Nintendo Switch : Tout comprendre à l’affaire du « Joy-Con Drift » avec l’UFC-Que Choisir

JEU VIDEO L'UFC-Que Choisir suit le dysfonctionnement des manettes Switch de près et considère que la réponse de Nintendo n'est pas à la hauteur du problème

V. J.

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Les deux petits Joy-Con illustrent le caractère convivial de la Nintendo Switch.
Les deux petits Joy-Con illustrent le caractère convivial de la Nintendo Switch. — Nintendo
  • L’UFC-Que Choisir se joint, mercredi, à une action européenne contre la panne récurrente des manettes Joy-Con de la Nintendo Switch.
  • Lettre de mise en demeure, plainte pour obsolescence programmée, guide pour les demandes de réparation… L’association est mobilisée.
  • Nintendo reconnaît le problème, s’engage à toutes les réparations, mais rejette les accusations d’UFC-Que Choisir et parle d’une proportion faible de manettes concernées.

La célèbre association de défense des consommateurs UFC-Que Choisir a annoncé mercredi se joindre au Bureau européen des unions de consommateurs (Beuc) pour mener une action coordonnée contre la panne récurrente des manettes de la Nintendo Switch. On pourrait presque parler de feuilleton, tant cette affaire, dite du « Joy-Con Drift », dure depuis plusieurs années et n’en est pas à son premier recours en justice. Vous n’êtes peut-être pas concerné, ou pas encore, mais 20 Minutes fait le point avec Mélissa Chevillard, chargée des relations institutionnelles Europe à l’UFC Que Choisir, sur ce dysfonctionnement, l’accompagnement des joueurs et la réaction de Nintendo.

Que se passe-t-il avec les Joy-Con et depuis quand ?

« La console Nintendo Switch a été mise sur le marché en mars 2017, rappelle Mélissa Chevillard, et dès les deux premières années, de nombreux consommateurs ont alerté sur une panne récurrente des manettes. Cela se caractérise par des déplacements fantômes, c’est-à-dire que les Joy-Con se mettent à réaliser des mouvements qui n’ont pas été commandés par le joueur. Cette panne est totalement bloquante. » Un mois après sa sortie, 20 Minutes rendait compte d'un problème dû à « une variation de fabrication » et qui touchait « un petit nombre » de manettes. Un problème réglé selon Nintendo, qui renvoyait alors vers son service après-vente.

Quand et comment l’UFC-Que Choisir a-t-elle tiré la sonnette d’alarme ?

« Notre première action date de novembre 2019, raconte la chargée des relations institutionnelles Europe à l’UFC Que Choisir. Nous avons envoyé une lettre de mise en demeure à Nintendo pour leur demander quelles solutions ils proposaient aux consommateurs français. » Il y avait toujours un problème. « Début 2020, le PDG de Nintendo France a répondu qu’il réparerait toutes les manettes, même hors garantie d’un an. Pourtant, nous avons continué à recueillir des témoignages tout au long de l’année. Dans le détail, 25 % d’entre eux ont connu une panne dans les six mois après achat, et 60 % dans la première année. Même en cas de faible utilisation. » C’est pourquoi en septembre, fort de 9.000 témoignages, l’UFC-Que Choisir a déposé plainte contre Nintendo devant le procureur de la république de Nanterre pour « obsolescence programmée ».

La réponse de Nintendo est-elle à la hauteur ?

Pour l’UFC-Que Choisir, pas du tout. « Les plaintes des joueurs continuent de venir, et là, on a recueilli près de 25.000 témoignages dans l’Union européenne, explique Mélissa Chevillard. Toutes les manettes sur le marché peuvent connaître ce dysfonctionnement. » Une expertise sur plusieurs manettes défectueuses, plus ou moins récentes, a révélé que si Nintendo a réalisé des modifications sur la conception des Joy-Con, elles ne concernent pas le problème des pannes, à savoir « une usure prématurée des circuits imprimés » et « un défaut d’étanchéité ». D’où une première plainte en France, et maintenant une action coordonnée à l’échelle de l’Europe. Sans oublier un recours collectif aux Etats-Unis.

Après des excuses du big bosshimself, Shuntaro Furukawa, Nintendo France a publié un droit de réponse le 19 novembre 2020, pour contester les accusations de l’UFC-Que Choisir sur « une pratique d’obsolescence programmée » et informer qu'« à sa connaissance, ces situations ne concernent toutefois qu’une proportion extrêmement faible des manettes Joy-Con en circulation en France (environ 1 % depuis trois ans) ». Sollicité par 20 Minutes pour une réaction après l’annonce d’une action européenne mercredi, Nintendo France n’a pas encore donné suite.

Que peuvent faire les joueurs concernés ?

Nintendo invite les consommateurs à contacter le service après-vente afin que les réparations soient faites dans les meilleures conditions possible, tandis que l’UFC-Que Choisir a mis en place un guide pour accompagner les joueurs dans leur démarche de réparation, ainsi qu' un formulaire pour recueillir leur témoignage. « Sur le nombre de personnages ayant demandé réparation et leur expérience, nous ne pouvons pas encore en discuter, commente Mélissa Chevillard. Nous n’avons pas encore les résultats, nous communiquerons dessus un peu plus tard. »

« Avec cette alerte déposée auprès de la Commission européenne et des autorités nationales de protection du consommateur, nous demandons une enquête aux échelles européenne et nationale, continue la chargée des relations institutionnelles Europe. Pour prendre une décision commune et contraignante contre Nintendo, leur demander de proposer un modèle sans dysfonctionnement, et en attendant, de réparer les manettes défectueuses et d’informer le consommateur sur leur durée de vie limitée. »