Bulgarie-France: « Je fais partie des cadres de ce groupe »... Petit manuel de stratégie pour défendre sa place en Bleu

FOOTBALL Payet et Matuidi sont venus plaider leur cause à Clairefontaine…

Julien Laloye, à Clairefontaine

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Dimitri Payet et Blaise Matuidi le 11 juin 2016 contre la Roumanie, au Stade de France.
Dimitri Payet et Blaise Matuidi le 11 juin 2016 contre la Roumanie, au Stade de France. — ProSports/Shutterstock/SIPA
  • Blaise Matuidi et Dimitri Payet ont un certain vécu en équipe de France.
  • Tous deux ont une stratégie différente pour justifier leur place en sélection malgré la concurrence.

Pour raconter la vie des Bleus au long, il faut toujours avoir deux niveaux de lecture. Le premierconcerne en général l’adversaire, et c’est d’un intérêt limité, puisque les mecs parlent de la Bulgarie comme de Pluton ou de Saturne, pour ce que ça les intéresse quand on joue chaque week-end dans les plus grands clubs du monde. Mais si on monte les escaliers jusqu’au deuxième niveau, on a parfois de bonnes surprises. Exemples mercredi à Clairefontaine avec Dimitri Payet et Blaise Matuidi.

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Les deux hommes partagent un peu les mêmes qualités et les mêmes défauts, tout du moins celles et ceux qu’on leur prête depuis l’extérieur. Ils sont installés dans le paysage depuis un bail, ils ont prouvé des choses en équipe de France, mais il y a comme une petite musique dans l’air qui menace gentiment de les mettre dehors parce qu’il y a, plus jeune, plus fort, plus nouveau, plus talentueux, peut-être. Voilà pour le constat commun. Mais ce qui est intéressant, c’est la réaction des joueurs en question quand on les interroge sur leur statut entre deux eaux.

« Après la Coupe du monde ce sera plus compliqué »

Payet est passé le premier, et franchement, le Réunionnais est un petit malin. Pas de grandes déclarations d’intention, pas de « rappelez-vous ma frappe contre la Roumanie à l’Euro » glissé comme si de rien n’était, mais un discours humble et rodé, tout en Dédé Gignacitude. Pour les ignares, ça veut dire prendre la posture du type qui sait qu’il est sur la corde raide mais qui est volontaire pour tout, ramasser les ballons, aller chercher l’eau à la cantine, récurer les crampons, et même jouer, s’il faut en arriver jusque-là.

Dans la bouche du Marseillais, ça donne ça : « J’ai dit que mon objectif personnel, c’était de faire partie de cette équipe, de se qualifier et d’aller à cette Coupe du monde. Après ce sera plus compliqué pour les joueurs de mon âge vu l’émergence des jeunes talents ». Pas bien compliqué de dégoter la traduction sur Google translate : «Je sais que Mbappé et Dembélé sont beaucoup trop forts pour moi, mais promis, si vous me gardez jusqu’à la Russie, je dégage sans faire d’histoire derrière et je n’attaque pas aux prud’hommes ».

Dit comme ça évidemment, c’est à se sentir encore plus coupable que d’envoyer ses grands-parents en maison de retraite alors que bon, ils sont encore vaillants l’un dans l’autre. D’ailleurs Dimitri a bien précisé : « j’ai évolué quasiment toute ma carrière à gauche, je ne vois pas pourquoi j’aurais des problèmes physiques pour couvrir le flanc gauche ». Google translate encore : « Je peux encore faire les allers-retours pendant six mois avant de finir en roue libre comme Pat Evra ». Du travail d’orfèvre.

« S’il y avait débat sur moi, ça ferait longtemps que je ne serais plus là »

Place à Matuidi, dans un registre totalement différent. Kanté, Rabiot, Tolisso poussent derrière ? Ils sont bien gentils, mais papa est là. « Je fais partie des cadres de ce groupe par mon vécu », répond Blaisou à la première perche tendue par un confrère. Assertion répétée avant de quitter l’amphi, pour être sûr que tout le monde a imprimé. Entre les deux, un long monologue comme un entretien d’embauche où le type se contente de balancer son CV comme une évidence.

Je suis quand même à 58 sélections, s’il y avait débat sur moi, ça fait longtemps que je ne serais plus là. Il peut toujours y avoir des discussions, parce qu’on a une sélection de grande qualité, où la concurrence est féroce. Ca fait maintenant pas mal d’années que je suis en équipe de France, six ans que j’enchaîne les matchs, beaucoup de matchs avec le PSG. Je suis arrivé à la Juve, ça se passe bien aussi, les critiques sont bonnes à entendre et font avancer, mais je sais que les entraîneurs que je peux avoir sont plutôt contents de moi. J’espère que ça va continuer. »

 

Limpide et clair comme de la Cristaline dans les deux cas. Plus que deux rassemblements avant la Coupe du monde (si tout va bien), c’est le moment de commencer à gentiment se placer, avec les arguments qu’on peut. Ça passera par le terrain, aussi. Matuidi et Payet sont partants (presque) sûrs en Bulgarie. Ils savent comment on gère, a priori. Mais ça ne fait jamais de mal de le faire savoir.