Contenus haineux : L’UE agite la menace de « mesures contraignantes » contre Facebook et les plateformes

WEB Mark Zuckerberg a rencontré plusieurs responsables européens et plaide pour des mesures volontaires

20 Minutes avec AFP

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Mark Zuckerberg a rencontré la la Commissaire européenne à la Justice, Vera Jourova, le 17 février 2020.
Mark Zuckerberg a rencontré la la Commissaire européenne à la Justice, Vera Jourova, le 17 février 2020. — Francisco Seco/AP/SIPA

L’opération séduction de Mark Zuckerberg n’a visiblement pas fonctionné. Le Commissaire européen à l’Industrie, Thierry Breton, a mis en garde lundi les plus grands réseaux sociaux contre des « mesures contraignantes » si elles ne s’autorégulent pas sur les contenus haineux, illicites ou les fake news.

L’ancien ministre français de l’Economie s’exprimait après avoir rencontré à Bruxelles le patron de Facebook, Mark Zuckerberg, qui a proposé une réforme globale de la modération – et pas pays par pays.

Thierry Breton a indiqué avoir eu un « très bon dialogue » avec Mark Zuckerberg. Mais il a estimé que « les plateformes, notamment Facebook, ont une responsabilité évidente vis-à-vis de nos concitoyens (…) vis-à-vis de la démocratie aussi ». « On a beaucoup parlé (…) de la nécessité désormais de se mettre en situation de contrôler l’ensemble de ces activités », a-t-il ajouté.

« Trop lent, trop faible »

Dans un document soumis aux Commissaires, Facebook a souligné l’importance d’un meilleur contrôle des discours haineux et de la désinformation sur les plateformes, sans pour autant porter atteinte à la liberté d’expression.

Pour le groupe de Menlo Park, la meilleure façon pour cela est de s’assurer que les plateformes mettent en place volontairement des systèmes pour combattre ce type de discours. « Les lois sur la responsabilité des éditeurs qui punissent la publication de discours contraires à la loi ne sont pas adaptées à Internet », est-il notamment expliqué dans le document.

Pour Thierry Breton, les propositions de Facebook sont « intéressantes », mais « elles ne vont pas assez loin ». « C’est trop lent, trop faible » en ce qui concerne les responsabilités, a-t-il dit.

Menaces de mesures « contraignantes »

Si l’ensemble des plateformes qui opèrent sur le continent européen n’interviennent pas en cas d’abus, « on sera obligé d’intervenir de façon plus stricte », a prévenu Breton. Questionné sur le type de mesures que cela pourrait être, il n’a donné aucun détail, se contentant de déclarer : « Celles qui pourront être contraignantes pour éviter ce genre d’abus ». Interrogé pour savoir si le message était passé auprès de Marc Zuckerberg, il a répondu : « Bien sûr. On a eu un très bon dialogue, très profond, un échange de grande qualité et très attentif ».

Outre Thierry Breton, Mark Zuckerberg a rencontré la vice-présidente de la Commission chargée du numérique, Margrethe Vestager, et la Commissaire européenne à la Justice Vera Jourova. Cette dernière est très critique envers Facebook depuis le scandale des données de Cambridge Analytica en 2018.

Zuckerberg était venu se livrer à une opération de charme à Bruxelles, deux jours avant la présentation par la Commission européenne de sa stratégie sur l’intelligence artificielle. Cette visite du fondateur du plus grand réseau social, qui détient également Instagram et WhatsApp, intervenait quatre semaines après celle du patron d’Alphabet, maison mère de Google, Sundar Pichai, qui avait appelé l’UE à une « approche proportionnée » pour réglementer l’intelligence artificielle. Et à la fin de l’année, la Commission européenne compte présenter un instrument législatif sur les services numériques, baptisé le « Digital Services Act ».