Rachat de Twitter : Tout ce qu’il faut savoir sur les bots, ces faux comptes qui agacent Elon Musk

MISTER ROBOT Après son annonce de rachat, Elon Musk a finalement rétropédalé, indiquant que les faux comptes seraient trop nombreux sur Twitter

Lina Fourneau
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Elon Musk a mis en stand-by son rachat de Twitter.
Elon Musk a mis en stand-by son rachat de Twitter. — AFP
  • Twitter devait être racheté pour 44 milliards de dollars par le patron de Tesla. Mais la transaction ne se passe pas comme prévu.
  • En cause ? Le nombre trop important, selon Elon Musk, de faux comptes sur le réseau social.
  • Vous ne comprenez rien à cette histoire de « bots » qui sèment la terreur dans les discussions de rachat ? 20 Minutes vous explique (presque) tout.

Le rachat de Twitter par Elon Musk a eu l’effet d’un tsunami. Puis en quelques semaines, plus rien. Après la tempête, le calme. Désormais, l’homme le plus riche du monde menace même de ne pas effectuer son achat à 44 milliards de dollars. Son excuse ? La trop forte présence de faux comptes, « les bots », sur le réseau social. « 20 % de faux comptes, quatre fois ce que prétend Twitter, pourraient être beaucoup plus élevés », a déclaré le patron de Tesla sur son compte Twitter mardi. Avant d’alerter : « Mon offre était basée sur l’exactitude des déclarations de Twitter ».

Mais pourquoi les faux comptes créent-ils une telle rupture entre le réseau social et Elon Musk ? 20 Minutes tente d’y répondre en cinq questions.

Bon déjà, c’est quoi un bot ?

Loin de l’image que l’on se fait du robot destructeur pour l’humanité, un bot, c’est tout simplement un faux compte qui sévit sur les réseaux sociaux, et plus largement sur Internet. Sur Twitter, vous pouvez par exemple discuter avec une certaine « Sandrine Dupont ». Votre interlocutrice affiche une photo de profil tout à fait réaliste et son écriture ne fait aucun doute sur le fait qu’une vraie personne occupe ce compte. Sauf que Sandrine Dupont n’existe pas et le bot est en fait géré soit par un autre humain, soit par une intelligence artificielle. « Le spam n’est pas seulement "binaire" (humain/non humain). Les campagnes de spam les plus avancées utilisent des combinaisons d’humains coordonnés et d’automatisation », explique le directeur de Twitter Parag Agrawall, dans un long fil publié sur son compte.



Mais pourquoi créer un faux compte ? Les entreprises, par exemple, peuvent utiliser ce système pour influencer les consommateurs. Mais ce ne sont certainement pas les seuls à mettre en place un tel jeu. Très vite, les bots ont également été utilisés pour manipuler les citoyens, notamment en gonflant largement les sujets tendances en ligne. Il n’est pas rare, par exemple, de voir de faux comptes relayer les propos d’un candidat lors d’une élection. Le but ? Rendre plus audible son propos, et ainsi lui donner plus d’importance.

Ok, mais les bots sont-ils vraiment si dangereux ?

Par définition, les bots sont dangereux à partir du moment où ils entraînent l’influence, voire la manipulation des internautes. « Ils compromettent les comptes réels, puis les utilisent pour faire avancer leur campagne », indique Parag Agrawall, qui estime en plus que ces faux comptes restent « sophistiqués » et « difficiles à attraper ». En effet, les bots apprennent de leurs erreurs et se transforment en permanence pour contrer leurs futurs blocages. « Les adversaires, leurs objectifs et leurs tactiques évoluent constamment – souvent en réponse à notre travail ! Vous ne pouvez pas établir un ensemble de règles pour détecter le spam aujourd’hui et espérer qu’elles fonctionneront encore demain », souligne Parag Agrawall.

Mais ​on ne pourrait pas les réguler, ces bots ?

