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Twitter : Après le rachat du réseau social par Elon Musk, est-ce la fin de toute modération ?
MERCATO DES RESEAUX•En rachetant Twitter, Elon Musk met en avant sa volonté de favoriser la liberté d'expression tout en assurant qu'il ne dérogerait pas aux règles nationalesLina Fourneau
L'essentiel
- En France comme aux Etats-Unis, de nombreux politiques plutôt conservateurs crient à la censure sur Twitter, qui correspond plutôt à de la modération.
- Avec le rachat du réseau social par le milliardaire Elon Musk, la modération pourrait évoluer.
- La nouvelle réglementation européenne impose cependant des limites au nouveau propriétaire du réseau social.
La modération peut-elle vraiment être considérée comme une censure dissimulée ? Si la question revient souvent dès qu’on parle des réseaux sociaux, la réponse divise. Récemment, le débat a été relancé lors de la campagne présidentielle par Marine Le Pen. Dans son programme pour le numérique, elle souhaitait « ne plus imposer de censure sur les contenus » diffusés par les internautes sur les réseaux sociaux.
Plus récemment, le rachat du réseau social Twitter par le milliardaire américain Elon Musk, qui n’a eu de cesse de mettre en avant sa volonté de favoriser la liberté d’expression, a suscité des débats similaires de l’autre côté de l’Atlantique. Dans le clan des Républicains, plusieurs élus ont applaudi ce rachat qui mettrait fin à une politique de modération jugée trop sévère. L’exemple du bannissement de l’ancien président, Donald Trump est dans tous les esprits. Le républicain Jody Hice, membre de la Chambre des représentants, a ainsi salué « le retour du premier amendement », qui prône la liberté d’expression aux Etats-Unis. Un point de vue partagé par le nouveau directeur de Twitter, issu du mouvement libertarien.
« La censure et la modération, ce n’est pas pareil »
Ce changement de philosophie du réseau social, décrit comme l’un des plus puissants, est loin de faire l’unanimité. « Il n’y a pas de censure, il n’y a qu’un respect de la loi », assure Charles Cohen, fondateur de la start-up Bodyguard, spécialisée dans la modération des contenus haineux sur Internet. « La censure dont Marine Le Pen parle, par exemple, ce sont des comptes qui ont été bannis car les comportements des utilisateurs n’étaient pas appropriés. Les plateformes sont tenues de respecter la loi et donc retirer les contenus illégaux ».
Un constat partagé par Me Gérard Haas, avocat spécialisé en droit des nouvelles technologies et de la propriété intellectuelle. « Dans notre démocratie, la liberté d’expression est un droit absolu mais ce qui est condamnable, c’est l’abus de cette liberté. C’est une faute qui peut être sanctionnée ou réprimée ». Reste que d’un pays à l’autre et plus encore d’un continent à l’autre, les règles en la matière varient. « Les propos antisémites et racistes sont bien plus autorisés aux Etats-Unis », assure Charles Cohen. Et même si Elon Musk s’est engagé à ce que le nouveau Twitter respecte la législation de chaque pays, les professionnels sont inquiets. « Cela signifie que des contenus américains seront laissés sur Twitter car ils sont conformes à la loi sur place. Ce n’était pas le cas avant, car Twitter retirait les posts qui légalement ne pouvaient pas être laissés », note le fondateur de Bodyguard.
Bruxelles s’arme contre la haine en ligne
Ironie du sort, au même moment, Bruxelles adoptait de nouveaux textes, le DMA (Digital Market Act) le Digital Services Act (DSA), qui renforcent la lutte contre les contenus illégaux et la désinformation. « Avec ces textes, Elon Musk sera obligé de respecter en Europe nos règles », assure Me Gérard Haas. Avant d’ajouter : « Ce qui a été fait au niveau de Bruxelles permet davantage de contrôles, non pas a posteriori mais a priori ». Par une série de garanties assorties de sanctions, ces textes permettent ainsi de renforcer la régulation des plateformes qui, selon lui, « ont autant de pouvoir que des Etats et autant d’utilisateurs que des populations ».
A la suite du changement de propriétaire sur Twitter, la start-up Bodyguard s’attend toutefois à voir « une augmentation de la toxicité, de la violence et de la haine, des contenus pas forcément illégaux qui seront laissés sur la plateforme » sur Twitter. Raison pour laquelle Charles Cohen aimerait que Twitter « laisse le choix à l’utilisateur » sur les contenus visibles en ligne.



















