Bulgarie-France: Comment va-t-on jouer à se faire peur toute la semaine?

FOOTBALL Les Bleus jouent un match décisif pour la qualification samedi à Sofia…

J.L.
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Antoine Griezmann et Pennywisov
Antoine Griezmann et Pennywisov — CHRISTOPHE SAIDI/SIPA

C’était jeudi lors de la publication de la liste des 23, et si on ne se souvient pas tout à fait de la formulation de la question, qui traitait grosso modo de l’énorme pression liée au déplacement des Bleus en Bulgarie samedi, on revoit assez bien la réponse teintée d’ironie de Didier Deschamps : « Il y a la bonne pression, et puis il y a la dramatisation. Ça, c’est vous qui choisirez, mais je pense que vous prendrez la position de dramatiser ». Le sélectionneur des Bleus nous connaît mieux que notre maman. Evidemment, qu’on va en faire des tonnes, et ça a déjà commencé, d’ailleurs. Pensez donc la Bulgarie, pour des journalistes sportifs, c’est comme tomber sur un lingot d’or à la boulangerie. Un collègue y est allé franco sur le thème :

« - Alors Didier, la Bulgarie en face, une qualification pour le Mondial en jeu, un Kostadinov sur le terrain, ça rappelle des sales souvenirs non ?

- Oh là, j’en dors pas la nuit. Il y en a qui peuvent croire aux fantômes, pas moi. France-Bulgarie de 1993 appartient au passé, les joueurs n’étaient pas nés pour la plupart. Ce n’est pas du tout le même contexte. Celui-là était vraiment décisif. Celui de samedi est très important mais il y en aura un autre derrière. Je sais que ce ne sera pas un déplacement simple, mais je ne vais pas partir dans des idées noires. »

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On s’en charge pour toi mon Didier. Le premier étage de la fusée a un petit goût de resucée, mais il fait toujours son effet. La petite interview d’Emil Kostadinov qui raconte pour la centième fois son rush victorieux et le missile Enola Gay sous la barre de Lama. Merci à France 2 d’avoir fait le taf, l’Equipe et Le Parisien s’y étaient déjà collés l’an passé avant le match aller. Ce sera notre fil rouge de la semaine, évidemment, mais pas que. Figurez-vous qu’on est plein d’imagination pour se faire croire qu’on n’ira pas au Mondial. Déroulons un peu la pellicule.

 

>>> Mardi, on démarre par les bases

Oh la la, Koscielny est blessé, mon Dieu c’est terrible, comment va-t-on survivre en défense ?

Notre avis : Alors assez bien a priori, même si ce n’est pas pour minimiserl’importance du défenseur d’Arsenal, partant sûr en sélection. En son absence, devraient a priori évoluer ensemble Raphaël Varane et Samuel Umtiti, soit deux mecs titulaires au Real Madrid et à Barcelone, sans doute les deux meilleurs clubs du monde sur les dernières années. C’est sensiblement mieux qu’un Koscielny à 50 % qui se fait déposer par un Luxembourgeois inconnu à cause d’un tendon d’Achille en vrac, par exemple.

L’avis de DD :

Ça fait partie des impondérables. Je savais que Laurent avait eu un souci au tendon d’Achille depuis les Pays-Bas. Laurent fait partie des cadres, on doit s’adapter, mais quand on a des matches décisifs, on préfère avoir tout le monde sur pied. Umtiti et Varane ont peu de minutes en commun, mais ils ont l’expérience. Sur la valeur individuelle de ces deux joueurs, il n’y a pas de problème. »

 

>>> Mercredi, on monte d’un cran

O la la, Pogba est blessé (et suspendu), my godness, comment va-t-on survivre au milieu ?

Notre avis : Les matchs de Pogba, c’est comme les statistiques, on leur fait dire ce qu’on veut. Il en fait pas assez/il en fait trop, il est pas assez décisif/c’est pas son rôle, Il est meilleur dans un milieu à trois/il défend mieux dans un milieu à deux, et ainsi de suite. Tout ça pour dire qu’à force d’analyser ses performances comme s’il était Neymar, il finit forcément par y avoir un truc à redire sur ses prestations. Alors qu’avec ce bon Blaisou, c’est comme une relation de vieux couple. On sait ce qu’on a, on sait aussi ce qu’on n’a pas, et on s’en accommode. Un gars qui s’impose à la Juve en un mois, ça devrait pouvoir le faire contre la Bulgarie, non ?

