Cryogénisation, mind uploading et extension de soi… Comment mourra-t-on dans le futur ?

VERS L'INFINI ET L'AU-DELA A l’occasion d’Halloween, de la Toussaint et de la « fête des morts », « 20 Minutes » explore les façons de mourir de demain (oui il y en a plusieurs)

Laure Beaudonnet

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Le cimetière du Père Lachaise à Paris
Le cimetière du Père Lachaise à Paris — Philippe LOPEZ / AFP

La vie après la mort inquiète et passionne à la fois. De la Divine Comédie aux prophéties de Raymond Kurzweil, directeur de l’ingénierie de Google, en passant par la science-fiction, la vie dans l’au-delà alimente tous les fantasmes. Alors que l’expérience de mort imminente semble valider l’hypothèse d’une autre vie, le transhumanisme fait naître une nouvelle croyance, soit la mort de la mort grâce aux progrès de la technologie.

A l’heure d’Halloween, explorons les nouveaux scénarios de la vie après la mort. Troquons le triptyque de Dante (L’Enfer, Le Purgatoire, Le Paradis) contre une nouvelle triade : cryogénisation, téléchargement de la conscience et extension de soi. Dans le futur, la mort n’aura plus rien de terrifiant (ou c’est tout le contraire, à vous de voir).

Un long dodo dans le congélo

Pourquoi ne pas se réserver pour plus tard ? Des sociétés aux Etats-Unis (Cryonics Institute, Alcor Life Extension Foundation), en Russie ou en Australie proposent déjà de cryogéniser les humains et les animaux dans l’intention de leur redonner la santé quand les techniques le permettront. L’idée est simple : on se fait congeler juste avant de mourir et on se réveille dans un futur qui aura réussi à vaincre la mort.

Cette technique offre, en théorie, un bon moyen de se faire soigner quand cela sera possible mais le procédé suppose qu’on congèle la personne avant qu’elle ne soit vraiment morte – pour préserver ses neurones – et, surtout, qu’on sache décongeler les corps sans causer de dégâts. Outre le problème légal évident, « on n’a jamais démontré qu’on était capables de décongeler des gros animaux, comme l’être humain, sans que le cerveau soit détruit », expliquait Laurent Alexandre en novembre 2018. Ressuscité mais neuneu, ça ressemble plutôt à l’enfer.

Le moi simulé

Plus besoin d’angoisser, on est partis pour rester. Enfin, certains l’espèrent. Le mind uploading (téléchargement de la conscience) permettrait à l’homme de vivre éternellement à l’aide d’une réplique numérique de soi. Ce n’est pas tout à fait au point, mais les transhumanistes ont très envie de croire en ce scénario. La science planche déjà sur la simulation du cerveau humain. Par exemple, le programme européen Human Brain Project, à Lausanne, cherche à répliquer sur ordinateur le cerveau et son fonctionnement. A terme, on pourrait imaginer copier le contenu de notre esprit (souvenirs, pensées, émotions) sur un disque dur et vivre des jours heureux dans un monde simulé par l’ordinateur. Le corps disparaîtrait au profit d’une vie numérique dans un paradis virtuel, ambiance « San Junipero », le monde idéal décrit par Black Mirror.

Une brillante idée en théorie, mais en pratique, cela pourrait vite se transformer en enfer. « On ne peut pas être éternellement heureux sur un même événement. On a besoin d’événements nouveaux pour pouvoir être heureux », expliquait Frédéric Simode, le fondateur de GrantWill, à Futur en Seine en 2017, cité par la version belge de Paris Match. Une éternité sans finalité dont on serait prisonnier, il y a mieux comme vie après la mort, mais pourquoi pas.

Une appli pour continuer à exister

Et si on continuait de parler avec nos proches après notre disparition ? Le scénario n’a rien de futuriste, plusieurs technologies le permettent déjà. Alors qu’Eterni.me vous rend immortel en créant un avatar qui, à votre mort, vous survivra, le journaliste américain James Vlahos a créé un chatbot, à partir de discussions enregistrées avant la mort de son père, pour continuer de communiquer avec ce dernier. En 2016, la jeune Russe Eugenia Kuyda avait créé Replika, un chatbot avec pour données de base des textos, photos, mails et interactions sur les réseaux sociaux de son meilleur ami disparu Roman Mazurenko.

Une immortalité un peu gadget car on est bien mort, mais on continue d’interagir avec nos proches. La numérisation ne nous permet pas de continuer à vivre comme dans les deux scénarios précédents, elle offre seulement un deuil un peu plus doux à nos proches.

Mais à bien y réfléchir, n’est-ce pas mieux pour tout le monde de mourir ?

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