L’UE va centraliser les données biométriques de 400 millions de ressortissants

BIOMETRIE La base de données devrait être constituée d’ici à 2022

Jennifer Mertens pour 20 Minutes

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L’UE va centraliser les données biométriques de 400 millions de ressortissants
L’UE va centraliser les données biométriques de 400 millions de ressortissants — Geeko

Le projet de l’Union européenne de créer un « méga fichier » de données biométriques voté en 2019 s’accélère. Deux entreprises françaises, IDEMIA et Sopra Steria, ont été choisies pour se charger de constituer cette base de données partagée entre les différents pays de l’Union. Une tâche qui sera complexe puisqu’il est question de regrouper les données biométriques – empreintes digitales et photos – de plus de 400 millions de ressortissants européens et non européens qui franchissent les frontières de l’espace Schengen. Un projet pour lequel l’UE a débloqué un budget de 302 millions d’euros.

L’objectif de la constitution de ce méga fichier est d’améliorer « l’échange de données entre les systèmes d’information de l’UE pour gérer les frontières, la sécurité et les migrations ». En centralisant les informations, il ne sera plus nécessaire d’interroger plusieurs bases de données telles que l’Eurodac (registre européen des empreintes digitales des demandeurs d’asile) ou le VIS (système d’information sur les visas) pour vérifier l’identité d’une personne, mais une seule qui sera évidemment plus complète et efficace.

Les douanes, forces de l’ordre et autorités judiciaires pourront utiliser ce nouveau système pour rechercher des informations sur des personnes à partir de leur nom, empreinte digitale ou photo. La base de données biométriques tiendra une place centrale dans le nouveau système européen d’entrée/sortie (ESS) mis en place aux frontières de l’UE. Ce système remplacera le cachet sur le passeport et permettra d’enregistrer la date et le lieu d’entrée et de sortie des ressortissants – avec une durée de séjour limitée à 90 jours –, ainsi que leurs documents d’identité.

« Ce système de correspondance biométrique partagé (…) deviendra l’un des systèmes biométriques les plus importants au monde lorsqu’il intégrera toutes les bases de données biométriques existantes et futures de l’Union européenne », indique l’UE dans son communiqué.

Une cible unique

Le rassemblement des données biométriques de plus de 400 millions de ressortissants au sein d’un seul et même fichier amène à se poser certaines questions, notamment en termes de respect de la vie privée du fait de l’interopérabilité de la base de données, mais aussi de sécurité. Statewatch, une ONG qui surveille les États, la justice et les affaires intérieures (JAI), la sécurité et les libertés civiles dans l’ Union européenne, s’était d’ailleurs prononcée contre le projet.

À côté de cela, le fichier pourrait « faciliter le travail » des personnes malveillantes et autres puissances étrangères puisqu’ils n’auront plus à s’attaquer à plusieurs bases de données sensibles. La centralisation des données pourrait poser problème en cas de faille de sécurité ou bug. Ce seront les informations de plus de 400 millions d’individus qui seront potentiellement exposées.

Le projet de système partagé de correspondances biométriques (sBMS) devrait être constitué à l’horizon 2022, ce qui laisse encore du temps à l’UE et aux deux firmes en charge de la constitution de la base de données pour peaufiner les détails. Deux enjeux apparaissent comme cruciaux d’ici là, à savoir le respect de la vie privée des personnes répertoriées dans le méga fichier ainsi que la sécurité de ce dernier au vu de ce qu’il renferme.