Moustache « J » : Quels sont les arguments de ce vélo urbain hors-norme pour justifier son prix ?
VÉLO•Pour savoir pourquoi le dernier vélo électrique « J » de Moustache Bike coûtait aussi cher, « 20 Minutes » a rendu visite à son constructeur dans les VosgesChristophe Séfrin
L'essentiel
- Avec son nouveau vélo à assistance électrique nommé « J », le fabricant vosgien Moustache Bike signe un VAE d’exception.
- Vendue à partir de 5.199 euros, la monture veut justifier son coût par un niveau d’équipement exceptionnel, mais aussi la fabrication française de son cadre, une exception dans l’univers du vélo électrique.
- A l’essai, le « J » détonne par son confort sans véritable équivalent, mais reste un vélo électrique que la plupart ne pourront s’offrir.
Réglons ça sur-le-champ. Afin que personne ne perde son temps en commentaires au vitriol, le nouveau vélo électrique « J » de Moustache Bike est vendu à un prix presque déraisonnable : à partir de 5.199 euros. Voilà, c’est écrit. Même si ce nouveau VAE urbain n’est pas le plus cher du marché, il possède cependant des arguments pour justifier – ou tenter de justifier – son tarif. Outre sa fiche technique, son confort d’usage le distingue aussi de bien d’autres montures, comme 20 Minutes a pu le constater.
Un cadre fondu dans l’Hexagone
Un nom, « J », qui veut résonner comme un jour nouveau. Mais un ADN, aussi, qui a poussé les fondateurs de Moustache Bike, Emmanuel Antonot et Grégory Sand, à repartir d’une page blanche. A Thaon-les-Vosges, là où Moustache est implanté depuis 2011, c’est donc un VAE de toute nouvelle génération qui sort des chaînes de fabrication. Avec, notamment, un cadre 100 % made in France.
Là où l’essentiel des cadres de vélos électriques est fabriqué à Taïwan, Moustache a voulu marquer le coup. Il a ainsi fallu trois ans au fabricant pour développer son « J », mais trouver les partenaires nationaux pour que le vélo blinde son ADN à base de « fait maison France ». Ainsi, son cadre est-il fabriqué par les Fonderies du Midi, basées à Vitrolles (Bouches du Rhone). Résultat : 1.000 km au lieu de 15.000 parcourus pour que la structure du « J » en aluminium dit « de première coulée » arrive dans les Vosges pour son assemblage. Et ce n’est pas rien. « Le « J » est une forme d’aboutissement. C’est le vélo que l’on rêvait de faire la première année », explique à 20 Minutes Emmanuel Antonot.
100 % « suspendu »
En forme de « J », sans soudure, peint en France (dans le Jura), ce cadre est très ouvert. Comme vélo urbain, difficile de faire plus accessible pour des trajets qui supposent de souvent monter et descendre de sa monture. Outre cette géométrie, un autre atout pour ce type de vélo réside dans sa double suspension avant-arrière. Là encore, le confort est une priorité avec une fourche avant télescopique (SR Suntour XCR 34 Air, avec 120 mm de débattement). À l’arrière, la suspension maison (Magic Gris Control, avec jusqu’à 115 mm de débattement). Efficacité flagrante.
Lorsque nous avons testé le « J » dans les rues d’Epinal, à quelques coups de pédale de Thaon-les-Vosges, le vélo 100 % « suspendu » s’est montré d’une incroyable souplesse d’usage pour amortir les imperfections de la chaussée, voire les nids-de-poule… malgré notre poids d’une centaine de kilos. Même plus la peine de se mettre en danseuse, debout sur les pédales, pour encaisser le choc d’un bateau, le long d’un trottoir ! Le « J » est pour ainsi dire… moelleux.
Les familles désireuses de transporter un enfant sur son porte-bagage (jusqu’à 27 kg) adhéreront sans aucun doute au concept. Plus encore, le dernier Moustache se révèle parfaitement adapté pour la promenade. D’autant qu’il dispose de pneumatiques très roulants (Schwalbe Johnny Watts/27.5 x 2.6).
La forêt vosgienne qui entoure Epinal s’est ainsi prêtée à des essais plus que concluants. Cailloux, racines, trous : nous n’y avons vu presque du feu. Rien à voir avec les prouesses qu’un très bon VTT pourrait offrir, cependant, mais la polyvalence du vélo est évidente, avec un plaisir de conduite qui dépasse largement le cadre de ce que l’on peut attendre d’un simple vélo urbain. Ici d’ailleurs, pas la peine de jongler avec des vitesses. Un variateur, présent sur la poignée droite, permet de les moduler selon la chaussée. Un peu déconcertant au début, ce système, avec son petit cadran schématisant un vélo sur une ligne dont on peut modifier l’inclinaison (selon le dénivelé) se laisse finalement adopter.
Bosch, et rien que Bosch !
Moustache a toujours mis un point d’honneur à n’équiper ses vélos qu’avec une motorisation et des batteries Bosch (ce qui a aussi un coût…). Ici, le Bosch Performance Line (un moteur 75 Nm de milieu de gamme) a été préféré à sa version « Cx » haut de gamme. Sans doute Moustache a-t-il voulu ne pas trop alourdir une addition finale déjà bien salée. Reste que cette motorisation participe du très bon équilibre global du « J ». C’était d’ailleurs la plus puissante qui existait il y a deux ans sur les VTT du fabricant.
À l’usage, ce moteur s’avère très progressif, fluide, avec une coupure au-delà de 25 km/h (comme l’exige la législation) presque imperceptible. Il est couplé à une batterie (de 500 ou 625 Wh au choix) dont l’autonomie peut osciller entre 50 et 80 km selon l’usage fait du vélo. Une batterie supplémentaire (la PowerMore Bosch, de 250 Wh) peut même lui être additionnée en se fixant sur le support initialement prévu pour la gourde. De quoi franchir les 100 km.
La panoplie venant de l’équipementier allemand est complétée par une console centrale d’une parfaite lisibilité, même au soleil, qui permet notamment de sélectionner son niveau de motorisation : Auto, Tour ou Turbo. Pour une sécurité accrue, la protection eBike Lock de Bosch permet, elle, de verrouiller le démarrage du moteur, déclencher une alarme et localiser son vélo est proposée (12 mois d’essai gratuit, puis 39 euros/an).
Le coût de revient d’une voiture à l’année
Alors, oui, 5.199 euros a minima le vélo (Moustache propose plus de 550 configurations possibles sur son site), c’est un sacré prix ! Celui d’une petite berline d’occasion. Peu ou prou celui du coût de revient, aussi, d’une voiture à l’année.
Inaccessible pour la plupart, même avec les aides auxquelles il est possible de prétendre, ce Moustache « J » rappelle cependant que la qualité, la durabilité et le confort peuvent avoir un (sur) coût. Le made in France aussi. Mais Moustache ne veut pas utiliser ce dernier argument pour vendre son vélo. « Nous préférons qu’il soit acheté parce qu’il est bon, confortable, ouvert, bien motorisé, plaide Grégory Sand, cofondateur. Il doit donner le sourire aux utilisateurs ».



















