Complotisme : On en sait un peu plus sur le mystérieux « Q », à l’origine du mouvement QAnon

CONSPIRATIONNISME Selon le fondateur de la start-up OrphAnalytics, deux personnes se cachent derrière le pseudo « Q », qui alimente régulièrement des théories complotistes sur Internet

H. B. avec AFP

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Des supporteurs de Donald Trump, le 15 août à Portland, avec un drapeau «Q» de la mouvance QAnon.
Des supporteurs de Donald Trump, le 15 août à Portland, avec un drapeau «Q» de la mouvance QAnon. — Abigail Dollins / Statesman Jour/SIPA

On en sait un peu plus sur le mystérieux personnage qui a converti des millions d’Américains à la théorie du complot QAnon, et galvanisé les fidèles de Donald Trump qui ont pris d’assaut le Capitole. Derrière « Q », l’anonyme à l’origine du mouvement, se cachent en fait deux personnes, affirment des experts d’une start-up suisse.

OrphAnalytics, qui développe des algorithmes - d’abord pour chasser le plagiat mais qui depuis a étendu son champ de compétences - les a mis en œuvre pour tenter de percer le secret de « QAnon ». « Les conclusions sont qu’on a deux auteurs différents à deux périodes différentes », explique le responsable de la start-up Claude-Alain Roten, qui réside à l’ouest de la Suisse mais qui tient à garder l’adresse secrète pour d’évidentes raisons de sécurité.

« Les milliers de messages cryptiques sont le fait de deux personnes »

Le mouvement complotiste est né en octobre 2017 sur le forum en ligne 4Chan -et ensuite 8Kun- et s’est nourri des messages appelés « Q-drops », affirmant sans fondement que Donald Trump menait une guerre secrète contre une clique de démocrates pédophiles et adorateurs de Satan. Traité d’abord avec dédain, QAnon est devenu un puissant mouvement.

Pour Claude-Alain Roten, il n’y a pas de doute que les milliers de messages cryptiques sont le fait de deux personnes. « L’approche que l’on utilise, c’est de la stylométrie mais celle sur laquelle on s’est focalisé, c’est une stylométrie de séquence, de chaînes de caractères. On ne cherche pas à sortir des propriétés sur les unités linguistiques comme des mots ou des tournures de phrases ou de la syntaxe. On cherche de l’information sur des caractéristiques qui caractérisent une chaîne de caractères », explique le responsable OrphAnalytics.

Des analyses de chaînes de caractères

La start-up suisse a exploité les statistiques d’apparition de chaînes de caractères pour déterminer les auteurs des textes. « La différence dans le signal est assez forte pour ne laisser que peu de doutes sur le changement d’auteur », estime également un rapport publié le mois dernier par la société.

Pour Florian Cafiero, chercheur au CNRS spécialiste de la linguistique quantitative, les travaux des Suisses sur QAnon « semblent convaincants ». Si la stylométrie existe de longue date, elle a été révolutionnée -comme bien d’autres domaines- par l’avènement de machines capable de traiter des quantités phénoménales de données.

« Comme avec toute technologie, il y a un côté lumineux et un côté sombre »

Pour Claude Alain Roten, son approche basée sur une pure analyse statistique permet de rester neutre là où le contexte, les hypothèses, sont en général des piliers de l’analyse de texte. Florian Cafiero estime que cette nouvelle façon d’aborder une technique éprouvée et de l’appliquer au processus judiciaire peut aider à « éviter les erreurs ». Mais il exprime aussi sa crainte que ce type de technologie ne permettre de démasquer des lanceurs d’alerte par exemple.

« Comme avec toute technologie il y a un côté lumineux et un côté sombre », reconnaît Claude-Alain Roten, tout en soulignant les strictes règles éthiques que s’applique sa société afin d’éviter « que notre approche de la stylométrie de séquence ne soit utilisée pour servir le côté sombre ».

OrphAnalytics a déjà défrayé la chronique en se jetant dans la mêlée de l’affaire Elena Ferrante, qui a secoué le monde littéraire en Italie, en affirmant que l’autrice sous pseudo était en fait un auteur : Domenico Starnone. La start-up, née en 2014, aurait aussi été mise à contribution dans des enquêtes criminelles, comme l’affaire du meurtre du petit Gregory Villemin en France, selon la presse.