PMA : Quels sont les facteurs qui expliquent l'infertilité, qui touche un couple sur cinq aujourd'hui ?

PARENTALITE A l’occasion de la semaine de sensibilisation à l’infertilité, « 20 Minutes » se penche sur les différents paramètres qui peuvent expliquer la difficulté à procréer, de plus en plus répandue

Oihana Gabriel

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Illustration d'un bébé.
Illustration d'un bébé. — Pixabay
  • L’infertilité est un problème qui semble toucher de plus en plus de couples en France, un sur cinq si l’on en croit les derniers chiffres de 2013.
  • Si beaucoup de doutes perdurent sur les mécanismes qui peuvent expliquer cette infertilité, une donnée est maintenant avérée : la qualité et la quantité des spermatozoïdes ont baissé de moitié en trente ans.
  • De nombreux facteurs peuvent expliquer cette difficulté, autre que l’âge, qui se décale de plus en plus pour la première grossesse : tabac, cannabis, perturbateurs endocriniens, médicaments…

« Le problème, c’est que l’infertilité concerne deux partenaires et est toujours multifactorielle », introduit Nathalie Massin, responsable d’un Centre d’assistance médicale à la procréation… Est-ce le tabac, l’âge, des facteurs génétiques, des médicaments qui empêchent ce couple d’avoir un bébé ? Ou tout cela mélangé, et bien d’autres facteurs encore ?

L’infertilité est en tout cas un problème qui touche énormément de couples, même jeunes, et de plus en plus. « On a le sentiment que ça s’aggrave, avoue Stéphane Droupy, spécialiste de l’infertilité, qui vient d’ailleurs de publier Demain, tous infertiles ?*. Deux études montraient qu’en France en 2003, 18 % des couples n’avaient pas réussi à avoir un enfant après douze mois sans contraception. En 2008, c’était 24 %. » A l’occasion de la Semaine de sensibilisation à l’infertilité, 20 Minutes se penche sur les principales causes de cette problématique.

  • L’âge

C’est l’explication la plus évidente. En effet, l’âge moyen de la mère pour son premier enfant est passé de 24,7 ans en 1972 à 28,5 ans en 2017. Or, on sait que la probabilité d’avoir un enfant par cycle menstruel est de 24 % chez une femme de 25 ans, de 12 % à 35 ans et de 5 % à 40 ans. Par ailleurs, l’homme aussi a une horloge biologique, même si cette donnée est moins connue et qu’il reste fertile plus tard. Mais des couples jeunes, de moins de 35 ans, sont également confrontés à ces difficultés d’avoir un « bébé couette », comme le montre notre article s’appuyant sur des témoignages.

Selon Stéphane Droupy, il s’avère urgent de sensibiliser sur cette question de l’infertilité. « Les hommes ne sont absolument pas au courant des facteurs d’infertilité, les femmes un peu plus. Mais la plupart des couples que je vois en consultation ne s’attendent pas à un tel diagnostic. Et me répondent : "Dans ma famille, il n’y a aucun problème". On est resté sur l’idée que la fertilité est transmise de père en fils… »

  • Les maladies

Si une petite partie des infertilités peut s’expliquer par des facteurs génétiques, beaucoup d’autres paramètres entrent en jeu. Notamment les maladies. Quand un couple consulte pour des difficultés à procréer, les médecins commencent par des examens médicaux. Et il peut y avoir un large éventail de pathologies qui touchent à la fécondité.

Du côté des femmes, on parle de plus en plus de l’endométriose, qui touche une femme sur dix. Une autre maladie affecte la fertilité et touche la même proportion de femmes : le syndrome des ovaires polikystiques. La moitié d’entre elles sont concernées par des ovulations irrégulières, rares ou inexistantes.

Du côté de l’homme, également, une observation scrupuleuse peut aider à vérifier qu’il n’y a pas d’anomalie des organes reproducteurs. La varicocèle, qui touche un tiers des hommes qui consultent pour infertilité, correspond à la présence de veines dilatées au-dessus d’un testicule. Voilà pourquoi Stéphane Droupy se permet un conseil : « le foie, c’est difficile à palper, les testicules, non. On peut se rendre compte qu’il y a un truc. Et donc il faut consulter tôt, ce qui est toujours mieux pour prendre en charge l’infertilité. »

  • Les médicaments

« On sait combien certains traitements peuvent être toxiques pour la fertilité, notamment la chimiothérapie », précise Nathalie Massin, médecin de la reproduction et présidente de la Société de Médecine de la Reproduction. Il y a d’ailleurs obligation, avant de proposer ce type de traitement à un homme ou une femme jeune, de trouver une solution pour la préservation de la fertilité. « Mais d’autres traitements plus banals ont également un impact, notamment des traitements pour éviter la chute de cheveux, pour certaines maladies rhumatologiques », reprend la spécialiste.

