Liste des Bleus: Cinq phrases de Deschamps qui en disent plus que ce qu’elles en ont l’air

FOOTBALL Le sélectionneur a fait des choix plus tranchés qu’il n’y paraît pour défier la Bulgarie et le Luxembourg…

J.L.

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Didier Deschamps raconte une blague, le 28 septembre 2017.
Didier Deschamps raconte une blague, le 28 septembre 2017. — CHRISTOPHE SAIDI/SIPA

A première vue, c’est une liste sans histoires, où l’on peut débattre à la marge de la présence de certains noms (Thauvin, Coman) et de l’absence des autres (Fékir, Martial), mais c’est une affaire de jugement personnel, et comme l’a si bien dit Deschamps pour la 1.453e fois depuis qu’il est sélectionneur, « choisir, c’est éliminer ». Pas la meilleure punchline de DD, qui a lâché deux ou trois trucs intéressants quand même. On vous résume, à partir de cinq citations extraites de sa conf de presse.

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« Je n’oublie pas ce qu’il a fait avec nous »

Pour les deux matchs qui doivent nous éviter la tension d’un barrage sur le thème ukrainien, Deschamps a rappelé sa vieille garde, celle qui recule parfois au gré des blessures et des méformes, mais qui ne se rend jamais. Le sélectionneur a utilisé ces mots précis pour trois joueurs présents dans le groupe des 23 : Payet, Sissoko, et Giroud. Il a enrobé un peu tout ça pour faire joli

  • « Il est performant même si la concurrence est rude » pour Payet.
  • « On aura besoin de son intensité dans le combat qui nous attend » pour Sissoko.
  • « Il joue régulièrement, au moins en Ligue Europa, ses statistiques avec nous sont excellentes » pour Giroud.

Tout cela est vrai, mais cela ne cache pas l’idée de fond. Pour les matchs importants, Deschamps fait rarement dans la fantaisie. Notre main à couper que le onze de départ ne sera pas si loin de celui de la finale de l’Euro-2016, moins Pogba, blessé et de toute façon suspendu, plus Varane et sans doute Mbappé (on y reviendra). Le même qu’on décriait après la défaite en Suède ? Il ne fallait pas se réjouir trop vite, c’est toujours difficile de se défaire de ses vieilles habitudes.

« C’est une affaire qui relève du domaine privé et je prends des décisions sportives »

Celle-là est pour Kurzawa, et ce n’est pas parce qu’il a gentiment prévenu son entraîneur qu’il avait dit des choses regrettables sur sa personne dans une vidéo malencontreuse. Le latéral parisien aurait probablement été là même sans la blessure de Benjamin Mendy, et cela dit tout de l’impossibilité d’un retour de Benzema en équipe de France tant que Deschamps sera là.

Si le Madrilène est jugé sur les mêmes critères que Kurzawa et qu’il n’est pas là, c’est que le sélectionneur estime qu’il y a meilleur à son poste. Les derniers naïfs doivent s’y résoudre, le triple vainqueur de la C1 n’ira pas en Russie.

« Ce qu’il fait à son âge, c’est exceptionnel »

Encore une phrase qu’on doit pouvoir retrouver à propos d’à peu près tous les jeunes attaquants français qui ont explosé ces dernières années, de Martial à Coman, en passant par Dembélé. Mais pour Mbappé, puisque c’est lui que ça concerne dans le cas présent, on jurerait que Deschamps va plus loin.

« Tout ce qu’il réalise, il le fait à une très grande vitesse. Au PSG, il joue à droite, je l’ai utilisé à ce poste contre le Luxembourg, mais comme il le dit lui-même, c’est un attaquant qui peut jouer à tous les postes. Il n’a que six mois de haut niveau à Monaco où il a surtout "volu" dans l’axe, mais jouer à droite ne l’empêche pas d’être efficace. C’est un joueur qui peut jouer partout, et je lui laisserai toujours une certaine liberté ».

Ce qu’il faut comprendre, maintenant. Mbappé est déjà titulaire dans l’esprit de Deschamps, et s’il n’a pas joué d’entrée contre les Pays-Bas le mois dernier, c’est parce qu’il n’était plus convoqué par Jardim depuis plusieurs semaines. Notre deuxième main à couper qu’il commencera en Bulgarie, sans doute à droite, là où aucun statut n’est indéboulonnable.

« J’ai eu une longue discussion pour lui dire ce que j’attends de lui »

Voilà une remarque que le sélectionneur a dû adresser mot pour mot à propos de Dimitri Payet avant l’Euro-2016, et cela laisse quelques espoirs à Alexandre Lacazette, le destinataire du message, un an et demi plus tard. L’ancien lyonnais marque les buts qu’il faut à Arsenal pour repousser l’ombre dérangeante de Giroud en club, mais il passe derrière lui en équipe de France, et il n’est pas impossible qu’il passe derrière d’autres, aussi, s’il ne se transcende pas un peu plus avec le maillot bleu (Gameiro, Ben Yedder). Dit autrement, c’est le moment de passer le cap international. Citons DD au long.

« Je dois aussi être honnête à son propos, sur ses 13 sélections, il n’a pas eu beaucoup de temps de jeu. Il a été titulaire deux fois contre l’Albanie, dans des circonstances un peu particulières [en fin de saison], le potentiel il l’a, à lui de le montrer, même s’il est sans doute plus performant quand il commence les matchs que quand il rentre ».

« Ce n’est pas facile de se mettre en conditions de rentrer pour changer la donne »

Peut-être la réponse la plus significative de la conf’du boss. Lancé sur l’absence de Fekir, qui nous semblait un peu injuste au regard de son début de saison et des dix petites minutes qui lui ont été accordées pour trouver la clef du coffre luxembourgeois, Deschamps en a profité pour développer sur l’apport des attaquants remplaçants, et on a été soulagés, quelque part.

Oui, DD s’est rendu compte que les entrants n’apportaient que quand le score était acquis.

>> « Les remplaçants apportent souvent quand on mène, c’est moins le cas quand ils doivent changer la donne »

Oui, DD s’est rendu compte qu’il ne s’y prenait peut-être pas bien pour les conditionner.

>> « Je n’ai pas souvent été remplaçant quand j’étais joueur, c’est sur que se mettre en condition de rentrer pour changer un match, il faut être dans le bon état d’esprit »

Oui, DD va finir par sanctionner si cette réalité ne change pas rapidement.

>> « Qu’ils rentrent 30 minutes, 10 minutes ou 5 minutes, il vaut mieux que ceux qui rentrent soient performants »

Si l’on a bien compris, c’est d’ailleurs ce dernier point qui a retenu Deschamps d’appeler Anthony Martial, dont le retour de flamme à Manchester n’a échappé à personne. « Il est meilleur quand il est titulaire ». Peut-être, mais il va falloir se décider à trouver un banc qui sert à quelque chose, Didier.