Didier Dinart, le coach de l'équipe de France de handball, le 15 janvier 2016 lors d'un match de l'Euro contre la Macédoine.
Didier Dinart, le coach de l'équipe de France de handball, le 15 janvier 2016 lors d'un match de l'Euro contre la Macédoine. - Laskowski/PRESSFOCUS/SIPA

On y est. Un peu plus de quatre mois après les Jeux olympiques, achevés sur une médaille d’argent vécue presque comme une déception, l’équipe de France de handball accueille enfin son championnat du monde. A l’heure d’affronter le Brésil en match d’ouverture, mercredi soir, l’attente du public est évidemment énorme envers cette équipe qui gagne (presque) tout le temps. Didier Dinart en a bien conscience. Le successeur de Claude Onesta, bien qu’en charge des Experts depuis le Mondial 2015 au Qatar, va évoluer pour la première fois sans filet puisque le coach historique s’est définitivement éloigné du banc. Depuis l’Espagne, où il se trouvait fin décembre juste avant le début de la préparation, il raconte à 20 Minutes comment il a pris en main cette équipe et ce qu’il en attend.

Est-ce que l’équipe de France a le droit de ne pas gagner ce Mondial ?

C’est compliqué de dire qu’on peut ne pas gagner. On a gagné au Qatar, en Suède, au Danemark, à Londres, en Croatie. En organisant maintenant ce Mondial, il y a forcément une grande attente de résultat. Après, il peut y avoir différentes façons de perdre. Si on est amené à perdre un match décisif, il faudra que ce soit de la « meilleure » façon, si je puis dire, pas parce qu’on a trop envie, trop peur ou je ne sais pas quoi.

La peur, elle peut venir du fait de jouer à domicile, avec tout ce que cela implique ?

Forcément, la pression va être là, à chaque instant. Mais on vit aussi pour ça. On est des privilégiés de pouvoir jouer ce Mondial devant notre public, avec cette si grande attente. Il faudra savoir transformer ce stress en énergie positive. On parle déjà de demi-finales, il paraît qu’on a 76 % de chances d’y être, je ne sais pas quoi. Mais non. Concentrons-nous sur le début de compétition, et on verra. L’équipe de France a évidemment les moyens de gagner, mais il ne faut pas croire que ça va venir en claquant des doigts.

N’y a-t-il pas aussi le fait de voir cette compétition comme une sorte d’apothéose annoncée pour certains cadres qui sont sur la fin, comme Omeyer ou Narcisse ?

Je ne crois pas que les joueurs fassent attention à cet aspect. Le fait de jouer en France constitue en soit quelque chose d’assez énorme pour ne pas se préoccuper de considérations personnelles. C’est l’objectif de groupe qui va faire que les joueurs pourront s’y retrouver par la suite. Parce que si on commence à mettre trop d’émotions… Je ne veux pas de « c’est l’apothéose, c’est la fin de carrière de celui-ci, de celui-là », tout ça. Si le résultat n’est pas celui attendu, ça peut être vraiment désagréable à l’arrivée. Il faut justement rester comme d’habitude. Le fait d’être servi individuellement viendra ensuite.

Ce Mondial à domicile est-il aussi l’occasion de tester les plus jeunes amenés à prendre la relève des Experts, comme Nguessan, Mahé ou Fabregas, dans un contexte vraiment particulier ?

Non, l’heure n’est plus aux tests, à l’intégration. L’heure est à la performance. Cette intégration a eu lieu lors de l’Euro 2016, où on a pu voir de nombreux jeunes. On a poursuivi ça aux JO dans le but justement d’être prêts pour ce Mondial. Il n’y a plus de tests, maintenant on veut de l’affirmation et de la performance. Une contre-performance en France serait très mal venue.

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Ils devront prendre leurs responsabilités et ne pas se reposer sur Karabatic, Narcisse et les autres ?

C’est ça, ils devront confirmer. Ludovic Fabregas n’a beau avoir que 20 ans, après ses performances aux JO, l’équipe attend beaucoup de lui. Ce n’est pas parce qu’on a 20 ans qu’on ne peut pas porter un groupe. Un jeune comme Quentin Mahé est devenu un cadre de l’équipe, sur lequel on veut pouvoir se reposer. Et il n’y a pas qu’eux.

Personnellement, comment vous jugez votre prise en main du groupe, avec un peu de recul ?

Ça s’est fait progressivement depuis le Mondial 2015. On a connu des difficultés, notamment lors de l’Euro [en janvier dernier] parce qu’on a eu beaucoup de blessés et on n’a pas su répondre aux attentes [5e place finale]. Mais ça a tout de même été bénéfique puisque les jeunes qui avaient été intégrés à ce moment-là ont été bons lors des JO.

Mais vous, dans votre façon de manager, vous n’avez pas perçu des petites choses à régler ?

Je ne vais pas tout révolutionner. Il y a peut-être quelques améliorations à avoir au niveau du pragmatisme. Il faut être toujours plus pointu. Les joueurs savent ce qu’ils ont à faire, on répète les choses depuis trois ans maintenant. Le plus gros boulot, c’est gérer la partie remise en question et motivation.

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Quels sont ces améliorations que vous avez voulu apporter ?

Il y a des combinaisons qu’on a complètement supprimées, parce que le jeu au niveau international a énormément évolué. La gestion des supériorités numériques est aussi différente, et puis il a fallu s’adapter à la nouvelle règle avec le gardien [depuis 2016, on peut faire entrer un 7e joueur de champ à la place du gardien]. Les équipes plus faibles utilisent énormément cette règle pour réajuster le jeu et essayer de faire jeu égal. Il faut prendre ça en compte.

Vous incarnez la continuité après Claude Onesta, mais on suppose que chaque coach veut amener quelque chose. C’est quoi la « patte » Didier Dinart ?

Ma patte, elle y est depuis que je suis dans le staff. Je gère les systèmes défensifs depuis 2006, ensuite j’ai également été responsable du secteur offensif. J’ai amélioré certaines choses qui devaient l’être selon moi. Je l’ai fait avec le ressenti des joueurs. J’entends des choses comme « ils sont pros, ils sont bons, il n’y a rien à faire ». Croyez-moi, il y en a des choses à faire. Tout doit être orchestré, recadré quand nécessaire.

Album Mondial 2017

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Vous êtes à l’aise aujourd’hui ? Ce n’est pas si facile de se retrouver numéro 1 d’une équipe qui gagne tout, on peut se dire qu’il y a tout à perdre…

Ce n’est pas une question de numéro 1, numéro 2, ou ce que vous voulez comme poste. Moi, aujourd’hui, je ne change rien de spécial à ce que je faisais déjà. Je reste dans la continuité de tout ça. C’est juste l’étiquette qui change. Je passe de B à A dans les petites cases sur la feuille. C’est tout ce qui change. Il n’y a pas de pression supplémentaire. Ça ne pourrait que nuire à notre sérénité.

Quels seront vos liens avec Claude Onesta pendant le Mondial ?

Claude a vraiment pris du recul maintenant. Mes liens seront plus avec Guillaume Gille, qui vient de nous rejoindre sur le banc. C’est quelqu’un qui a fait partie de l’équipe de France, qui en connaît le fonctionnement. Il vient se rajouter à ce qui a déjà été fait. Il va apporter sa touche de technicien, on va essayer, ensemble, d’aider l’équipe le mieux possible pour aller chercher ce Mondial.

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