PMA pour toutes: La bataille sur le «mariage pour tous» peut-elle se reproduire?

DÉBATS Le projet de loi bioéthique sera présenté fin juillet ; il prévoit notamment de permettre aux femmes seules et aux couples de lesbiennes d’avoir recours à la procréation médicalement assistée (PMA)

Laure Cometti

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Attendue dès 2018, la PMA pour toutes ne devrait intervenir avant 2020.
Attendue dès 2018, la PMA pour toutes ne devrait intervenir avant 2020. — LIONEL BONAVENTURE / AFP
  • Le gouvernement va présenter son projet de loi bioéthique fin juillet.
  • Le texte prévoit notamment de permettre aux femmes seules et aux couples de lesbiennes d’avoir recours à la procréation médicalement assistée (PMA), remboursée par la Sécurité sociale.
  • Partisans et opposants de la «PMA pour toutes» fourbissent leurs arguments et s’apprêtent à battre le pavé, faisant craindre à certains de revivre le débat sur le «mariage pour tous» en 2013.

Le projet de loi bioéthique n’a pas encore été présenté officiellement qu’il provoque déjà des remous, en particulier sur la question de la procréation médicalement assistée, ou PMA. Actuellement réservée aux couples hétérosexuels qui n’arrivent pas à avoir un enfant, le gouvernement veut l’étendre à toutes, lesbiennes en couple ou femmes seules, réalisant ainsi une promesse de campagne d’Emmanuel Macron. Alors que le projet de loi bioéthique sera présenté en Conseil des ministres fin juillet, avant un débat à l'Assemblée à la rentrée, opposants et partisans de la « PMA pour toutes » fourbissent leurs arguments. La bataille du « mariage pour tous », qui avait vu des millions de personnes battre le pavé et des débats sans fin au Parlement, va-t-elle se répéter ?

Opposants et partisans sont en campagne

Six ans après la légalisation du mariage homosexuel, les mêmes acteurs reviennent sur le devant de la scène. Premier opposant au projet, La Manif pour tous a déposé mercredi à l’Elysée une lettre à Emmanuel Macron pour l’interpeller sur « les conséquences de la PMA ». « Il faut qu’il réponde à nos questions sur les conséquences de cette extension, notamment sur les pénuries de gamètes », nous explique sa présidente Ludovine de La Rochère. Elle craint que cette loi ne soit le « cheval de Troie de la GPA » (gestation pour autrui) en ouvrant la voie à la « marchandisation du corps humain ».

Militants et militantes pour les droits des personnes lesbiennes, gays, bisexuelles et transgenres (LGBT), accueillent favorablement le projet de loi du gouvernement, mais aussi avec une pointe de déception. L’Inter-LGBT, qui regroupe une soixantaine d’associations, a choisi de défiler samedi dans la capitale pour la « marche des fiertés » sous le mot d’ordre « Filiation, PMA : marre des lois a minima ! ». Elle réclame l’ouverture de la reconnaissance volontaire en mairie pour le ou la conjointe de la mère ayant accouché ou du père mentionné sur l’acte de naissance.

La Manif pour tous prête à battre le pavé

En 2013, les deux camps avaient manifesté dans tout le pays pour se faire entendre. La Manif pour tous avait notamment rassemblé des milliers d’opposants au « mariage pour tous » dans les rues. « Nous demandons d’abord un débat équilibré sur la PMA, avec des réponses aux questions de fond sur la filiation. S’il n’y a pas d’autres moyens que d’aller dans la rue, on le fera, et je pense que les Français seront immensément nombreux dans la rue, car on touche aux générations futures », estime Ludovine de La Rochère, qui revendique 400.000 abonnés à la newsletter de l’association.

Quant aux pro « PMA pour toutes », certains redoutent une éventuelle radicalité des opposants. « Les débats ne doivent pas être l’occasion pour les obscurantistes de jouer le match retour du texte sur le mariage pour tous », prévient la présidente de l’association GayLib Catherine Michaud, citée par l’AFP. Dans ce débat « il va y avoir des victimes collatérales, les personnes, les femmes, les enfants nés de PMA », craint le député macroniste des Deux-Sèvres Guillaume Chiche, favorable à l’extension pour toutes les femmes.

Macron veut éviter les tensions de 2013

La majorité veut à tout prix éviter un bis repetita du débat de 2013. Pour éviter les crispations, « ce projet de loi essaie d’être ni trop audacieux, ni trop frileux », plaide Jean-Louis Touraine, rapporteur de la mission d’information sur le texte. Un « en même temps » qui se traduit par l’absence de la GPA dans le texte. « La PMA divise, ce serait une mauvaise idée de faire traîner le débat en longueur », estime le député La République en marche Pacôme Rupin, favorable à la mesure.

Dans cette optique, le calendrier est « malin », selon l’élu de Paris : le texte sera présenté fin juillet et débattu en septembre à l’Assemblée. Entre les deux, le mois d’août ne devrait pas être propice aux manifestations d’opposants, une courte trêve avant la rentrée. « Il y aura des manifestations, mais je pense que ça va se passer très calmement. Je suis surpris pour l’instant qu’il y ait aussi peu d’organisation chez les opposants », ajoute Pacôme Rupin.

Un contexte différent

« On n’est pas dans le même contexte de radicalité » qu’en 2013, estime Frédéric Dabi, directeur général adjoint de l’Ifop. « L’opinion a évolué, elle penche pour l’extension de la PMA aux couples de lesbiennes (63 %) et femmes seules (61 %). En outre, le clivage générationnel apparu sur le « mariage pour tous » est moindre sur la PMA, et même le clivage politique est moins marqué. Par exemple 4 électeurs de François Fillon sur 10 sont favorables à la « PMA pour toutes ». Le corps social est moins déchiré », observe-t-il, sondage à l'appui.

En outre, les macronistes pourront compter sur le soutien d’une partie de l’opposition : la gauche est plutôt favorable à l’extension de la PMA à toutes les femmes, quand Les républicains semblent divisés, et le Rassemblement national, opposé, ne devrait pas mener une campagne très active de contestation. En 2013, Marine Le Pen n’avait d’ailleurs pas pris part aux cortèges de La Manif pour tous.

Des marcheurs déterminés à « désamorcer » les tensions

Il n’empêche que le débat s’annonce risqué pour la majorité. « Ces sujets interpellent chacun et mettent en jeu l’affect, ils sont très mobilisateurs, et compliqués à gérer », estime la députée LREM de l’Eure Marie Tamarelle-Verhaeghe, qui a des réserves sur la « PMA pour toutes », et pour qui il faut à tout prix éviter de « diviser les Français ». « A nous, élus de terrain, de savoir proposer des espaces de débat, pour que chacun puisse s’exprimer, et pour désamorcer aussi les tensions », préconise-t-elle.

Le parti présidentiel a déjà connu des turbulences avec Agnès Thill, anti « PMA pour toutes », exclue mercredi pour des propos jugés « polémiques » et « pernicieux » par la direction du mouvement. « Il est impératif que nous puissions avoir un débat apaisé, ce que ne permettaient pas ses propos et prises de position », a réagi LREM au sujet de la députée de l’Oise. Une fois n’est pas coutume, les députés macronistes auront une «liberté de vote» sur la loi bioéthique, ce qui pourrait révéler des divisions.