Illustration d'un couple de femmes main dans la main.
Illustration d'un couple de femmes main dans la main. — ISOPIX/SIPA

PMA POUR TOUTES

« On a quitté les réseaux sociaux » : Des couples de femmes ont préféré « se protéger » durant les débats sur la PMA

Face aux discours de haine des opposants à la PMA pour toutes, de nombreux couples gays et lesbiens ont déserté ces dernières semaines les réseaux sociaux, craignant de devoir revivre ce qu’ils ont vécu en 2012

  • L’extension de la PMA aux couples de lesbiennes et aux femmes célibataires a été votée par les députés le 27 septembre. Les débats sur le projet de loi bioéthique doivent se terminer ce mercredi à l’Assemblée.
  • Beaucoup de couples de gays et lesbiennes ont eu peur de devoir revivre ce qu’ils ont vécu en 2012 avec la mobilisation de la Manif pour tous.
  • Certains ont préféré quitter les réseaux sociaux pour « se protéger » face aux messages de haine des anti-PMA.

« Je ne vais plus sur Twitter pour me préserver. » Le débat sur l’extension de la procréation médicalement assistée (PMA) aux couples de lesbiennes et aux femmes célibataires a contraint ces dernières semaines de nombreux couples de femmes à déserter les réseaux sociaux. Beaucoup redoutant de revivre la même chose qu’en 2012 avec la mobilisation de la Manif pour tous contre le « mariage pour tous ».

Face aux discours de haine qui circulent librement sur le Web, Sybille et Caroline, mamans d’un petit garçon de 5 ans, ont décidé de « se mettre à l’écart », le temps que les tensions s’apaisent. « On a « fermé » les réseaux sociaux, et on écoute uniquement des informations sélectionnées, afin de nous protéger nous, et notre enfant », expliquent-elles. « Il est hors de question de revivre ce que nous avons vécu en 2012. C’était d’une violence extrême. »

« Ça l’a touchée de voir autant de messages anti-PMA. Elle a eu peur. Peur pour l’avenir de notre fille »

Stéphanie, qui tient le compte Twitter «Demande à tes mères», a, elle, délibérément choisi de rester sur les réseaux sociaux pour faire entendre sa voix. « Moi, j’ai besoin d’exprimer ce que je ressens. Et j’ai besoin d’avoir l’impression de me battre, de nous défendre. Donc je ne peux pas rester sans rien dire. Je ne vais pas me taire. Hors de question de leur laisser tout l’espace », explique-t-elle à 20 Minutes.

En ce jour de rassemblement de la Manif pour tous, la jeune femme a d’ailleurs décidé de « contre-attaquer » en postant un thread avec des photos souvenirs de sa vie de famille, avec sa femme et sa fille. « C’est une manière de répondre à leurs messages de haine. Mais c’est surtout pour les autres, ceux qui vont se sentir mal, déprimés par les manifestations. C’est aussi une manière de leur montrer qu’ils peuvent fonder une famille, qu’ils seront heureux. Leur apporter du soutien et de l’espoir », précise Stéphanie, dont le compte Twitter est suivi par plus de 10.000 abonnés.

Sa femme Marie-Charlotte n’a, elle, pas eu la force d’affronter tous ces messages de haine. Elle a arrêté de « lire les commentaires sous les articles de presse Web » quand les débats ont débuté à l’Assemblée et que « les journaux ont commencé à en parler plus régulièrement ». « Un soir, ça l’a touchée de voir autant de messages anti-PMA. Elle a eu peur. Peur pour l’avenir de notre fille. J’ai fait ce que j’ai pu pour la rassurer. Mais depuis, elle évite le sujet sur le Net », explique Stéphanie, qui, comme d’autres couples de lesbiennes, a dû faire face à des insultes et menaces sur les réseaux sociaux.

« Ces gens-là savent se mobiliser. Et ils font du bruit… »

Le spectre de la Manif pour tous reste également présent dans leurs esprits. « La période des manifs en 2012 a été très dure à vivre pour beaucoup d’entre nous. Mais j’arrive aujourd’hui à relativiser un peu plus facilement », explique Stéphanie. « Ces gens-là savent se mobiliser. Et ils font du bruit. Mais seuls, ils ne représentent rien. Et on se dit qu’ils ne peuvent plus nous atteindre. On a déjà fondé une famille, on est mariées, et notre fille Alix est protégée. »

Pour cette nouvelle journée de mobilisation de la Manif pour tous, ce dimanche, de nombreux internautes de la communauté LGBT ont aussi fait le choix de prendre un peu de distance, face à la violence des échanges. « Préparez-vous à en prendre plein la gueule aujourd’hui sur les réseaux. Et si vous êtes sensible, tenez-vous en éloigné. Parce que le rassemblement crasse de tous les culs-bénis homophobes qui tachent le pays ne va pas se gêner pour déverser sa merde », pouvait-on lire sur Twitter.

#DesPaillettesDansNosVies… pour rester visible

D’autres ont préféré « occuper » le terrain. L’association Les Enfants d’arc-en-ciel a appelé les familles homoparentales à poster leur bonheur ce dimanche sur les réseaux sociaux. « Pour que l’amour l’emporte sur la haine, postez ce qui rend votre famille heureuse avec le hashtag #despaillettesdansnosvies sur Twitter, Facebook, Instagram, etc. Prenons notre place ! »

« Par cette action, nous avons souhaité créer du lien et permettre aux familles concernées de partager leur bonheur. Grâce aux réseaux sociaux, nous avons pensé qu’il serait bon de vivre cette période difficile ensemble en provoquant un élan de soutien. Car oui, il est douloureux pour les familles de passer chaque jour devant les affiches de la Manif pour tous (…) », a expliqué l’association « Les Enfants d’arc-en-ciel ».

De nombreuses familles homoparentales ont joué le jeu, et ont posté des photos de leur famille rayonnant de bonheur. « Merci ma chérie de mettre chaque jour tant de paillettes dans nos vies », « Nous sommes heureux et nous en sommes fiers. Et on n’a pas fini de mettre #DesPaillettesDansNosVie » ou encore « A toi, ma fille, toi qui a mis toutes les paillettes du monde dans nos vies », ont tweeté ce dimanche des couples homoparentaux. Une manière d’être visible face à la stratégie de communication de la Manif pour tous…