Facebook, Instagram, Twitter... Faut-il tout supprimer après la mort ou garder des comptes de commémoration ?

COMPTES FUNEBRES Décidez qu’un profil sur les réseaux sociaux ait une seconde vie après le décès de son utilisateur ou qu’il meure avec lui est une décision qu’il est important de choisir et d’organiser de son vivant

Marie De Fournas

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 Avez-vous déjà réfléchi à ce que deviendront vos profils sur les réseaux sociaux après votre mort?
Avez-vous déjà réfléchi à ce que deviendront vos profils sur les réseaux sociaux après votre mort? — Capture Instagram
  • « La consultation du profil du défunt dans les réseaux socionumériques permet aux endeuillés de se remémorer comme en temps réel les interactions avec le disparu », constate le programme de recherche nommé « Eternités numériques » de l’université Paris 3.
  • Le devenir d’un compte d’un défunt sur les réseaux sociaux est l’enjeu de conflits familiaux et de recours judiciaires averti le cabinet Haas avocat.
  • Pour certains réseaux, ces choix peuvent s’anticiper avant la mort. Pour d’autres, cela sera aux proches de faire les démarches.

Dans votre testament vous avez légué votre chat à votre frère, prévenu votre mère que vous souhaitiez donner votre corps à la science et même rédigé vos directives anticipées sur le site du service public. Vous n’êtes pas mort, mais pour que vos proches n’aient pas de questions à se poser si cela arrive, vous avez pensé à tout. A tout dans votre vie IRL (réelle), mais qu’en est-il de votre vie numérique et tout particulièrement celle sur les réseaux sociaux ?

Il n’y a pas que l’héritage qui divise après un décès. Le devenir d’un compte est aussi l’enjeu de conflits familiaux et de recours judiciaires, indique le cabinet Haas avocat sur son site. « Beaucoup de familles ou d’héritiers ont des demandes souvent contradictoires selon les cas. Certains souhaitent pouvoir avoir accès aux différentes données concernant la personne décédée alors que d’autres insistent pour la suppression pure et simple de ces données, précise le cabinet. Dans une ère du tout numérique, bon nombre d’individus enregistrent sur les réseaux sociaux des données qui étaient avant sur d’autres supports. En effet, les albums photos cartonnés de famille transmis de génération en génération ont été supplantés par les mémoires des réseaux sociaux. »

Tout supprimer ou laisser en souvenir ?

« Alors que les usagers souhaitent que la majorité de leurs données soient supprimées, les grandes entreprises du Web encouragent leur conservation », constate le programme de recherche nommé « Eternités numériques » de l’université Paris 3. Le projet ENEID a en effet montré qu’après le décès des utilisateurs, le pouvoir symbolique de leurs profils prenait une ampleur seconde.

« Le profil du défunt peut devenir un lieu de remémoration, de commémoration et de socialisation, précise l'étude. La consultation du profil du défunt dans les réseaux socionumériques permet aux endeuillés de se remémorer comme en temps réel les interactions avec le disparu, suscitant l’impression que sa présence perdure avec ses données numériques. Des communautés virtuelles peuvent émaner « autour du mort », d’une socialisation issue de l’expression publique du deuil partagée dans les réseaux socionumériques. » Le risque, c’est que les réseaux sociaux continus d’exploiter les données personnelles engendrées par les interactions sur votre profile ou les publications qui y seront faites. Quelle que soit votre décision, vous pouvez la prendre dès à présent.

Un légataire sur Facebook

Sur Facebook, il est possible de choisir de votre vivant, si vous souhaitez que votre compte soit supprimé après votre mort ou devienne un « compte de commémoration ». Depuis votre téléphone, allez dans vos paramètres dans la rubrique « vos informations Facebook » et choisissez l’onglet « propriété et contrôle du compte ». Là, cliquez sur « Paramètre de transformation en compte de commémoration ». Sur ordinateur, cet onglet se situe dans les paramètres généraux du compte. Une fois dans cette rubrique, vous pouvez décider de « supprimer le compte après décès » ou de « choisir un contact légataire ».

Dans ce second cas, sachez que ce dernier n’aura pas un accès illimité à vos informations. Le légataire pourra gérer les publications hommage sur votre profil, supprimer des publications et des identifications, mettre à jour votre photo de profil ou de couverture, supprimer le compte. En revanche, « il n’y aura pas accès aux likes que la personne a échangés, ni aux messages privés, de manière à ce que l’intimité de la vie privée du défunt soit préservée », explique à France 3, Florence Chafiol, avocate spécialisée dans la protection des données personnelles.

Prévenir vos proches

Pour la plupart des autres réseaux sociaux, aucune option ne vous permet d’enregistrer votre décision avant votre décès. Il est donc important de préciser celle-ci à vos proches ou dans un testament. Si vous décidez de supprimer tous vos comptes, ils devront eux-mêmes faire la démarche auprès de chaque réseau.

Sur Instagram, l’un de vos proches devra remplir un formulaire en ligne et fournir un justificatif « tel qu’un certificat de décès, le certificat de naissance du défunt ou une preuve de votre autorité ».

Sur Twitter, il devra se rendre dans la rubrique aide du réseau et cliquer sur « Je souhaite demander la désactivation du compte d’un utilisateur décédé ou frappé d’incapacité », puis renseigner quelques informations sur lui et les liens qui vous unissaient à vous. Twitter le contactera ensuite par mail pour indiquer la marche à suivre.

Pour Snapchat : bienvenu dans une nouvelle forme du parcours du combattant. Aucun onglet ou page ne propose directement de solution pour gérer le compte d’une personne décédée. Sur la plage « contactez-nous », le réseau indique qu’à l’heure actuelle, il ne peut répondre « qu’aux demandes formulées en anglais ». Pour envoyer tout de même un message depuis un ordinateur, allez dans la rubrique «contactez-nous» puis cliquez successivement sur « je souhaite partager des commentaires », puis « j’ai une question », « autres fonctionnalités », « mon problème ne figure pas dans cette liste » et enfin « oui » à la question « avez-vous encore besoin d’aide ».

Des démarches parfois longues et compliquées à réaliser, d’autant plus dans une période de deuil. Il est toujours possible de s’en décharger en faisant appel à une entreprise spécialisée dans l’effacement de la vie numérique des défunts.