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« Des auditions spectacles » : les commissions d’enquête, nouveau divertissement sur les réseaux sociaux
Filmées, commentées et massivement relayées, les commissions d’enquêtes parlementaires sont aujourd’hui propulsées au cœur des réseaux sociaux et de la culture du buzzSimon Pierre
L'essentiel
- Après celle sur TikTok, la commission d’enquête sur la neutralité, le fonctionnement et le financement de l’audiovisuel public n’échappe pas aux internautes.
- De nombreuses personnalités publiques ont été entendues, contribuant à transformer ces séances en événements médiatiques. Parmi elles, Xavier Niel, Nagui, Samuel Étienne, Léa Salamé, Élise Lucet ou encore Hugo Clément.
- « Ils attirent l’attention du public… mais aussi celle des députés eux-mêmes. Certains étaient plus présents lors des auditions avec des personnalités publiques », constate une députée.
À l’ère des réseaux sociaux, plus rien n’échappe pas à la culture du buzz, même les commissions d’enquête. Autrefois cantonnées à un rôle discret de contrôle parlementaire, elles ne se contentent plus de « faire la lumière » sur des sujets d’intérêt public. Filmées, commentées et massivement relayées, elles deviennent un véritable divertissement sur les réseaux sociaux.
La commission d’enquête sur la neutralité, le fonctionnement et le financement de l’audiovisuel public n’échappe pas aux internautes. Créée le 28 octobre 2025 à l’initiative du groupe UDR, elle vise à examiner les choix éditoriaux du service public, à identifier d’éventuelles influences extérieures ou encore à analyser la gestion des budgets. De nombreuses personnalités publiques ont donc été entendues pour faire la lumière sur ces sujets, contribuant à transformer ces séances en événements médiatiques. Parmi elles, Xavier Niel, Nagui, Samuel Étienne, Léa Salamé, Élise Lucet ou encore Hugo Clément.
Le cas de Samuel Étienne, animateur de « Questions pour un champion », a particulièrement circulé en ligne, avec des séquences évoquant les indemnités qu’il aurait perçues lors de son départ de France Télévisions. Autre séquence largement diffusée en ligne : l’audition de Vincent Bolloré, dont la vision critique de l’audiovisuel public a alimenté de nombreux débats dans les commentaires des vidéos.
L’art de la punchline
Certaines auditions se distinguent aussi sur les réseaux sociaux grâce leurs « punchlines ». « Monsieur Charles Alloncle, c’est devenu votre commission. C’est votre commission d’enquête. C’est un one man show qui coûte très, très cher aux Français », a fustigé jeudi Xavier Niel, le propulsant en quelques minutes parmi les sujets « tendances » sur le réseau social X ce jeudi.
« J’ai entendu que je gagnais ma vie comme un footballeur. Je vais renégocier mon contrat, parce que je dois apparemment jouer en Ligue 2 plutôt qu’en Ligue 1 », lançait mercredi le présentateur Nagui, lors de son audition. Les échanges musclés entre le présentateur et le rapporteur Charles Alloncle ont d’ailleurs obligé Jérémie Patrier-Leitus, président de la commission, à intervenir à plusieurs reprises pour appeler les participants à la retenue. Certaines de ces passages cumulent des centaines de milliers de vues sur X.
Dénonçant la « tonalité » et « l’orientation » prise par la commission d’enquête, Estelle Youssouffa, députée LIOT, a annoncé mercredi sa démission de la commission d’enquête, bien qu’elle fût déjà absente de la majorité des débats. Elle dénonce dans un communiqué des « auditions spectacles » et une dérive de la commission vers une forme de mise en scène politique.
Un sentiment partagé par Céline Calvez, députée Ensemble pour la République et vice-présidente de la commission. Cette dernière s’interroge sur le recours à des « grands noms populaires ». « Ils attirent l’attention du public… mais aussi celle des députés eux-mêmes. Certains étaient plus présents lors des auditions avec des personnalités publiques », constate-t-elle.
« Best of » des influenceurs à la commission d’enquête
Quelques mois plutôt, la commission d’enquête sur TikTok, lancée en mars 2025, avait déjà enflammé les réseaux sociaux. Face aux députés, plusieurs créateurs de contenus ont été auditionnés : Alex Hitchens, l’influenceur masculiniste, Adrien Laurent, le créateur de contenus pour adultes ou encore Nasdas, le roi de Snapchat. Beaucoup ont livré des échanges tendus, voire chaotiques. L’un d’eux à même quitté l’audition en direct.
Nombre de ces échanges ont ensuite été recyclés par des internautes sous forme de compilations, comme des « top 5 des meilleurs moments à la commission ». Le créateur de contenus Patrice D’Arras, lui, s’est prêté au jeu de l’analyse rhétorique des influenceurs auditionnés : « il est très fort, il renvoie la balle et prolonge la réflexion de l’autre », juge-t-il au sujet de Nasdas dans une de ses vidéos.
« Vous êtes obligés de lâcher les réseaux »
Les parlementaires ont bien conscience des dérives liées à l’utilisation de certaines séquences d’auditions menées par la commission d’enquête. Céline Calvez déplore « l’art de la sélection » et l’impact des « bulles de filtres », « il n’y a pas de contradictoire ». Outre les personnalités publiques auditionnées, les élus sont en premières lignes face aux déferlantes de critiques des internautes. « Au bout d’un moment, vous êtes obligés de lâcher les réseaux », dit-elle.
Pourtant, les élus sont souvent eux-mêmes à l’origine de publications sorties de leur contexte. Face à ce constat, la députée affirme que des discussions ont été menées au mois de janvier, aboutissant à l’élaboration de nouvelles règles dont l’interdiction pour les députés de la commission de tweeter en direct pour relayer des propos tenus en audition, avec la possibilité de sanctions. Les internautes, eux, ont toujours le champ libre.



















