Mort de Johan Cruyff: C’était comment de jouer contre lui? «A part l’attacher, il n’y avait rien à faire»

FOOTBALL La plus belle nuque longue du football, décédée ce jeudi d'un cancer à l'âge de 68 ans, a d’abord marqué l’histoire avec l’Ajax d’Amsterdam…

Julien Laloye

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Johan Cruyff, lors du Mondial 74.
Johan Cruyff, lors du Mondial 74. — BILLON/SIPA

La mort de Cruyff, quand on n’a pas encore dépassé les 30 ans, c’est le texto ému d’un père qui a grandi en regardant l’idole une fois par mois à la télé. C’est aussi le témoignage des glorieux anciens qui ont eu la chance de croiser le génie néerlandais dans leur carrière et qui n’ont jamais oublié. Prenez Bernard Bosquier, l’un des rares très grands joueurs français des années 60. Il a joué contre Cruyff deux fois avec l’OM en Coupe d’Europe, quand l’Ajax régnait sur l’Europe, avec trois victoires de rang au début des années 70.

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« A l’époque, l’Ajax c’est des rocks stars, ils avaient une cote d’enfer, raconte Bosquier. Le match était à 21h, et à midi le stade était déjà plein pour voir Cruyff. J’ai vu des grands joueurs dans ma carrière, j’ai croisé Eusebio, j’ai croisé Luis Suarez, j’ai croisé Bobby Charlton, c’était le plus grand. Il avait le même talent qu’eux mais avec un truc en plus. A part l’attacher, il n’y avait rien à faire. Je me souviens d’une action où il sent le tacle de Zvunka qui arrive, il pique le ballon avec une telle facilité… ». Le Marseille de l’époque ne fait rire personne. Ça ne l’empêche pas de voler en éclat à l’aller comme au retour (2-1, puis 4-1).

« C’était la première équipe à monter et à descendre ensemble d’un seul bloc, se souvient Bosquier. Il devait y avoir 20 mètres d’espace maximum entre l’attaque et la défense. Quand il y avait danger tout le monde se repliait, Cruyff y compris. Cette année-là on avait l’équipe pour aller au bout mais c’était une machine de guerre en face. Et puis, ils avaient un style, c’était flamboyant, c’était la classe, Cruyff encore plus que les autres. Et puis il ne disait pas un mot quand tu le descendais, un mec super ». On imagine tout de même que Gernot Rohr a essayé. Le rugueux défenseur allemand avait pris le numéro 14 au marquage lors d’un match amical avec le Bayern, la même année.

 

« Il avait des feintes du corps terrible, il a fait des contrôles orientés dans tous les sens pour pouvoir m’échapper, il était très vif avec le ballon… Heureusement que j’allais vite, je pouvais rivaliser au niveau de la vitesse avec lui, il s’était renseigné, avait demandé qui c’était le petit qui l’avait pris au marquage ». Un autre trait de caractère du triple Ballon d’Or. S’il n’avait pas de mal à reconnaître tout le bien qu’il pensait de lui-même, il ne snobait jamais un adversaire sur le terrain, ni en dehors. « Je l’avais croisé deux ans après nos confrontations sur une plage à Nice, raconte Bosquier. Il m’avait reconnu et c’est lui qui était venu vers moi. Bon, nos épouses étaient là, mais on avait eu le temps de parler un peu foot ». En fumant une cigarette ?