Coronavirus : 750 milliards d’euros pour relancer l’économie de l’UE, en attendant d’âpres négociations

UNION « Nous devons faire des investissements à une échelle sans précédent, (…) de façon à ce que la prochaine génération en Europe en recueille demain les bénéfices », a promis Ursula von der Leyen ce mercredi

20 Minutes avec AFP

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Ursula von der Leyen s'est exprimée ce mercredi devant le Parlement européen.
Ursula von der Leyen s'est exprimée ce mercredi devant le Parlement européen. — AFP

Une enveloppe colossale, et un appel aux 27 à « mettre de côté les vieux préjugés ». Avec un fonds de relance de 750 milliards d’euros pour soutenir l’économie européenne mise à mal par le coronavirus, la présidente de la Commission européenne, Ursula von der Leyen, a dévoilé mercredi un plan d’aide exceptionnel. Ce nouveau fonds vient s’adosser au projet de budget pluriannuel européen d’environ 1.100 milliards d’euros pour la période 2021-2027, réaménagé par la Commission, qui s’attend à une récession « historique » (- 7,4 % en 2020, suivi d’un rebond de + 6,1 % en 2021).

Le fonds sera alimenté par des emprunts à grande échelle de la Commission au nom de l’UE, une opération inédite pour l’Union. Et qui va nécessiter une négociation ardue avec les Etats membres. Sur les 750 milliards, 500 seraient redistribués sous forme de subventions, qui ne devront pas être remboursées, une somme équivalente à celle avancée la semaine passée dans la proposition franco-allemande. Le reste sera constitué de prêts aux Etats membres. Parmi les plus touchées par la crise sanitaire, l’Italie et l’Espagne se taillent la part du lion, et pourraient recevoir in fine plus de 172 et 140 milliards d’euros respectivement via cet instrument. Rome et Madrid se sont d’ailleurs félicités des annonces. La France serait le quatrième principal bénéficiaire (après la Pologne) avec 38,7 milliards de subventions uniquement, selon les prévisions de la Commission.

Pas de hausse des contributions, mais des taxes nouvelles

« Nous devons faire des investissements à une échelle sans précédent. Mais nous allons le faire de façon à ce que la prochaine génération en Europe en recueille demain les bénéfices », a promis Ursula von der Leyen dans un discours devant le Parlement européen. Les émissions de dette commune par la Commission, qui bénéficie de taux très bas sur les marchés, se feraient sur trente ans maximum, avec un remboursement à partir de 2028. Selon des sources à la Commission, l’UE pourrait rembourser ces emprunts sans demander aux Etats membres d’augmenter leurs contributions nationales, grâce à de nouvelles sources de revenus. Comme la vente de quotas sur le marché du carbone européen, une « taxe » sur les produits manufacturés par des entreprises polluantes à l’étranger, une « taxe » sur le plastique non-recyclé, voire un impôt sur les entreprises numériques.

Pour bénéficier des soutiens financiers, les Etats devront établir des plans nationaux, décrivant leurs besoins et les réformes prévues, qui devront être validés par la Commission et les autres pays. Si elle est acceptée, cette proposition sera le plus gros plan de relance jamais lancé par l’UE.

Un accord à l’automne ?

La semaine passée, l’Allemagne avait surpris en annonçant, aux côtés de la France, un changement radical de doctrine. Elle acceptait l’idée d’une mutualisation de la dette européenne, une option à laquelle Berlin était jusqu’à présent hostile. Mais obtenir l’unanimité des Etats membres, requise sur le budget, sera un exercice difficile. Les plus rigoristes – Pays-Bas, Autriche, Danemark et Suède – défendent un soutien accru uniquement via des prêts. « Il s’agit d’une nécessité urgente et exceptionnelle pour une crise urgente et exceptionnelle », a insisté Ursula von der Leyen.

La France a elle appelé tous les Etats à soutenir le plan de la Commission, dans lequel l’Italie a vu « un excellent signal de la part de Bruxelles ». L’Allemagne, qui prendra la présidence tournante de l’UE à partir de juillet, s’est « réjouie que (…) la Commission européenne ait repris des éléments de l’initiative franco-allemande ». « Il est difficile d’imaginer que cette proposition soit le résultat ultime de ces négociations », a cependant averti un diplomate néerlandais, sous couvert d’anonymat. « Les positions sont éloignées et c’est un dossier qui se décide à l’unanimité. Les négociations prendront du temps », a-t-il prédit. « Il est clair que les négociations, qui sont difficiles, ne seront pas conclues lors du prochain Conseil de l’UE [en juin] », a d’ailleurs estimé Angela Merkel lors d’une conférence de presse à Berlin. Et d’ajouter que « l’objectif devait être de trouver suffisamment de temps à l’automne pour que les parlements nationaux et le Parlement européen puissent discuter » et que le plan de relance puisse entrer en vigueur au 1er janvier 2021.