Réforme du lycée : Philippe et Blanquer jouent les VRP face à des professeurs désabusés

REPORTAGE Edouard Philippe et Jean-Michel Blanquer sont venus assurer auprès des professeurs d’un lycée varois le service après-vente de la réforme controversée du bac

Mathilde Ceilles

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Edouard Philippe et Jean-Michel Blanquer face aux professeurs du lycée du Val d'Argens
Edouard Philippe et Jean-Michel Blanquer face aux professeurs du lycée du Val d'Argens — Yann COATSALIOU / AFP
  • Dans le Var, le Premier ministre et le ministre de l’Education sont venus rencontrer des profs de lycée lors de leur prérentrée.
  • Edouard Philippe et Jean-Michel Blanquer ont tenté de « faire sentir le sens de la réforme » du lycée, mise en œuvre en cette rentrée.
  • Du côté des professeurs, on ne se fait « aucune illusion ». Cette opération de communication ne modifiera pas la réforme, qui a entraîné la grève de nombreux professeurs l’an dernier notamment au moment du bac.

De notre envoyée spéciale au Muy (Var),

Certes, Edouard Philippe aime cette région, qu’il connaît bien pour l’avoir arpentée durant son service militaire ici, dans le Var, à quelques kilomètres du lycée du Val d’Argens, au Muy. Certes, cet établissement flambant neuf, aux résultats excellents, est de plus, du propre aveu du Premier ministre, « assez bluffant » et « ne ressemble pas du tout aux lycées qu’il a pu fréquenter ».

Mais surtout, le lycée du Val d’Argens, qui a accueilli en cette prérentrée Edouard Philippe et Jean-Michel Blanquer, ministre de l’Education et de la Jeunesse, présente un avantage indéniable : « C’est un lycée tranquille », comme le décrit un de ses professeurs. Des conditions somme toute favorables pour les deux ministres, venus promouvoir la réforme très controversée du baccalauréat auprès des 160 professeurs de l’établissement, qui reçoit cette année 1.360 élèves. « S’ils sont venus ici, au Muy, c’est qu’ils savent qu’il n’y a ici une grande activité syndicale », glisse une enseignante.

« Faire sentir le sens des réformes »

Cette rentrée scolaire s’annonce en effet épineuse : il s’agit de la première année de mise en place du nouveau baccalauréat, version Blanquer. Une réforme très controversée, qui a abouti à un mouvement de grève d’une partie des correcteurs du bac en juin dernier. Alors, en cette prérentrée, Edouard Philippe et Jean-Michel Blanquer ont revêtu leurs costumes de VRP. Les deux ministres sont allés à la rencontre des professeurs du Val d’Argens pour répondre à leurs questions sur cette réforme, le tout sous les regards des journalistes. Avec un mot d’ordre : le gouvernement se montre compréhensif… mais ne changera pas de cap.

« On ne réforme pas pour le plaisir de réformer, martèle Edouard Philippe. Mais on le fait car on a identifié quelque chose qui n’allait pas bien. » « A partir du moment où il y a des réformes, il y a des questions, vous avez des inquiétudes, et ce n’est rien d’anormal », abonde Jean-Michel Blanquer devant les professeurs du lycée varois. L’objectif du ministre de l’Education nationale semblait clair : justifier auprès des professeurs ce changement profond du baccalauréat qu’il a insufflé. Ou, plutôt, comme il l’a dit devant la presse, « faire sentir le sens des réformes ». « On peut toujours discuter les modalités, mais le sens, c’est de mieux préparer nos élèves au futur. »

Et qu’importent les critiques portées sur le caractère élitiste du nouveau bac ? « Non, cette réforme est ambitieuse, réplique Edouard Philippe. Et l’ambition, c’est pas un gros mot. L’ambition d’une jeunesse bien formée, l’ambition d’un accès au savoir, et la complexité du savoir, c’est pas un gros mot. Nous sommes, c’est vrai, avec le président de la République et l’ensemble du gouvernement, ambitieux pour l’école. L’élitisme, ce n’est pas non plus un gros mot. C’est même un des fondements du fonctionnement républicain depuis très longtemps, mais la réforme qui a été préparée par le ministre de l’Education nationale a pour objet de mieux préparer la totalité des élèves de France à être plus libres, plus mûrs, et d’une certaine façon plus armés, plus forts intellectuellement pour faire face au monde qui vient. »

De « la propagande », de « l’affichage », selon des profs

Mais cette visite ministérielle aux allures de grande opération de communication n’est pas du goût de tous les enseignants du lycée du Val d’Argens, désabusés et quelque peu amers. Ils sont d’ailleurs très peu à avoir interpellé le ministre, dans le court temps d’échanges qui leur était réservé. « Cela s’apparente à une sorte de propagande, confie Stéphanie Decap, professeure de sciences économiques et sociales. Je n’en vois pas l’utilité. Les questions, on les a déjà posées, on a fait des grèves l’an dernier, et on voit les réponses de ce gouvernement, avec un passage en force. »

« Je ne suis pas contre une réforme du bac, je ne suis pas syndiqué, sauf que, ici, c’est de l’affichage, abonde son collègue Frédéric Cassagne. C’est qu’une réforme comptable car il faut réduire le nombre de professeurs. Et puis, ce n’est pas un vrai débat. On pose des questions, le ministre répond ce qu’il veut répondre. Ça ne changera pas la donne. C’est une mascarade en termes de communication. Quand j’ai appris la visite du ministre, j’étais étonné, mais sans aucune illusion. »

« Le dialogue a toujours été un principe et il l’est encore plus en cette rentrée, se défend Jean-Michel Blanquer. Je sais bien qu’il y a toujours dans notre société des facteurs pour chercher un peu de conflictualité mais c’est certainement pas mon état d’esprit. » Plusieurs organisations syndicales enseignantes ont d’ores et déjà déposé des préavis de grève, à la veille de la rentrée des classes.