OL. On a déjà dit toutes les limites de l’exercice des comparaisons avec Mbappé, mais c’est l’exemple qui s’en rapproche le plus dans un passé récent. Après tout, la France du foot imaginait aussi un destin de Ballon d’Or au futur attaquant du Real quand il avait l’âge d’avoir de l’acné. Pierrot au micro, donc.

1 – Ça dépend de son intégration

« Evidemment, le staff est attentif à la façon dont un jeune joueur s’adapte au groupe. Il faut le mettre à l’aise, mais aussi lui expliquer qu’il y a un groupe qui existait avant lui, un groupe auquel il doit apporter ce qu’il sait faire. On a toujours envie de mettre un jeune joueur à fort potentiel quand il est très bon. Mais il y a une équipe à bâtir, pas juste un joueur ».

2 – Ça dépend de la concurrence

« Un garçon comme Mbappé, ça n’arrive pas tous les jours, mais le talent est bien partagé devant. Quand Benzema arrive, il n’est pas titulaire tout de suite. On n’allait pas sortir Thierry Henry qui marquait but sur but pour le remplacer par un petit jeune, aussi fort soit-il. Sans compter qu’il y avait aussi Trezeguet, Anelka… Aujourd’hui aussi il y a beaucoup de monde en attaque ».

3 – Ça dépend de la rencontre

« Tout dépend de l’équipe que veut aligner Didier par rapport à l’adversaire, et aussi de son système de jeu. Mbappé est déroutant pas ses dribbles, ce n’est pas seulement un joueur de pointe, à la différence de Benzema à l’époque, et ça peut être un avantage. Mais ça ne me choquerait pas plus que ça s’il choisissait de le faire simplement rentrer en cours de match en fonction du scénario ».

Des conseils qui ne respirent pas l’invitation à se lancer dans de folles aventures érotico-Mbappesques dans le bourbier de Sofia, certes. On fait souvent le même procès de prudence au sélectionneur, mais il faut reconnaître que le reproche est exagéré. Deschamps n’a jamais eu peur de s’en remettre à des mômes quand le talent parle de lui-même. Souvenez-vous Varane et Pogba, titularisés face à l’Espagne en match de qualification pour la Coupe du monde 2014 alors qu’ils n’avaient pas encore de poil au menton. DD, qui en avait pris plein la tête après la Suède pour avoir pensé qu’il avait encore sous le coude le Sissoko et le Payet de l’Euro 2016, a déjà décidé. Il fera confiance à Mbappé d’entrée, en Bulgarie et après.

« Si je suis convaincu qu’un jeune joueur peut apporter plus qu’un joueur plus âgé, je mettrai le jeune. Je ne regarde pas la date de naissance. Après, il ne faut pas passer à l’excès. Mais l’expérience du niveau international compte. Ça ne se fait pas du jour au lendemain ».

C’est la moindre des choses ? Certainement, et il faudra plutôt analyse le positionnement du jeune parisien pour savoir jusqu’où le staff tricolore est prêt à se mouiller. Dans un premier temps, et c’est la solution la plus évidente pour ne froisser personne, Mbappé pourrait commencer à droite, comme au Luxembourg. Sa titularisation ce jour-là est une indication, au passage. Même à court de forme, l’ancien monégasque était passé devant Coman, Fekir et Lacazette, et il en aurait été de même trois jours plus tôt face aux Pays-Bas si Deschamps n’avait pas eu un doute sur son état physique. Ce serait une manière de ne pas trancher, mais c’est exactement ce qu’a fait Emery au PSG, avec un certain succès.

Gagner du temps en le mettant à droite

Le souci ? Si le garçon continue à croquer les défenses comme des Chupa Chups, le débat médiatique devrait vite se porter sur sa meilleure place, qui fait peu de doute. Dans l’axe, à la place de Giroud ou Griezmann. A première vue, l’attaquant d’Arsenal, déjà sur le fil à cause de son statut en club, a le profil du sacrifié parfait. Mais le Madrilène ferait bien de se méfier. Depuis l’Euro, il n’a pas tout fait pour être le leader d’attaque indiscutable d’une équipe qui veut être championne du monde à la fin de la saison. C’est un peu cruel, d’ailleurs.La génération Griezmman n’a que deux ans d’âge, et elle semble déjà ringardisée par un ovni. Qu’on nous fouette au martinet place de l’Hôtel de ville si on écrit un jour qu’on s’est lassé de Kylian Mbappé.