Résilience : « On peut guérir et se construire une carrière », témoigne Arnaud Bovière après des années d'hospitalisation

INTERVIEW Il avait fait la promotion de sa pièce de théâtre dédiée aux enfants hospitalisés,sur les réseaux sociaux en 2016. A l’occasion de la sortie d’un livre retraçant son histoire, « La Couleur de la résilience », Arnaud Bovière a répondu aux questions de « 20 Minutes ».

Propos recueillis par Paul-Guillaume Ipo

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Dans son dernier livre « La Couleur de la résilience », Arnaud Bovière raconte son parcours de vie singulier.
Dans son dernier livre « La Couleur de la résilience », Arnaud Bovière raconte son parcours de vie singulier. — Arnaud Bovière
  • Adolescent hospitalisé et déscolarisé, Arnaud Bovière est aujourd'hui à la tête d'un start-up spécialisée dans la communication digitale.
  • Dans un témoignage intitulé La Couleur de la résilience (Editions First), il revient notamment sur l’impact décisif de LinkedIn sur le succès d'une pièce de théâtre, Aux Fleurs du Temps, écrite en hommage aux amis recontrés à l'hôpital.
  • « Ça a pris une ampleur que j’ai eu beaucoup de mal à réaliser au début », confie le chef d'entreprise, qui n'a pas ménagé sa peine pour faire connaître son texte.

Il a connu la phobie scolaire, les intenses crises d’angoisse et l’hospitalisation à la Maison de Solenn, structure parisienne qui accueille les adolescents atteint de troubles psychiques*. Aujourd’hui chef d’entreprise, conférencier et écrivain, Arnaud Bovière a co-fondé en 2017 une start-up spécialisée dans la communication sur LinkedIn.

C’est grâce à ce réseau social qu’il a fait connaître, en 2016, Aux Fleurs du temps, une pièce de théâtre écrite à l’âge de 16 ans. Mettant en scène deux personnages venus se recueillir sur la tombe d’une amie, ce dialogue aborde les thèmes de la vie, de la mort, du souvenir et du regret. A l’occasion de la parution de La Couleur de la résilience, où il retrace son parcours et sa réussite inattendue, l’entrepreneur aujourd’hui âgé de 30 ans se confie à 20 Minutes.

Couverture du livre « La Couleur de la Résilience ».

Votre livre est paru vendredi dernier. Comment vous est venue l’envie d’écrire ce témoignage ?

C’est parti d’une rencontre sur LinkedIn avec les Editions First, qui s’intéressaient à mon parcours. J’avais déjà écrit d’autres textes, notamment du théâtre, mais je n’avais jamais écrit à la première personne. J’ai tout de suite vu ça comme une autobiographie et je ne m’en sentais pas légitime à 29 ans. Quand des personnes extérieures à mon cercle personnel m’ont dit que mon histoire les touchait, j’ai été rassuré et j’y suis allé !

L’ouvrage s’intitule « La Couleur de la résilience ». Pourquoi ce titre ?

Entre 16 et 18 ans, j’avais perdu la vue des couleurs après une crise d’angoisse plus violente que les autres. J’ai trouvé intéressant d’avoir cette association entre un rappel de mon passé médical et la résilience, qui est assez positive.

Vous avez vécu d’intenses crises d’angoisse, les traitements et rendez-vous médicaux, puis une hospitalisation. Comment se construire en tant qu’adolescent ?

Je pense justement m’être construit à travers les épreuves J’ai quitté l’école à 13 ou 14 ans avant même d’être officiellement déscolarisé. Je pense qu’on se forge énormément grâce aux rencontres qu’on fait dans les hôpitaux. C’est un monde à part entière. En tant qu’enfants malades vivant en communauté, on n’a pas un quotidien classique. On s’aide à relativiser les uns les autres grâce à une maturité acquise du fait des épreuves liées aux pathologies. C’est ce qui permet de se construire et qui nous suit plus tard. Une fois guéri, notre regard sur le monde n’est pas du tout le même.

Certains de vos amis ont été emportés par la maladie durant votre hospitalisation. Tous ces camarades vous accompagnent-ils encore aujourd’hui ?

Ils sont bien sûr toujours présents. Comme tous les enfants qui s’en sont sortis, je me suis à un moment dit : « Pourquoi est-ce que j’ai réussi à m’en sortir et pas eux ? » C’est aussi ça qui est à l’origine du texte. La pièce de théâtre avait justement été écrite pour rendre hommage à des amis partis quinze jours plus tôt.

Vous écrivez aujourd’hui : « Puisqu’il m’était difficile de dire ce que je ressentais, j’allais l’écrire. » Le fruit de ce travail est le texte « Aux Fleurs du Temps », un dialogue qui, par l’intermédiaire d’un ami, est mis en scène à Paris à partir de fin 2015. Quel a été votre ressenti lorsqu’à 24 ans, votre pièce de théâtre a rencontré un franc succès ?

Je n’ai pas compris ce qui se passait. C’est un texte que j’ai écrit à 16 ans quand j’étais à la maison de Solenn. Dans mon esprit, ce n’était même pas du théâtre mais un simple dialogue. Ça a pris une ampleur que j’ai eu beaucoup de mal à réaliser au début.

