Maltraitance dans le sport: L'Asie a la main plus leste

SPORT Les affaires de maltraitances sur les sportifs sont nombreux...

Avec AFP

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L'entraîneur de l'équipe féminien du Japon lors de sa démission, le 31 janvier 2013, à Tokyo.
L'entraîneur de l'équipe féminien du Japon lors de sa démission, le 31 janvier 2013, à Tokyo. — Yoneyama/AP/SIPA

Pays de l'Est, Chine ou Japon sont réputés, en matière d'entraînement des sportifs, pour leurs méthodes rugueuses assumées, censées être un gage de réussite que ce soit dans les arts martiaux, en gymnastique ou en patinage artistique. L'effondrement de l'URSS et du bloc communiste a certes adouci les moeurs mais, ça et là, de vieilles habitudes ont survécu au régime. Régulièrement, des entraîneurs sont condamnés, en Russie, pour mauvais traitements sur des enfants souvent jeunes.

La coach de gymnastique sibérienne a ainsi été mise à pied pour avoir frappé une petite fille de 8 ans, forcée à se montrer nue à ses camarades par représailles après un mauvais entraînement. En Crimée, un entraîneur d'échecs a été condamné à six ans de prison pour coups et blessures sur un enfant de 7 ans. Mais c'est le Japon qui a focalisé l'attention ces derniers mois avec la démission fin janvier de l'entraîneur de l'équipe nationale féminine, Ryuji Sonoda, lui-même champion du monde. Quinze athlètes l'avaient accusé de les avoir giflées, frappées à coup de pied et avec des sabres en bambou. Il aurait aussi lancé à certaines qu'elles méritaient de «mourir».

Jeunes judoka décédés

«Nous avons été blessées, tant physiquement que », ont souligné les plaignantes dans une lettre qui a fait l'effet d'une bombe au pays du judo. Le gouvernement est même monté au créneau pour réclamer des changements à la tête de la Fédération (AJFF). Il a vite été entendu: mardi, trois dirigeants de la Fédération, dont son président Haruki Uemura, ont annoncé leur démission.

Au-delà de l'émotion suscitée par cette affaire, le problème semble systémique dans l'archipel où la violence envers les athlètes est relativement tolérée quand elle a pour but de produire les meilleurs combattants possibles.

Elle s'exerce à tous les niveaux et selon une enquête publiée en 2011, quatre enfants meurent en moyenne chaque année au Japon au cours d'un entraînement de judo. D'autres sports de combat sont concernés, comme le sumo où un lutteur de 17 ans est mort en 2007 après avoir été rossé par son maître à coups de bouteille de bière. Dans une toute autre discipline, fin 2012, un lycéen s'est suicidé après avoir été régulièrement frappé par son entraîneur de basket-ball. L'acceptation sociale d'une certaine forme de maltraitance envers les sportifs, parfois enfants, afin prétendument de les rendre plus performants, est l'un des piliers du système chinois.

 

Pression psychologique

En Chine, des écoles gouvernementales entretiennent souvent loin de chez eux des enfants prometteurs soumis à des programmes intensifs. Même si la rigueur semble s'être adoucie depuis des JO de Pékin où la Chine a obtenu ce qu'elle voulait - la première place au tableau des médailles - les Chinois sont souvent choqués par les images montrant des entraîneurs forçant les membres des gymnastes pour leur faire accomplir un grand écart ou autre figure parfaite.

La pression est également d'ordre psychologique. En 2012, l'encadrement de l'équipe chinoise de plongeon et sa propre famille avaient caché pendant plusieurs semaines à la future championne olympique Wu Minxia le décès de sa grand-mère et la maladie de sa mère afin de ne pas perturber sa préparation pour Londres. Meriem Salmi, psychologue du sport qui a exercé 12 ans à l'Insep, appelle à une grande prudence lorsqu'il s'agit de commenter les méthodes d'entraînement de nations culturellement éloignées des moeurs occidentales. «On ne peut pas comparer l'enseignement des arts martiaux en Asie et en Europe, ni se permettre de juger. Nous aussi, on peut avoir des comportements choquants pour les autres», dit-elle.«A Pékin, j'ai rencontré des psychologues de l'équipe chinoise extrêmement attentifs au bien-être de leurs athlètes. C'est l'expression des émotions qui est différente.»