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Marlène Harnois: «Je suis en miettes de devoir renoncer à mes rêves»

Marlène Harnois: «Je suis en miettes de devoir renoncer à mes rêves»

INTERVIEWLa médaillée de bronze de taekwondo des Jeux de Londres est en conflit avec la fédération depuis sa mise à l'écart avant les championnats du monde...
Romain Scotto

Romain Scotto

Quand elle s’énerve et se dit en souffrance, Marlène Harnois retrouve son accent québécois. A bout de nerfs depuis sa non-sélection pour les Mondiaux, la médaillée de bronze de taekwondo des derniers JO est en conflit ouvert avec son entraîneur Myriam Baverel, avec qui elle collaborait depuis huit ans. Réfugiée chez elle à Enghien-les-Bains, la championne naturalisée française en 2008 ne voit pas d’issue pour renouer le dialogue…

Pourquoi ne vous entraînez-vous plus aujourd’hui?

Parce qu’ils m’ont mise à l’écart de l’équipe de France. Myriam [Baverel, son entraîneur depuis huit ans] a demandé à ce que je sois exclue. Ils m’ont empêchée d’aller aux championnats du monde. Aujourd’hui, s’il y a une raison qui justifie ma mise à l’écart, qu’ils la disent. Ils évoquent des problèmes de comportement, mais ils savent qu’il n’y a rien. Oui, j’ai fait des erreurs quand j’avais 14 ans. J’ai arrêté l’école. Et alors? Pourquoi m’ont-ils repris en équipe de France? Pourquoi m’ont-ils envoyé aux JO? Ils disent que j’ai insulté un arbitre [à l’entraînement]. Je n’ai pas dit la moindre insulte à personne de ma vie. Je ne suis pas fan des scandales.

Selon la DTN, vous n’êtes pas virée de l’équipe de France…

Ils disent que je suis hors circuit. Sauf qu’ils ne savent pas à quel collectif j’appartiens et avec qui je peux m’entraîner. Ils me disent qu’ils réfléchissent mais la seule chose qu’ils m’ont proposée, c’est de m’entraîner seule avec le coordinateur sans partenaire. C’est insultant et ridicule.

Qui avez-vous alerté pour remédier à cette situation?

J’ai envoyé un texto à la ministre pour qu’elle déclenche une enquête, un mail au conseiller de Jean-Marc Ayrault, un mail au CNOSF. J’ai demandé à intégrer le collectif masculin comme Gwladys Epangue, on m’a dit non et on m’a donné deux options: soit tu renonces aux championnats du monde et tu prends six mois de vacances pour faires des opérations de communication du taekwondo, soit stop avec le système fédéral. Et je n’ai pas voulu jouer ce jeu-là. Mais je leur ai dit que ça me faisait souffrir, je suis en miettes à l’intérieur de devoir renoncer à mes rêves.

Quelle est la nature de votre relation avec Myriam Baverel?

Forcément, c’est une relation super complexe que je vis ou subis avec elle depuis huit ans. J’ai toujours été obligée d’accepter. Quand je n’étais pas encore Française, elle menaçait de me renvoyer au Canada tous les jours. «Si t’es pas contente, tu dégages.» Après, de me retirer de la liste des Jeux olympiques. Elle a demandé à ce que je ne parte pas aux Jeux. Et j’ai remporté ma médaille. Je n’avais aucun intérêt à dévoiler l’envers de cette médaille. Ce n’était pas mon état d’esprit, j’étais fière. Pour parler de cette relation, je vais vous donner un exemple. Un mec qui bat sa femme, il lui fout une droite, puis il est gentil. Puis il recommence. La femme dira toujours que son mari est génial, même avec un œil au beurre noir. Elle continue de voir le meilleur. Ma relation avec Myriam, ça a toujours été ça. Il y a eu des bons moments. Je l’ai toujours défendue, encensée, parce que j’ai toujours espéré qu’elle me respecterait un jour. Ce jour n’est jamais arrivé et je me suis retrouvée virée.

Pour la DTN, vous êtes en train de craquer, en dépression. Qu’en pensez-vous?

Je ne délire pas. Mais ils jouent avec ma vie. Ils mettent ça sur le coup d’une folie, d’une dépression pour me faire passer pour une folle. Myriam a tous les pouvoirs dans la fédé. Il n’y a pas de critères de sélection qui existent. C’est la DTN et Myriam qui choisissent les sélections au feeling. Myriam avait quelque chose contre moi. Quoi, je ne sais pas, de la jalousie, quelque chose de malsain. Elle a un problème avec la rivalité féminine.

Vous avez pourtant vécu chez elle à votre arrivée en France…

Je suis arrivée en France, je devais avoir une chambre au Crous, être naturalisée par voie ministérielle. C’était des conditions que j’avais acceptées verbalement avec le DTN. Mais arrivée à l’aéroport, elle m’a dit: «Viens à la maison.» Je ne pouvais rien dire. Puis elle m’a dit que j’allais rester chez elle. J’ai accepté. J’ai encaissé.

Elle vous aurait aussi forcé à vous marier pour obtenir la nationalité française…

Avant d’investir sur moi, ils voulaient juste me tester pour voir jusqu’où j’étais prête à aller. Ils se sont dit: «On lui demande de faire un mariage blanc, si elle refuse, on sait qu’elle n’aurait pas été prête à tout pour atteindre ses objectifs. Si elle accepte, on sait qu’elle va se plier, aller au bout.» Moi j’ai accepté ça [elle s’est mariée en 2006 avec un basketteur avant de divorcer en 2009] et j’ai vraiment souffert. Mais après, quand elle me met une claque derrière la tête, vous croyez que je vais partir? Je suis toujours restée.

Quelle issue pouvez-vous envisager?

J’ai pris contact avec l’équipe canadienne. Parce que si je veux faire du taekwondo, ce sera forcément avec eux. Ils m’ont dit: «Pas de problème, tu peux réintégrer l’équipe et faire les championnats du monde pour nous.» Mais je trouve ça borderline. Ce n’est pas cohérent avec mes valeurs. C’est la France qui a financé mon rêve olympique.