Apple : « Je pense que je suis traquée… » Les AirTags, un accessoire qui facilite le harcèlement ?

ESPIONNAGE Après le signalement en ligne de plusieurs cas de harcèlement ou de poursuite facilités par les AirTags, Apple annonce des améliorations pour sa mini-balise afin d'éviter l'utilisation détournée de cet accessoire

Laure Gamaury
Les AirTags d'Apple présenté au moment de leur sortie en avril 2021.
Les AirTags d'Apple présenté au moment de leur sortie en avril 2021. — Jae C. Hong/AP/SIPA
  • Les AirTags d’Apple sont sortis il y a à peine un an, dans le but innocent de permettre à leurs utilisateurs de retrouver leurs objets du quotidien : trousseau de clés, sac à main, paire de lunettes…
  • Mais ils ont fait l’objet de plusieurs détournements, leurs paramètres en matière de sécurité et de confidentialité n’étant pas suffisants.
  • Apple souhaite améliorer les performances et limiter ces détournements, pourtant intrinsèquement liés aux trackers GPS.

« Je me suis sentie mal. Qui me traque ? Dans quel but ? C’était vraiment terrifiant. » Dans une enquête publiée par le New York Times fin décembre, Ashley Estrada, 24 ans, raconte comment elle a été victime des AirTags d’Apple, ces mini-balises Bluetooth censées aider à retrouver ses clés, ses lunettes ou son sac. Alors qu’elle était chez des amis à Los Angeles, la jeune femme a reçu une notification sur son iPhone lui signalant qu’un AirTag émettait à proximité et la suivait depuis quatre heures. Elle a même pu constater sur une carte l’historique de ses derniers déplacements. Glaçant. Mais pas si exceptionnel que cela outre-Atlantique, si l’on en croit les témoignages publiés au cours des derniers mois sur TikTok et Twitter.

La marque à la pomme avait pourtant assuré lors de la sortie du produit, en avril 2021, que son nouvel accessoire était suffisamment sécurisé et qu’il ne menaçait pas la vie privée de ses utilisateurs. Las, moins d’un an après sa mise sur le marché des AirTags, Apple a annoncé à la mi-février plusieurs améliorations et sa collaboration étroite avec les forces de l’ordre en cas d’utilisation malveillante de la balise. Mais est-ce suffisant ?

Un mouchard vraiment inoffensif ?

Lors de sa commercialisation, la balise, semblable à une pile plate ou à une pièce de 2 euros et qui peut se mettre au fond d’un sac ou s’accrocher à un trousseau de clés, présentait quelques garanties : l’AirTag se met à sonner dès qu’il est éloigné pendant un certain temps de l’iPhone de son « propriétaire ». Problème soulevé : le volume de la sonnerie est relativement faible. De plus, Apple n’avait pas souhaité communiquer à partir de quelle durée d’éloignement l’AirTag se mettait à sonner.

Le second dispositif de protection du tracker d’Apple a permis à Ashley Estrada d’être alertée : après plusieurs heures à proximité d’un iPhone, d’un iPad ou d’un iPod inconnu, l’AirTag envoie une notification à l’appareil en question pour alerter son ou sa propriétaire, qui peut ensuite le faire sonner pour le localiser. Mais encore faut-il que la personne traquée dispose d’un appareil d’Apple. Ou qu’elle connaisse les bons réflexes à avoir dans ce genre de situation.


Sur Twitter, plusieurs victimes – majoritairement des femmes – racontent avoir vécu de véritables moments de panique. C’est le cas de Jeana, qui s’est rendue compte un soir dans sa voiture, qu’un AirTag était dissimulé à proximité d’elle. Malgré une fouille de son véhicule, la notification continuait à apparaître pour lui signaler le tracker d’Apple. Elle a dû passer la nuit hors de chez elle et faire appel à des proches qui ont finalement découvert la balise… sous le siège passager.

« Je pense que je suis traquée », témoignait « Angel.edge95 » sur TikTok en novembre dernier. Malgré un vol interne entre le Texas et le Massachussets, un AirTag continuait de la suivre à la trace et elle ne savait pas comment le déconnecter. Elle a finalement désactivé la localisation de son iPhone et le Bluetooth pour ne plus être traquée. Flippant vous avez dit ?

De nouveaux garde-fous contre les détournements

Les différents garde-fous prévus par Apple n’ont donc a priori pas suffi pour éviter le détournement d’AirTags à des fins délictuelles. Devant la multiplication des signalements, Apple a réagi dans un communiqué, le 10 février dernier : « L’AirTag a été conçu pour aider les gens à savoir où se trouvent leurs effets personnels, et non pour pister les personnes ou les biens d’autrui. Nous condamnons avec la plus grande fermeté tout usage malveillant de nos produits. Le pistage est depuis longtemps un problème sociétal que nous avons pris très au sérieux dans la conception de l’AirTag. »

Dans sa mise à jour, Apple met en place une modulation du volume de sonnerie de l’AirTag pour « augmenter le volume et faciliter son repérage », un ajustement des alertes de traçage en cas d’AirTag inconnu à proximité, et une amélioration de la précision de la localisation de la balise. Mais entrendre le bruit du traqueur ne suffit pas forcément à le retrouver. C’est l’expérience qu’a fait « Troxell15 », qui a fini par découvrir un AirTag en démontant une partie des sièges de sa voiture, comme elle le relate sur TikTok.

Collaborer avec la police, est-ce suffisant ?

La firme dit également avoir à cœur de collaborer avec les autorités : « Chaque AirTag possède un numéro de série unique, et les AirTags jumelés sont associés à un identifiant Apple. Ainsi, Apple peut fournir les renseignements concernant le compte jumelé en cas d’assignation ou de requête valide émanant des forces de police. » Aux Etats-Unis, les autorités font état de collaborations fructueuses, notamment à West Seneca dans l’Etat de New-York.

En France, aucun cas de harcèlement avec les AirTags d’Apple n’a pour l’instant été rapporté. Mais les mini-traceurs GPS, qui existent depuis une quinzaine d’années, ont déjà été utilisés à plusieurs reprises, comme nous l’avions rapporté dans nos colonnes, dans le Gard ou en Alsace, pour traquer et harceler son ex, notamment. Un joujou à la solde des serial stalkeurs ? « Apple a probablement sorti cet équipement avec de bonnes intentions mais ces détournements montrent bien que la technologie peut être utilisée à bon escient comme elle peut être employée à de mauvaises fins », conclut Ashley Estrada.