TikTok : L’UFC-Que Choisir demande une enquête sur de « multiples infractions aux droits des utilisateurs »

RESEAUX SOCIAUX Publicités cachées, protection des plus jeunes, « système trompeur de monnaie virtuelle »… L’UFC-Que Choisir et ses homologues européennes souhaitent une meilleure protection des utilisateurs de l’application

Clément Giuliano

— 

Illustration du logo de TikTok
Illustration du logo de TikTok — SOPA Images/SIPA
  • L’UFC-Que Choisir et les associations de consommateurs européennes saisissent ce mardi la Commission européenne pour dénoncer les manquements de TikTok en matière de protection des mineurs.
  • Elles espèrent l’ouverture d’une enquête à l’échelle du continent, qui compte environ 100 millions d’utilisateurs de l’application chinoise.
  • « Nous voulons des mesures efficaces pour que les mineurs ne soient pas confrontés à des vidéos inadaptées à leur âge », explique à 20 Minutes Laurie Liddell, juriste à l’UFC-Que Choisir.

Une application très populaire mais qui, selon les associations de consommateurs, multiplie les entorses à la protection des plus jeunes. L’UFC-Que choisir et de ses homologues européennes annoncent, ce mardi, le dépôt d’une plainte à l’encontre de TikTok. L’objectif : contraindre le réseau social chinois à davantage de transparence et à mettre en place des mesures concrètes à destination des mineurs. 20 Minutes fait le point.

Que reprochent l’UFC-Que Choisir et les associations de consommateurs à TikTok ?

L’application de partage de vidéos « ne réussit pas à protéger ses utilisateurs les plus jeunes », déplore l’UFC-Que Choisir. « Concrètement, dans l’application, les vidéos défilent, et après quelques minutes, des contenus inappropriés pour les mineurs apparaissent, même si l’utilisateur a correctement renseigné son âge dans son profil », résume Laurie Liddell, juriste spécialisé dans les nouvelles technologies à l’UFC-Que Choisir. Il peut s’agir de vidéos contenant un langage inadapté ou sexuellement explicite, par exemple. Après le « drame italien lié au jeu du foulard […], la capacité du réseau à protéger les mineurs des contenus inappropriés est clairement posée », estime l’UFC-Que Choisir.

L’association épingle également les « pratiques détestables » liées au système de monnaie virtuelle de l’application. « Les utilisateurs peuvent acheter des "pièces" pour envoyer des cadeaux virtuels aux créateurs de vidéos, explique Laurie Liddell à 20 Minutes. Tout cela est présenté de manière très ludique, si bien que vous allez envoyer de l’argent sans vraiment vous en rendre compte, en particulier si vous êtes mineur. »

Autre point de discorde : la publicité cachée, la plupart des contenus sponsorisés n’étant pas présentés comme tels sur l’application. Plus largement, l’UFC-Que Choisir et ses homologues européennes pointent le manque de transparence sur l’utilisation des données personnelles, et le régime « illégal » de réutilisation des vidéos, que TikTok peut modifier et reproduire « sans que les utilisateurs n’aient leur mot à dire ».

En quoi la procédure européenne consiste-t-elle ?

D’une part, le Bureau européen des unions de consommateurs, dont fait partie l’UFC-Que Choisir, « lance une alerte auprès de la Commission européenne » afin d’obtenir le lancement d’une enquête sur les pratiques de TikTok à l’échelle du continent. En parallèle, les associations de consommateurs font de même auprès des autorités de protection des consommateurs de chaque pays. En France, l’UFC-Que Choisir saisit ainsi la DGCCRF ce mardi pour « pratiques commerciales trompeuses et déloyales ». Une telle démarche à l'échelle européenne avait récemment été mise en œuvre par les associations dans l'affaire du dysfonctionnement des manettes de la Nintendo Switch.

Avec « 100 millions d’utilisateurs » de TikTok en Europe, dont une part très importante de mineurs, l’Union européenne est en position de force pour obliger l’application à être plus transparente et vigilante à l’égard des mineurs, estime l’UFC-Que Choisir. « Avec une action commune et coordonnée, l’idée est de contraindre TikTok à modifier ses pratiques », en particulier pour respecter le RGPD (règlement général sur la protection des données), souligne Laurie Liddell. Au cours des dernières années, l’Union européenne a régulièrement fait pression sur Google, Facebook et autres Gafa concernant leur utilisation des données personnelles, notamment.

Quelles mesures demandent les associations de consommateurs ?

« Il y a plusieurs possibilités pour protéger les mineurs, assure Laurie Liddell. Nous voulons des mesures efficaces pour que les mineurs ne soient pas confrontés à des vidéos inadaptées à leur âge. » Concrètement, cela pourrait passer par l’utilisation d’un algorithme pour filtrer certains contenus, ou un effort accru en matière de modération.

Sur la publicité, les cadeaux virtuels et la protection des données, l’UFC-Que Choisir demande plus de « transparence » et une « meilleure information des utilisateurs », explique la juriste à 20 Minutes.