Après une discussion avec Thierry Lhermitte, vous décidez de communiquer votre histoire sur Facebook. Ça se solde par un échec…

Thierry Lhermitte, qui était venu assister à la pièce très tôt, m’a invité à exploiter son potentiel en communiquant mon histoire. A cette époque j’avais un simple compte Facebook, je ne connaissais même pas LinkedIn ! J’ai commencé à narrer mon parcours mais je ne touchais que mes amis, qui le connaissaient déjà par cœur. Mes parents et un ami m’ont alors conseillé le site LinkedIn, où les gens ne me connaissaient pas.

Vous faites donc la promotion une œuvre d’art via un réseau social professionnel. Dans votre livre, vous écrivez : « [Je] consacrais le plus clair de mon temps à tisser des liens sur LinkedIn. Je contactai plus de 5.000 médecins en l’espace de trois mois, obnubilé par l’idée de les voir assister aux représentations d'"Aux fleurs du temps" ». Au printemps 2016, vous écrivez des publications « toutes les semaines pour raconter le quotidien de la pièce ». Ce n’est pas commun…

C’est ce côté inattendu qui a fait que ça a marché. Les médecins sont habitués à être démarchés à longueur de journée. Un jeune de 25 ans qui leur parle de sa pièce sur les enfants et la maladie, ça sortait complètement du lot. Beaucoup sont venus, ont apprécié le spectacle et en ont parlé entre eux. Puisque j’avais une page très récente avec énormément de visites, ça a décollé dans les algorithmes, et j’ai pris le réflexe de communiquer sur LinkedIn dès qu’il se passait quelque chose.

Arrivé sur le réseau en janvier 2016, j’ai obtenu des résultats dès février et mars jusqu’à ce que ça atteigne Matignon et l’Elysée en mai. Ça s’est donc fait en quelques mois. Tout est vraiment parti de ce réseau-là. Sur l’ensemble de 2016, ça a fait 6 millions de vues, ce qui a été un des buzz de l’année sur la plateforme.

Connaissiez-vous des buzz similaires au vôtre sur LinkedIn ?

Aujourd’hui oui, mais à l’époque moins. Les gens l’utilisaient beaucoup plus à des fins de recrutement que de communication. Très peu de personnes avaient explosé ainsi et, depuis, LinkedIn a été boosté par le rachat de Microsoft. Ça reste rare mais on voit plus de buzz qu’avant. Ce sont quand même toujours des start-up qui vont émerger. En revanche, je ne crois pas avoir revu des projets purement culturels se distinguer.

LinkedIn a changé votre vie, puisque votre expérience sur « Aux fleurs du temps » vous a amené à réaliser vos premières missions de consultant en communication digitale. Pensez-vous que n’importe qui peut encore voir la sienne changer grâce à ce réseau ?

Oui, je le pense ! La concurrence est accrue car il y a bien plus d’utilisateurs quotidiens. Mais cela permet d’un autre côté une plus forte visibilité et donc plus d’opportunités de décoller. Il faut avoir un message différent. Donc avoir une histoire atypique mais évidemment authentique. C’est bête, mais il faut parler honnêtement aux gens, raconter une histoire personnelle. Et pour une start-up, il faut arriver à communiquer sur son idée.

Pour réussir sur LinkedIn, il faut pouvoir embarquer les gens. C’est possible. Il y a toujours un facteur chance aussi. Pour ma part, je suis arrivé à un moment où la culture et le théâtre n’étaient pas du tout présents, donc j’ai eu la chance de prendre ce créneau. Il y a encore des possibilités si l’on réussit à sortir du lot et à rester positif face aux portes fermées.

Votre start-up, Arnaud & Alexis, a-t-elle aujourd’hui investi d’autres réseaux sociaux ?

On s’est souvent posé la question. En se concentrant sur la communication digitale par LinkedIn, on s’est démarqués des agences concurrentes qui se chargeaient surtout des autres canaux (Twitter, Instagram, sites Internet…). C’est cette stratégie qui a fait notre succès sur ce marché. Il est donc primordial pour nous de garder cette spécificité. On a élargi nos services, mais toujours en lien avec LinkedIn. On reste aujourd’hui déterminés à être l’agence de référence sur ce réseau, et je doute que cela change demain.

Vous avez déjà accompli beaucoup très jeune. Avez-vous des projets en préparation ?

Une autre pièce de théâtre, Le Rire est un cœur heureux, que j’avais écrite à l’époque de mon hospitalisation est prête et devrait arriver d’ici un à deux ans. Le gros chantier reste l’expansion d’Arnaud & Alexis, qu’on compte encore développer avec de nouveaux collaborateurs. Et je n’exclus pas d’écrire un nouveau livre dans les années à venir !

* La Maison de Solenn a été fondée dans l’enceinte de l’Hôpital Cochin à Paris en 2004. Elle a été nommée en souvenir de Solenn Poivre d’Arvor, fille du journaliste Patrick Poivre d’Arvor.

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