L’avis de DD, pour ceux qui pensaient que Rabiot avait une chance de débuter :

« Matuidi est très performant avec la Juve. Blaise reste Blaise avec les qualités qu’on lui connaît. Il a un vécu sur le plan international et des habitudes avec l’équipe de France. »

 

 

>>> Jeudi, on met la pression sur notre tête de gondole

Oh la la, Griezmann il est grave dans le dur, por dios, comment on va survivre en attaque ?

Notre avis : Ceux qui ont maté un match de l’Atletico cette saison confirmeront. En ce moment, même Lionel Messi passerait pour un vulgaire Jean-Eudes Maurice dans une équipe complètement paumée en attaque. En attendant Diego Costa, Griezmann traîne sa peine en pointe, et il faut reconnaître un certain décalage entre son niveau actuel et son niveau publicitaire. Mais c’est un débat circonscrit à son club. C’est lui qui avait posé ses cojones le premier contre les Pays-Bas en septembre, dans un autre match décisif. Avec le Gheorghe Muresan français devant lui, il sera dans son élément en Bulgarie.

L’avis de DD :

« Il a peut-être été moins bien avec son club. Avant le match des Pays-Bas, on remettait en cause le fait qu’il ne soit pas décisif, et il l’a été. Je ne m’inquiète pas pour Antoine. S’ils peuvent être tous à leur meilleur niveau, ça sera plus facile pour nous d’atteindre nos objectifs. »

 

 

>>> Vendredi, on s’intéresse un peu à l’adversaire

Oh la la, la Bulgarie c’est quand même vachement fort à la maison, comment on va survivre à Sofia ?

Notre avis : Au stade de France, on garde le souvenir d’une équipe confondante de médiocrité derrière, et globalement peureuse,alors même qu’un penalty lui avait permis de prendre le score. Il semblerait que la Bulgarie soit une autre équipe à domicile, où elle a battu tout le monde, Suède et Pays-Bas, compris. Mais c’était souvent à l’arraché et ce n’était pas une question de soutien populaire. Le stade de Sofia sonne creux la plupart du temps, et les Bleus n’arrivent pas le vent en poupe [on touche un euro par expression-cliché, dix si on en place deux dans la même phrase]. Dos au mur, les hommes de Lloris n’ont jamais déçu, récemment.

L’avis de DD :

« Ça sera un match difficile. Cette équipe est très performante chez elle. Elle a gagné ses quatre matchs. Elle a plus de difficultés à l’extérieur. Elle a des joueurs de qualité qui excellent dans l’attaque rapide. »

 

 

>>> Samedi, on panique à l’idée d’un adversaire coriace en barrage

Oh la la, la Croatie a été tenue en échec par la Finlande, imaginez, on va en barrages tous les deux, comment on va survivre contre les extérieurs du pied de Modric ?

Notre avis : Les premiers papiers sur le sujet ont fleuri après le nul de la honte contre le Luxembourg, aussi anxiogènes qu’une fausse alerte à la bombe. Soyons raisonnables, pour une fois. Si dans le pire des cas, les Bleus devaient passer par les barrages, ils seraient assurés du statut de tête de série qui leur avait échappé à l’automne 2013 au moment de tirer l’Ukraine. Ce qui laisse une infime chance de tirer l’Italie ou la Croatie en fonction d’une conjonction de résultats aussi improbables qu’un samedi soir sans scandale dans On n’est pas couché. Il n’est pas inutile de rappeler par ailleurs que même en cas de défaite à Sofia samedi, la France pourrait toujours finir à la première place de son groupe, puisque les Pays-Bas et la Suède s’affrontent lors de la dernière journée.

L’avis de DD :

« Je ne pense même pas à un scénario qui ne soit pas la qualification. J’ai un objectif, je fais tout pour y arriver. »