C’est écrit noir sur blanc dans les règles et les politiques de Twitter : « il est interdit d’utiliser les services de Twitter d’une manière qui vise à amplifier artificiellement ou à supprimer des informations, ou d’adopter un comportement qui manipule ou perturbe l’expérience des utilisateurs ». Parmi ces interdictions, on y retrouve « le spam à visée commerciale », mais aussi « les engagements inauthentiques qui tentent de faire passer des comptes ou contenus pour plus populaires ou actifs qu’ils ne le sont en réalité ».

Il existe donc bel et bien une régulation sur Twitter, qui irait de la demande d’identification du compte jusqu’à sa suspension définitive. Sauf que, comme nous le rappelions plus tôt, les faux comptes sont bien plus sournois qu’une simple régulation et arrivent encore à passer entre les mailles du filet. « Nous suspendons plus d’un demi-million de comptes de spam chaque jour, généralement avant même que vous ne les voyiez sur Twitter. Nous verrouillons également des millions de comptes chaque semaine que nous soupçonnons d’être du spam – s’ils ne peuvent pas passer les défis de vérification humaine (captchas, vérification par téléphone…) », a tout de même voulu rassurer le PDG de Twitter mardi.

Néanmoins, la limite de la régulation survient lorsque ce qui paraissait être un faux compte n’en était pas un. « Un défi difficile », selon Parag Agrawa. Qui ajoute : « certains des comptes de spam qui sont en fait les plus dangereux – et causent le plus de tort à nos utilisateurs – peuvent sembler totalement légitimes à première vue. »

Pourquoi on n’arrive pas à les compter ?

Depuis le rétropédalage d’Elon Musk sur son rachat, la présence de bots sur le réseau social semble devenue impossible à quantifier. Selon Twitter, le nombre de faux comptes ne dépasse pas 5 %, mais le patron de Tesla est persuadé que ce chiffre grimpe jusqu’à 20 %. Pourquoi un tel écart ? D’abord parce que de nombreux faux comptes sont encore invisibles aujourd’hui. Mais pas seulement. Les deux camps ne semblent pas avoir choisi le même échantillonnage pour mesurer l’ampleur des bots sur Twitter.

« Notre estimation est basée sur plusieurs examens humains (répliqués) de milliers de comptes, qui sont échantillonnés au hasard, de manière cohérente au fil du temps […]. Nous le faisons chaque trimestre, et nous le faisons depuis de nombreuses années », explique le patron de Twitter. De son côté, Elon Musk a annoncé une tout autre méthodologie, qui a eu le mérite de réveiller les moqueries des statisticiens en herbe. « Mon équipe prendra un échantillon aléatoire de 100 abonnés au compte Twitter du réseau social », a-t-il déclaré sur Twitter le 14 mai.

De quoi faire réagir le professeur à l’Université de Washington Carl T. Bergstrom, qui a déclaré sur CNBC : « Il n’y a aucune raison de croire que les abonnés du compte Twitter officiel constituent un échantillon représentatif des comptes sur la plate-forme. Peut-être que les robots sont moins susceptibles de suivre ce compte pour éviter d’être détectés. Peut-être qu’ils sont plus susceptibles de suivre pour sembler légitimes. Qui sait ? Mais je ne peux tout simplement pas imaginer que Musk fasse autre chose que de nous troller avec ce schéma d’échantillonnage idiot ».

Pourquoi ça inquiète Elon Musk ?

De manière générale, un faux compte, c’est un compte qu’on ne peut pas viser par la publicité. Sauf que Twitter tire principalement ses revenus de la publicité, largement payée par les annonceurs. Mais eux veulent parler à des consommateurs et des potentiels acheteurs, pas à des robots.

Plus grave encore pour Twitter, les annonceurs payent en fonction du nombre d’utilisateurs, un chiffre qui pourrait donc être gonflé par le nombre de bots. Si leur proportion s’avère être vraiment proche de 20 % plutôt que de 5 %, les annonceurs risqueraient de fuir petit à petit et créer de lourdes pertes économiques pour le réseau social… De quoi refroidir Elon Musk.