Paca: « Désastre pour la concentration », « réseau saturé », les tablettes dans les lycées ne font pas l'unanimité

EDUCATION Une grande majorité de lycées de la région Provence-Alpes Côte d’Azur est équipée de tablettes depuis la rentrée. Une mesure qui, quelques mois après sa mise en place, fait débat

Mathilde Ceilles

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Illustration d'une tablette
Illustration d'une tablette — Eric Risberg/AP/SIPA

Mis à jour le 12 novembre avec les réponses de la région Paca

C’est un investissement de près de 25 millions d’euros pour la région Provence-Alpes Côte d'Azur. Depuis septembre, 88.707 lycéens scolarisés dans 247 établissements volontaires ont troqué leurs traditionnels manuels scolaires pour des tablettes, à l’aube de la réforme du baccalauréat. De quoi alléger les cartables… mais aussi susciter quelques craintes. 20 Minutes a interrogé ses lecteurs et fait le bilan après quelques mois d’utilisation.

« Ils s’en servent pour télécharger des jeux ». C’était l’une des appréhensions des opposants à cette mesure : et si, au lieu d’écouter en cours, les lycéens profitaient de cette tablette offerte par le conseil régional pour jouer à Candy Crush ? « Les tablettes ne sont pas utilisées par les élèves à bon escient, déplore Angélique. Ils s’en servent pour télécharger des jeux et jouer pendant les cours. » « C’est un désastre pour la concentration et pour l’apprentissage, abonde Gauthier. Aucune étude scientifique sérieuse n’approuve l’utilisation d’un écran pour l’apprentissage d’un élève. ».

« Les élèves ont eu du mal à installer certains manuels, mais par contre pour Snapchat et Netflix, ça, c’est fait très vite, confirme Caroline Chevé, secrétaire académique adjointe au Snes d’Aix-Marseille, syndicat majoritaire chez les enseignants du second degré. Les tablettes ne sont pas verrouillées pour quoi que ce soit. On impose de les poser à plat, mais on a aucun contrôle. Quand on se balade, les élèves peuvent changer. »

« Le réseau est saturé » A en croire certains parents d’élèves, les tablettes ne sont pas utilisées de manière optimale, en raison d’un réseau inadapté. « La tablette est inutile car le réseau dans le lycée de mon fils est saturé très rapidement, déplore Olivier. Encore une fois, l’artifice remplace l’essentiel. » « Certes, on peut télécharger mais l’intérêt est aussi d’utiliser des supports comme les vidéos en ligne, rappelle Caroline Chevé. Or, pour cela, il faut une connexion à Internet, et c’est compliqué… Il y en a peu et cela sature si on se connecte tous. Mais je sais que la Région réalise des installations en ce sens… »

« Les manuels scolaires numériques, une fois téléchargés, ne nécessitent plus de connexion internet pour l’accès à l’essentiel de leurs contenus », justifie la Région. Et de préciser : « pour des usages plus avancés et ebn ligne, il est prévu le déploiement de novueaux points d’accès WIFI à raison de 1.000 pionts par an sur la base de projets d’usages du numérique élaboré par chaque établissement demandeur. »

Des lycées attendent toujours « Pour pouvoir tirer un bilan, il faudrait que le lycée de mon enfant lui ait remis, peste Karine. Au lycée Golf Hôtel à Hyères, les élèves attendent en vain leur tablette. Chaque jour, chaque semaine et bientôt chaque mois, l’obtention du fameux sésame est repoussée. Sans plus d’explication que cela, je crois que les élèves feraient mieux de croire au Père Noël ou au lapin de Pâques. Ils ont plus de chance d’obtenir quelque chose avec eux… »

« Les tablettes numériques ont été livrées dans les lycées durant les trois premières semaines du mois de septembre, affirme la Région. La distribution aux élèves a quant à elle relevé de la responsabilité de chaque établissement, dans le cadre de leur autonomie d’organisation. Certains lycées, notamment des lycées professionnels, ont commencé la distribution au mois de novembre attendant que leurs effectifs soient stabilisés ». Au total, pas moins de 107.027 tablettes ont été distribuées pour cette rentrée scolaire 2019.

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