Une étude de 2018 a montré que l’ibuprofène, anti-douleur très courant, faisait chuter le taux de testostérone quand il est pris à haute dose… Et une autre étude que ce même anti-inflammatoire aurait un impact in utero sur la fertilité des futures femmes.

  • Les causes environnementales

Force est de constater que nombre de couples ne rentrent pas dans ces cases. « Ce qu’on appelle l’infertilité inexpliquée touche 20 % des couples infertiles en France aujourd’hui », souligne Nathalie Massin. Une des explications, que l’on avance depuis cinq ans seulement, est la baisse drastique de la qualité du sperme. En effet, en trente ans, le nombre moyen de spermatozoïdes est passé de 99 millions par millilitre de sperme… à 47 millions. Et ce n’est pas tout : la mobilité a également été divisée par deux. Un sujet qui inquiète jusqu’à l’Organisation mondiale de la santé.

Comment expliquer cette chute ? « On voit de plus en plus de sperme très mauvais et dans 90 % des cas, on ne trouve pas de cause », soupire la spécialiste. Qui ne nie pas que les perturbateurs endocriniens, présents dans l’alimentation, les produits de beauté ou encore les emballages pourraient être pointés du doigt. Ces substances miment en effet l’action des hormones, donc il semble logique que les fonctions reproductrices en soient modifiées. In utero par exemple, ils pourraient être responsables de dysfonctionnement des testicules. « C’est extrêmement difficile de prouver l’action des perturbateurs endocriniens sur la fertilité chez l’homme, reconnaît Stéphane Droupy. Il faudrait une étude avec 10.000 personnes qui n’ont jamais été soumises à aucun perturbateur endocrinien et 10.000 qui y sont confrontées. Sauf que ces produits sont partout. On a en revanche des preuves chez les animaux. On se retrouve donc avec une forte suspicion, impossible à prouver et facilement attaquable par les industriels. » Même topo pour la pollution. Aucune étude ne peut assurer qu’elle est la seule cause de l’infertilité. Mais « une grosse étude américaine montre que plus les gens habitent près d’une grosse artère très circulante, plus ils sont concernés par des problèmes d’infertilité », précise Nathalie Massin.

  • Le mode de vie

Autres ennemis des ovaires et des testicules : le tabac et le cannabis. Des effets qui, pour le coup, ont été prouvés sur l’homme et sur les deux partenaires. « Des études prouvent que les embryons de fumeuses se développent plus lentement que ceux de non fumeuses et que les taux de fécondation sont moins bons pour les premières », reprend-elle. « On sait aujourd’hui que le tabac provoque des modifications de la qualité du sperme et le cannabis encore davantage​ », complète Stéphane Droupy. Pourquoi ? « Il y a des récepteurs des cannabinoïdes dans le cerveau, mais aussi dans le testicule. Cela va aller perturber son fonctionnement. »

Une nouveauté qui a marqué Nathalie Massin concerne l’alimentation. « Une étude américaine a récemment montré que la consommation de sucre raffiné a une action sur le taux d’implantation de l’embryon en cas de Fiv. Ainsi, ce taux s’élève à 25 % pour les personnes qui ne consomment pas de sucre raffiné, à 20 % pour celles qui en mangent entre 3 et 6 fois par semaine, et à 15 % pour celles qui en ingèrent plus de six fois par semaine. On perd 10 %, c’est énorme, et c’est la même proportion pour les fumeuses de cigarettes… »

Enfin, un facteur auquel on pense moins peut affecter la circulation des spermatozoïdes : la chaleur. « Théoriquement, les testicules doivent fonctionner à 34 °C. Si la température augmente, ils vont moins bien fonctionner, reprend l’urologue. Je vois en consultation des cuisiniers, qui passent leur vie avec des testicules à 42 °C, ou des routiers assis 12 heures par jour… » Une difficulté qui touche aussi les personnes obèses, car la graisse autour des testicules fait monter leur température.

* Demain, tous infertiles ?, First édition, octobre 2020, 16,95 €.

Campagne pour le don de gamètes

L’Agence de biomédecine a lancé du 16 novembre au 6 décembre une campagne de sensibilisation au don d’ovocytes et de spermatozoïdes. En effet, le nombre de donneurs, faible et stable depuis trois ans, ne permet de répondre à l’attente des près de 5.000 couples français touchés par l’infertilité médicale.