Coronavirus : Seulement 14 alertes envoyées par StopCovid en trois semaines, pourquoi un chiffre si bas ?

NUMERIQUE Le secrétaire d’État Cédric O a fait un premier point d’étape sur le succès mitigé de l’application StopCovid auprès des Français

Julien Laloye

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Cédric O, secrétaire d'Etat chargé du Numérique, a piloté le développement de l'application StopCovid.
Cédric O, secrétaire d'Etat chargé du Numérique, a piloté le développement de l'application StopCovid. — AFP

Une vaste opération de transparence avec tout l’aréopage (gouvernement, Inserm, DGS, Inria, Institut Pasteur, Anssi) pour lever un premier voile sur l’efficacité de StopCovid, trois semaines après sa mise à disposition sur les téléphones mobiles des Français dans le cadre de la réponse sanitaire globale.

Cédric O, le secrétaire d’État chargé du Numérique, a partagé lors d’une conférence de presse ce mardi les premiers éléments d’efficacité de l’application pour lutter contre la propagation de l’épidémie, sans triomphalisme particulier ni regrets exacerbés. Le mot d’ordre général ? L’application montée en un temps record (deux mois au lieu de deux ans, selon l’Inria) est en évolution permanente et s’améliore tous les jours dans l’espoir de représenter une solution importante en cas de deuxième vague à l’automne.

460.000 désinstallations sur 1,9 million de téléchargements

Les chiffres, donc. 1,9 million de téléchargements, dont 1.816.048 activations, mais un pourcentage de désinstallation « qui augmente sensiblement ces derniers jours » ; 460.000 personnes ont ainsi choisi de se passer de StopCovid après l’avoir installée, ce que le ministère explique « par la baisse de l’inquiétude par rapport à l’épidémie ». Sur ce 1,8 million d’utilisateurs réguliers, 68 se sont déclarés positifs, et le fameux serveur central si décrié a remonté 205 contacts de proximité… dont à peine 14 ont donné lieu à des notifications de contact à risque. « Nous ne savons pas si c’est un chiffre logique ou pas logique, a reconnu Cédric O. La seule manière de mieux comprendre comment les gens interagissent avec l’application, c’est de faire des enquêtes sur le terrain. »

Pourquoi aussi peu de contacts à risque remontés ?

Pour être clair, le nombre de contacts à risque détectés est la seule donnée tangible qui puisse juger de l’efficacité du dispositif, puisqu’il est impossible de faire le lien entre un contact identifié à risque et un test positif (éventuellement) déclaré quelques heures plus tard. Une des hypothèses de travail du ministère pour expliquer le peu de contacts remontés se raccroche à un manque de pédagogie. Un certain nombre d’utilisateurs ne téléchargeraient l’application que s’ils sont testés positifs, ce qui n’a évidemment aucun intérêt.

Reconnaissant sans peine que l’utilisation de StopCovid doit monter en puissance pour fournir des résultats plus significatifs, le secrétaire d’État au Numérique n’a pas lâché sur le reste, défendant ardemment le choix de la France d’avoir opté pour une architecture centralisée différente de ce que proposaient Apple et Google, malgré l’absence pour le moment d’interopérabilité européenne, soit la possibilité d’utiliser l’application cet été lors de vacances à l’étranger. La France travaille d’ailleurs en collaboration avec l’Allemagne et l’Espagne sur le protocole DESIRE, un peu plus sexy que le protocole ROBERT actuel, pour proposer à la mi-juillet un prototype d’une application commune « laissant le choix aux Etats d’utiliser un serveur centralisé ou non ».

Contrôle de la Cnil en cours

Avant de devenir incompréhensibles, précisons ici que cette histoire de serveur central est à l’origine de toutes les crispations du secteur et de la Cnil, invitée à contrôler dans les jours qui viennent les modalités du calcul de l’exposition à l’application. En gros, pourquoi 205 contacts de proximité ont-ils été identifiés par le biais de leur crypto-identifiants, alors que seuls 14 d’entre eux ont fait l’objet d’une notification ? « Je ne peux pas me prononcer à la place de la Cnil. Nous n’avons pas accès à cet historique de proximité et les craintes de fuites de données ou de réidentification des utilisateurs n’ont pas été avérées à ce jour ».

Assez fier de présenter le coût minimaliste de StopCovid en comparaison avec l’équivalent chez nos voisins, à savoir un peu moins de 200.000 € par mois entre l’hébergement, la maintenance et le support utilisateurs, contre 20 millions d’euros pour l’appli allemande lancée ces derniers jours, Cédric O n’a pas échappé à la comparaison sur un autre chiffre, les 10 millions d’Allemands qui se sont précipités sur leur téléphone pour procéder au téléchargement : « Ce que je pense, c’est que cela ne dit rien de l’application, mais cela dit tout de nos différences culturelles, et éventuellement de la différence d’appréciation du comportement du gouvernement. »

« Frappes chirurgicales » sur les clusters

Un gouvernement qui pourrait relancer des campagnes de communication ciblées si besoin sur des foyers épidémiques actifs, comme à Mayotte, où les opérateurs téléphoniques ont envoyé un SMS à tous les habitants pour les encourager à télécharger StopCovid en masse, « avec des résultats intéressants » selon Cédric O. « On a entendu parler de ce seuil de 60 % de téléchargements nécessaires pour stopper l’épidémie, conclut Vittoria Colizza, directrice des recherches et spécialiste en modélisation des maladies à l’Inserm, mais ce n’est pas ce qu’on envisage ici. Je ferais un parallèle avec le port du masque. On sait qu’il protège et on conseille de le porter sans indiquer un pourcentage minimal. C’est pareil pour StopCovid. »