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désir d’enfantCongeler ses ovocytes ? « Beaucoup de gens ne comprennent pas ma démarche »

PMA : « Plus on attend et plus les chances se réduisent »… Pourquoi elles ont congelé leurs ovocytes

désir d’enfantDepuis août 2021, il est possible en France de procéder au prélèvement d’ovocytes hors indication médicale, lorsqu’on est âgées de 29 à 36 ans
Au Cecos (Centre d'étude et de conservation du sperme humain) de Rennes,  préparation des ovocytes sous hotte stérile, avant la micro-injection des spermatozoïdes dans les ovocytes.
Au Cecos (Centre d'étude et de conservation du sperme humain) de Rennes, préparation des ovocytes sous hotte stérile, avant la micro-injection des spermatozoïdes dans les ovocytes.  - Marcel Mochet / AFP
Elsa Provenzano

Elsa Provenzano

L'essentiel

  • Depuis août 2021, il est possible pour les femmes de 29 à 37 ans de procéder à des prélèvements d’ovocytes et de les congeler, hors indication médicale.
  • Selon Lucie Chansel Debordeaux, biologiste de la reproduction au sein du CHU de Bordeaux, la plupart des demandes concernent des femmes célibataires qui veulent mettre le plus de chances de leur côté pour un projet futur d’enfant.
  • Deux ans après la légalisation de la procédure en France, des lectrices de 20 Minutes témoignent de leur démarche qui « n’est pas une partie de plaisir ».

«Tu as encore le temps, tu es jeune ! » Cette réflexion exaspère Aurore Bird, célibataire bordelaise de 32 ans, qui, sur les conseils de sa gynécologue, vient de se faire prélever en deux fois 12 ovocytes. Ils font après l’objet d’une vitrification, une congélation rapide. La procédure légale et remboursée depuis août 2021 en France pour les femmes âgées de 29 à 37 ans, hors indication médicale. Elle est prise en charge, excepté les frais liés à la conservation des ovocytes, qui s’élèvent à environ 50 euros par an. Les femmes ont jusqu’à leurs 45 ans pour utiliser ces ovocytes.

En clair, les femmes qui ne présentent pas de problématiques hormonales pouvant nuire à leur fertilité peuvent y recourir, histoire de se donner le temps et d’avoir l’esprit plus libre, un peu moins écrasé par le tic-tac de l’horloge biologique.

« Beaucoup de gens ne comprennent pas ma démarche »

En 2022, le service de biologie de la reproduction du CHU de Bordeaux a reçu 183 demandes. Pour certaines, le processus est toujours en cours. « Ces demandes émanent dans la grande majorité de célibataires qui ont l’idéal d’un projet d’enfant à venir et ne sont pas dans les conditions actuelles pour le réaliser », explique à 20 Minutes Lucie Chansel-Debordeaux, biologiste de la reproduction au sein du CHU de Bordeaux. Nombre d’entre elles ont une réserve ovarienne normale mais éprouvent, selon la scientifique, une grande souffrance de savoir que leur projet parental peut être compromis à cause de leur âge.

« Beaucoup de gens ne comprennent pas ma démarche mais plus on attend et plus les chances se réduisent, plaide Aurore Bird. J’ai plein d’amis autour de moi qui ont des difficultés à avoir des enfants à 35 ans. Moi, je sais que je ne peux pas me permettre d’attendre indéfiniment. » Les premières analyses ont montré que la jeune trentenaire avait une réserve ovarienne faible et la procédure a été adaptée.


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Laureen, 34 ans, qui a répondu à l’appel à témoignages lancé par 20 Minutes, s’est, elle, décidée à la suite de la découverte d’une ménopause précoce chez sa sœur, âgée alors de 38 ans. Elle a passé des examens, à l’âge de 32 ans, qui ont révélé une réserve ovarienne dégradée : « La loi sur la PMA pour toutes n’était pas encore actée. J’ai fait congeler une première fois en France, quasi dans l’illégalité, puis une deuxième, une fois que la loi était passée. Je m’apprête à faire congeler une troisième et dernière fois afin d’avoir un nombre correct d’ovocytes congelés. »

« Ce n’est pas une partie de plaisir »

C’est une fois informée de l’évolution législative par sa gynécologue qu’Aurore Bird partage son projet sur sa page Instagram. Elle a 14.000 followers et une dizaine de ses abonnées ont entamé la même démarche. Parmi elles, il y a également Mélanie, qui pense sérieusement à se lancer dans la procédure : « Cela va m’apporter de la tranquillité d’esprit parce que je vois bien que dix ans, ça passe très vite. Je vais me mettre moins de pression, parce que déjà, c’est très dur de faire des rencontres. » La jeune femme de 29 ans n’a pas encore de désir d’enfant mais a envie de se laisser du temps pour y penser. Et si Mélanie n’utilise pas les ovocytes qui auront été congelés, elle envisage d’en faire don à d’autres femmes. Resteront aussi, les choix de les détruire, d’en faire don à la recherche ou, pour certaines, de faire aboutir ce projet d’enfant, seule, en recourant à un don de sperme.

Dans tous les cas, le processus de stimulation hormonale qui précède le prélèvement au bloc opératoire n’est jamais de tout repos. En fonction de la réserve ovarienne de chaque patiente, des doses de gonadotrophines (des hormones qui exercent leur fonction sur les gonades) sont administrées en sous cutanés par une infirmière ou par celle qui entreprend ce long processus. On ne peut pas parler de bilan de fertilité, au sens où l’infertilité se définit comme douze mois avec des rapports non protégés qui ne donnent pas lieu à une grossesse.

Puis, des prises de sang et échographies sont réalisées pour « permettre de voir s’il y a une bonne réponse à la stimulation », précise Lucie Chansel. « Je partais au quart de tour pour rien et j’étais épuisée mais je savais pourquoi je le faisais et ça ne dure que quinze jours », se souvient Aurore Bird. S’en viennent alors souvent des déceptions. Car si, en moyenne, huit ovocytes sont prélevés, pour Aurore seulement deux l’ont été lors de la première ponction. « Il y a les injections hormonales, le bloc opératoire - avec des risques inhérents à toute intervention –, ce n’est pas une partie de plaisir », estime Lucie Chansel.


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Depuis deux ans, il y a en moyenne trois mois de délai pour la prise de rendez-vous et, à Bordeaux, on parle plutôt de trois à six mois. « Tous les centres sont submergés, on est un peu à la limite de notre capacité de prise en charge, assure l’experte du CHU. Cela s’accélère, le nombre de demandes va supplanter celles pour raisons médicales. » Reste que la congélation des ovocytes n’est pas une « garantie bébé » : des pertes surviennent lors de la décongélation, la fécondation n’est pas assurée et la grossesse peut être interrompue pour plein de raisons. Le mot de la fin reviendra à Aurode : « Il y a des zones d’incertitudes mais après, c’est la vie, et, au moins, je n’aurais pas de regrets. »

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