Présidentielle américaine: C'est quoi un «libertarien», et Rand Paul en est-il un?

ETATS-UNIS Le fils de Ron Paul s'est officiellement lancé dans la course à l'investiture républicaine, mardi...

Philippe Berry

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Le républicain Rand Paul s'est officiellement lancé dans la course à l'investiture le 7 avril 2015.
Le républicain Rand Paul s'est officiellement lancé dans la course à l'investiture le 7 avril 2015. — C.KASTER/AP/SIPA

Après le père, le fils. Mardi, le républicain Rand Paul s'est lancé dans la course à l'investiture du parti conservateur. Avec un compas politique qui part dans toutes les directions, le placer sur l'échiquier relève du casse-tête. Avec deux questions centrales: c'est quoi un «libertarien», et le fils de Ron Paul, en est-il vraiment un?

Le libertarien n'est pas un libertaire

C'est l'erreur la plus commune des traductions. S'il partage une origine étymologique avec le concept français de la fin des Lumières, le libertarien américain est en général placé à droite sur l'économie et plutôt à gauche sur les questions sociales. La notion «se centre sur la liberté et l'individu», note David Boaz, du Cato Institute, auteur du livre The Libertarian Mind: A Manifesto for Freedom. S'il respecte les lois, le libertarien se méfie du gouvernement, considéré comme «une dangereuse institution qui centralise le pouvoir». Dans la mouvance de la philosophe Ayn Rand, la plupart des libertariens sont favorables à l'avortement, au mariage gay à la dépénalisation des drogues ainsi qu'à une politique extérieure non interventionniste.

Rand Paul, un conservateur tendance libertarien

Candidat à trois reprises, son père avait choisi de défendre des positions souvent extrêmes, appelant notamment à démanteler la Réserve fédérale américaine. Par idéologie ou par calcul politique, Rand Paul, lui, modère sa ligne et a même retourné sa veste sur plusieurs dossier, avec une hausse du budget de la défense désormais à son programme. Il reste personnellement opposé au mariage gay et à l'avortement –défendant le droit individuel du fœtus– mais botte en touche en laissant la décision à chaque Etat. Il tient autant du Tea Party, sur lequel il a surfé pour devenir sénateur, en s'opposant aux dépenses publiques, que de la mouvance libertarienne.

«Certaines libertariens considèrent que Rand Paul n'en est pas un. Il n'y a pas de consensus», note David Boaz dans une tribune dans Newsweek. Selon lui, «ce qui compte, c'est que Rand Paul est le plus libertarien des candidats républicains».

Remporter l'investiture sera compliqué malgré la machine de crowdfunding mise en place par son père, notamment à cause de ses positions sécuritaires anti-NSA. Mardi, un groupe conservateur a déjà dégainé un clip «Rand Paul est dangereux», assimilant sa doctrine sur l'Iran (il est opposé à des sanctions) à celle d'Obama. La campagne a bel et bien commencé.