Infertilité : Pourra-t-on bientôt créer des ovules artificiels ? Les chercheurs s’en approchent
recherche•Des chercheurs viennent, pour la première fois, de réussir l’opération en laboratoire. Des recherches qui suscitent déjà d’importants questionnements éthiques20 Minutes avec AFP
Un rêve fou, qui relève encore de la science-fiction. Pourra-t-on un jour traiter l’infertilité en créant des ovules à partir d’autres cellules ? Des chercheurs viennent, pour la première fois, de réussir l’opération en laboratoire. S’il ne s’agit encore que d’une expérience, ces recherches suscitent déjà d’importants questionnements éthiques.
Dans une étude publiée mardi dans la revue Nature Communications, des chercheurs décrivent comment ils ont transformé des cellules cutanées en ovocytes capables d’être fécondés par un spermatozoïde.
C’est un pas important vers une idée qui relève pour l’heure de la science-fiction : traiter l’infertilité de certaines femmes, qui ne sont pas ou plus en mesure de produire des ovocytes, en créant ces derniers à partir d’autres cellules. « Cela permettrait aussi à des couples du même sexe d’avoir un enfant apparenté génétiquement aux deux partenaires », avance auprès de l’AFP l’une des autrices de l’étude, Paula Amato, chercheuse à l’Oregon Health & Science University aux Etats-Unis.
Insuffisance de dons de gamètes dans de nombreux pays
L’enjeu est de taille alors que des pays, comme la France, font face à une insuffisance de dons de gamètes par rapport à la demande. Mais Paula Amato prévient tout de suite. Il faudra au moins une dizaine d’années pour que ses recherches profitent éventuellement à des patientes infertiles.
Son travail s’inscrit dans un champ de recherche en plein essor : la « gamétogenèse in vitro ». Il a déjà donné lieu à des avancées marquantes : début 2025, des chercheurs japonais avaient fait naître des souris de deux pères biologiques.
A partir de cellules de peau
L’étude de Nature va cependant bien plus loin. Cette fois, ce sont des cellules humaines, de peau en l’occurrence, qui ont servi à l’expérience, au point de se développer en embryons, même si ces derniers ont vite été détruits. Reste que ces embryons comprenaient de nombreuses anomalies, signe que la recherche n’en est qu’au stade de l’expérience de laboratoire et non d’une avancée médicale concrète.
Mais ces résultats sont suffisamment majeurs pour susciter l’engouement de plusieurs chercheurs. D’autant que d’autres scientifiques suivent une voie différente mais aussi prometteuse : ils cherchent plutôt à « reprogrammer » des cellules non reproductives, pour les ramener à un stade où elles seraient indifférenciées, c’est-à-dire pas encore devenues spécifiquement des cellules de la peau, du cœur, du cerveau… Là encore, la promesse est de s’en servir pour créer un ovocyte capable de générer un embryon.
Appel à « la mise en place d’un cadre éthique et juridique international »
Et toutes ces recherches sont suffisamment avancées pour que des régulateurs se posent déjà la question du cadre à donner un jour à une telle avancée médicale, à l’instar, en France, de l’Agence de biomédecine. Celle-ci, dans une publication jeudi sur son site, estime que la création artificielle de gamètes « pourrait profondément bouleverser le paysage de la reproduction humaine ».
Notre dossier sur la PMAElle est « susceptible de modifier, en profondeur, la dynamique de formation des familles, les normes sociales autour de la reproduction, et les liens génétiques qui les sous-tendent », estime cette agence publique.
Craignant un risque d'« eugénisme » au vu du grand nombre d’embryons qu’une telle technique permettrait de générer, elle appelle à « la mise en place d’un cadre éthique et juridique international […] pour éviter une course à l’innovation non régulée ».



















